Hist. de la Peint en Italie, lutrod
LES MÉDIGIS. II. ~ 12
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despotique, mieux compris de tous que les codes et les hiérarchies du passé, ces habitudes respecteront davantage l'autonomie de l'individu. Mais, quel que soit le progrès à cet égard, le problème reste pareil : pour adoucie, éclairée qu'on la suppose, la brute humaine demeure, les médiocres conditions de notre espèce ne sauraient radicalement changer. Elles seront donc toujours la base où le moraliste et le législateur ne négligeraient pas sans péril d'édifier leurs constructions. Et voyez que d'appuis, étrangers au vrai sentiment moral, mais utiles au développement d'une certaine sociabilité, dans les dispositions, les coutumes, les préjugés créés par certaines croyances religieuses: point d'honneur du soldat, du marchand, attrition du dévot! Pillant, tuant, violant sans scrupule en terre ennemie, on observera les règles loyales du duel ; vendeur éhonté d'une denrée qu'on frelate, on rougirait de manquer à sa signature ; au lit de mort, pour échapper au diable, on restitue le bien mal acquis.
Le sergent cornu, le noir porteur de contraintes, le happeur des âmes, Messer Sathanas % — évoqué à propos, — s'il valut à l'Église bien des trésors, qui dira le bien qu'il fit faire, ou plutôt le mal qu'il empêcha? Tout s'arrangeait autoqr de lui, dans le système clérical qu'il faut bien comprendre, et où se balançaient savam* ment les épouvantes et les grâces.
1. Voy. Tradatus judiêiorum^ Processus Sathanœ contra genus humd-* num, attribué à Jean Petit.
Dans sa formule rigoureuse, le christianisme est un grand pardon, mais réservé à un petit nombre.
Que disent Paul, Augustin, Jansénîus, Pascal, et, avec eux, Luther et Calvin, tous représentants de la vraie doctrine ? — Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes, mais pour les régénérés, pour les élus.
Que conclut, à son tour, l'observation rationnelle? — Peu nombreux sont ceux qu'on pourrait appeler les élus de la vie morale, en qui, parmi les virtualités organiques dont Tensemble constitue ce qu'on nomme l'âme, prévalent les facultés supérieures bridant les bas instincts.
Au yeux de la morale positive, la vertu est ainsi, par essence, en minorité, ce que la théologie exprime à sa manière en faisant de l'état de grâce, ou du salut ^ une faveur exceptionnelle.
Jamais sur ces bases une discipline des Inœurs, une religion populaire ne se fussent établies. 11 fallait pour cela, reconnaissant en bloc les médiocres conditions de la moralité commune, assouplir et étendre la loi qu'on lui imposait, pour qu'elle renfermât dans son cadre et maintînt sous ses directions la masse humaine, qui, peu piquée de logique, vit au jour le jour, ne raffinant pas ses convictions et ses scrupules. Pour l'améliorer dans une certaine mesure, on devait compter moins sur des obligations édictées à sa conscience que sur un système de terreurs et de grâces, sur le frein de l'habitude joint au respect humain. Il fallait organiser le repentir à terme et sous condition, et, par une sorte d'amortissement
bien entendu, ne poussant pas à bout la sincérité du pécheur, ménager des répits à sa faiblesse, des étapes à sa conversion. Louis XIV fait ses Pâques : autant de pris sur la Montespan.
Le grand maudit du catholicisme, le bizarre et ingénieux esprit qui représente contre lui la résistance attardée et inutile de l'Hellénisme, Julien TApostat, semblait deviner cette conclusion logique de la pénitence. Témoins les âpres et pathétiques objurgations qu'il met dans la bouche de la Mollesse livrant à la Débauche l'impérial baptisé de la dernière heure, Constantin I
« Quiconque est corrupteur, quiconque est souillé d'un meurtre, quiconque est impur et infâme, qu'il se rassure; l'ayant lavé de cette eau, je le montrerai net à Tinstant. Et, s'il est encore la proie des mômes forfaits, je lui donnerai, s'il se bat la poitrine, s'il se frappe la tôte, de redevenir pur^ »
On ne juge souvent cette théorie que par ses conséquences extrêmes.
« La dévotion s'allie à tout. Lorsqu'on fait en Italie » assassiner son ennemi, cela coûte vingt ou dix ducats, » selon qu'on veut le damner ou qu'on ne le veut pas. » Pour ne point le damner, on lui dit avant de le tuer : » Recommande ton âme à Dieu ; pardonne-moi et fais » ton acte de contrition. Il dit son in manus^ pardonne,
1. « "OffTiç çôopeùç, offtiç fiiaiçôvoç, Sarxiç àvayri;, xài pôeXupb;, ira» 6appâ>v, aTcoçavô} yàp auTov toutw tô) uôaTt Xo)5<Taç, aOiixa xaôapbv, xotv lïàXtv ëvo^oç Totç auTOÎ; ylvi^xai, $(6ffw to (tttjôoç TcXi^ÇavTt xàt ttjv xeça- Xt|v îïatàÇavTi xa6apô> yevédQai. » ('loyX, Kataap., od finem.)
