‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 48 sur 167 · Eschyle, Euménides, vers 235-2U · texte numérisé non relu

Eschyle, Euménides, vers 235-2U

cultes trouve un écho. On voit se profiler sons les profondeurs du sanctuaire, ici, les blanches colonnes doriques, là, les lourds piliers romans; au fond, tout au fond, appuyée sur sa lance, la Glaukôpis, ou Marie souriant à l'Enfant divin. — Barbaries exubérantes 1... Temps troublés des Thésée ou des Tancrède, des chevaliers et des bandits ! Héraklès est un preux, Roland un héros... Devins ou clercs musèlent la crédule brutalité du baron ou du chef... Partout la violence, et partout l'expiation. Foulée aux pieds des forts, flétrie aux souffles impurs, la frêle moralité de ces âges périra si, comme le lierre, elle ne se cramponne aux murs du temple.

Ici le lecteur m'arrête, opposant à cet impartial tableau les scandales de l'exploitation cléricale, plus indifférent aux ombres qui obscurcissent l'éclat du polythéisme qu'à celles qui ternissent la pureté de l'institution catholique. En matière d'expiations, les critiques du paganisme, Lucien en particulier, n'épargnèrent pas la vénalité des hiérophantes, la supercherie intéressée des prêtres de Cybèle ou de Mithra, et de tous les charlatans qui se chargaient, moyennant finance, de réconcilier les pécheurs avec les Dieux. Mais la vente des indulgences par la curie romaine occasionna la plus grande révolution religieuse que le monde ait vue depuis saint Paul. La polémique sur cet objet devint vite un lieu commun, depuis que les premiers critiques de la Renaissance et ceux de la Réforme eurent signalé la colossale exploitation à laquelle se prêtait le système

disciplinaire hiérarchisé du catholicisme. En attendant Luther, nous avons entendu Savonarole, cet hérétique du dedans. En dehors de tous les christianismes, l'attaque est, sinon plus explicite, plus radicale, au moins, sous le voile grotesque d'une bouffonnerie obscure, à bon escient. Elle vient de France sous cette forme, du pays des parlements et des universités antiromaines, bien que catholiques, où en lAOO (Froissart le raconte), quand advint le Jubilé, « la grande indulgence de Rome n^ pour empêcher c le grand transport d'argent hors du > royaume, fut faict défense aux Français d'y aller, et » l'on envoya exprès des gardes sur les frontières pour » empescher qu'on en pût sortir *. >

Soutenu en son opposition plus profonde par l'esprit national, notre grand polémiste hasarde énigmatiquement l'expression de ses antipathies philosophiques :

Aucuns disoient que leicher sa pantoufle

Estoit meilleur que gaigaer les pardons :

Mais il survint un affecté marroufle,

Sorti du creux où Ton pesche aux gardons,

Qui dist : Messieurs, pour Dieu nous en gardons,

L'anguille y est, et en cest estau musse.

Là trouverez (si de près regardons)

Une grand tare au fond de son aumusse.

Heu, qui pourroit saisir son braquemart ? Toust seroient netz les tintouins cabus :

i. Froissart, Chroniques, liv. l\.

Et pourroit on, à fil de poulemai*t, Tout bassouerle maguazin d'abusé

La pensée de Rabelais perce sous ce prudent galimatias, calculé pour masquer sa hardiesse, dans ces fanfreluches antidotéeSy comme il baptise sa philippique antjpapale... // bassoue ou baffoue le magazin d'abus !

Pour dérouter, sans doute, l'ennemi en éveil, il oppose l'acte de leicher la pantoufle à celui de gaigner les pardons, La malice éclate suffisamment par le contact des deux membres de phrase... Deux cent mille pèlerins venaient justement, au dernier Jubilé, de baiser la mule du pape^ emportant de Rome, contre deniers, des milliers de pardons.

Je pourrais déclamer, à mon tour, contre Texplôitation cléricale. Mieux vaut rechercher ce qui l'explique, montrant le déclin d'une discipline qui eut sa raison d'être. L'attaque aux mœurs du clergé n'est pas un signe d'émancipation à son égard. Elle s'accorde aisément avec la foi la plus superstitieuse au dogme qu'il représente, aux pouvoirs dont il s'investit. Si, au seizième siècle, pour l'élite intelligente, des lumières nouvelles pour les gouvernants et les peuples , de nouveaux intérêts n'eussent pas trouvé une barrière dans le catholicisme, ce n'est pas l'immoraUté des vendeurs d'indulgences qui eût amené une révolution. Le monde a supporté bien d'autres

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