CHAPITRE XXV
A proprement parler, il n'y a pas pour les foules de progrès théologîque. Un petit nombre de docteurs a seul le loisir et la culture nécessaires pour pénétrer le fond du dogme, pour préciser la conception qu'il symbolise. Au regard des masses, la religion se limite au sentiment de forces inconnues dont on dépend, à la notion de certaines pratiques rendant ces forces propices. Volontés \agues, mais qui ne peuvent être conçues qu'avec des attributs humains. Un grand penseur l'a dit : « L'homme )) fait les Dieux à son image : il leur donne aussi s&s
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Analysé, ce dogme du sacrifice, que Joseph de Maislre retrouve comme le substratum de tout culte, est-il aussi mystérieux qu'il veut le faire, particulièrement en ce passage de son curieux traité ? « Comment ne pas > croire que le paganisme n'a pu se tromper sur une ^ idée aussi universelle et aussi fondamentale que celle
i. Artstote, Politique, liv. I*, ch. !•
» des sacrifices, c'est-à-dire de la Rédemption par le ï sang ? Le genre humain ne pouvait deviner le sang )) dont il avait besoin. Quel homme livré à lui-même » pouvait soupçonner l'immensité delà chute et Timmen- D site de l'amour réparateur? Cependant tout peuple, )) en confessant plus ou moins clairement cette chute, > confessait aussi le besoin et la nature du remède *. »
Au fond, indépendamment des théologies qui le subtilisent, ce dogme de l'Immolation, qui aboutit à l'Eucharistie, pose sur le concept naïf d'êtres supérieurs, invisibles et plus ou moins célestes, apaisés et rendus favorables par la nourriture que les hommes font monter vers eux, — graisse fumante des victimes (xvto-ffa) dans Homère, vapeur de beurre clarifié dans les Védas.
En fin de compte, le rit fétichiste demeure la religion de l'immense vulgaire. Le bouddhisme aboutit aux moulins à prières, le christianisme aux patenôtres. Les religions, en dernière analyse, ne valent que comme institutions disciplinaires imposant à l'instinct des masses un régime salutaire d'hygiène morale.
Qu'on juge, à chaque époque, l'institution religieuse, sans passion, sans entraînement de colère ou de sympathie, comme l'organe donné d'une fonction collective longtemps prépondérante..
Dans la fédération grecque l'oracle de Delphes, dans la fédération catholico-féodale, au Moyen-Age, le siège
1. Joseph de Maistre, Œuvres complètes, Éclaircissement sur les sacrifices y ch. m.
170 LES MÉDIGIS.
romain, offrent le type de cette autorité religieuse dont on voudrait spécifier l'influence.
L'une et l'autre, par les coutumes rituelles qu'elles instituèrent, servirent la civilisation.
Ce qui frappe dans la seconde, c'est ce dont l'autorité des sanctuaires helléniques présente une des premières ébauches : l'organisation d'un système d'expiations.
< Reine Âthéné, dit Oreste dans les Euménides, par les ordres de Loxias, je viens ; reçois d'un cœur doux l'homme errant plein de remords, n'ayant plus besoin d'expiation et dont la main est purifiée, mais apaisé déjà, assez éprouvé dans les autres demeures et sur les chemins des hommes. Parcourant également la terre et la mer, pour observer les décrets prophétiques de Loxias, je me rends dans ta maison, près de ta statue, Déesse ; et je demeure ici attendant la fin de ma sentence ^ »
Pendant à ce tableau, le beau chœur des moines, au cinquième acte de Robert le Diable^ célèbre l'image de la Madone, accueillant le criminel repentant :
Dans cet asile redoutable,
Ouvert, ouvert au repentir, Malheureux, malheureux ou coupable, Hâtez-vous, hâtez-vous d'accourir.
*'Ava<ro'' 'AOàva, Ao^iou xsXe\S(r|Jtao'tv "Hxci), ôéxov ^l 7rpeu{ievô; àXà^Topa.
Dans la sonore harmonie du poète, dans le rythme auguste et cadencé du musicien, la majesté des vieux