LA BANQUE DU PAPE. 18i
» et on régorge; il va en paradis. Mais, voulant le dara- » ner, on s'y prend autrement. Il faut tâcher de le 1 trouver en péché mortel ; et, pour le plus sûr, on lui » dit, le poignard levé: Renie Dieu ou je te tue. Il renie, I on le tue, et il va en enfer. Ces choses se font tous les )) jours, là où personne ne voudrait, pour rien au )) monde, avoir goûté d'un potage gras le vendredi. » Voilà la dévotion vraie, naïve, non feinte, non sus- » pecte d'hypocrisie * ».
L'institution qui peut donner lieu à ces abus est dans son principe scrutée avec une anajyse supérieure par un des plus profonds penseurs de ce siècle. < Longtemps, » dit M. Pierre Leroux, il fut question de la pénitence et » du rachat des péchés, sa.ns que la confession au prêtre » et l'absolution sacramentelle du prêtre en parussent » la cause efficiente et fondamentale. La pénitence > était donc une opération intellectuelle oîi nous avions » une part indispensable; et on la regardait plutôt I comme une chose entre Dieu et le chrétien que comme î une opération oîi un autre homme, quel qu'il fût, dût » intervenir. Mais plus tard, dans les temps barbares, » lorsque l'Église vint naturellement à dominer la » société laïque, l'action de Dieu sur nous, au moment » où nous nous relevons d'une faute ou d'un péché, I devint l'objet presque unique de considération; » l'homme, encore cette fois, disparut devant l'infinie
i. P.-L. Courier, Rép» aux lettres anonymesy H,
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9 puissance de Dieu. Le rachat du péché fut regardé » comme un mystère de la volonté divine, qui ne s'ac- » complissait pas par degrés dans notre vie, mais qui » s'accomplissait à un instant donné et par une sorte » d'évocation magique. Le prêtre fut ce magicien qui » faisait sortir la clémence du ciel et la versait sur la » terre. Ainsi le signe, qui avait été inconnu ou fort )> négligé dans les plus beaux siècles du christianisme, » devint prépondérant au point de tout éclipser, de » tout effacer, de tout absorber;... ce signe ou ce sacre-
> ment n'aurait rien «ignifié, si sa vertu eût été incer- » taine ou douteuse. Dès qu'on faisait intervenir Dieu à » un instant donné pour guérir l'âme du pécheur, la » cure devait être radicale... Dieu, agissant ainsi, ne » devait pas, comme un médecin ignorant, manquer la
> guérison. Il fut donc convenu que l'action curative
> s'opérait instantanément et spontanément^ par l'effet 1^ de cette parole du prêtre : Je vous absous.
» Que devenaient alors la contrition et le désir de la » satisfaction? On ne pouvait s'empêcher de reconnaître » qu'elles étaient réellement les seules causes du sacre-
> ment. Pourquoi donc ne suffisaient-elles pas ? Pouri quoi fallait-il le prêtre? Et, si le prêtre venait à » manquer, Dieu refusait-il la grâce ?
» Il faut voir, à ce sujet, l'embarras des docteurs » catholiques, lorsque vint plus tard, au temps de la » Réforme, une critique sérieuse de leur théologie. » Lisez le catéchisme du Concile de Constance : d'un
» côté il érige en principe que « c'est par la force des » paroles prononcées par le prêtre que Tâme du pécheur » est dégagée du lien de ses péchés, qui la tenait captive I auparavant » ; mais, immédiatement après cet axiome, » il ajoute : c — Et il faut bien observer que le prêtre )) prononce avec vérité et efficacement ces paroles sur )> une personne qui a même déjà obtenu de Dieu lé par- » don de ses péchés par la force de son ardente contrî- » tion jointe au désir sincère de s'en confesser. » Ainsi, » d'un côté, la contrition seule peut nous procurer le j> pardon de nos péchés, mais d'un autre côté Dieu » réitère tout à fait inutilement son opération, uuique- » ment sans doute pour que le prêtre paraisse toujours I) nécessaire au sacrement. Enfin, pour lier ces contra- » dictions, le catéchisme a imaginé cette subtilité : que » la contrition d'une faute, pour être efficace, doit être » jointe au désir sincère de s'en confesser.
» Ainsi la confession fut non-seulement l'instrument » nécessaire et tout à fait indispensable de toute expia- 3 tion, mais elle devint encore la partie principale et » prédominante de la pénitence *. Or cette prédominance » de la confession sur le repentir a entraîné d'infinis » désordres; car on en a conclu, et on devait en con- » dure que, la confession effaçant la faute, le repentir
1. « Il n*y a point de crime, quelque horrible et quelque grand quMl fioit, qui ne puisse être effacé par ce sacrement, non-seulement une fois ou deux fois, mais même toutes les fois qu'il sera commis. »
(Catéchisme du Concile de Constance^ article du Suavement de Pénitence.)
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> devait cesser immédiatement après l'absolution *. >
Si la logique règne, heureusement elle ne gouverne pas toujours.
Une discipline morale quelconque ne peut, sauf exception, que fortifier les bons instincts de notre nature.
Mais si, pour rester dans l'Église, pour éviter les flammes éternelles, le repentir sincère est obligé, s'il faut de bonne foi renoncer au péché favori, l'Évangile a raison : il n'y a qu'un très petit nombre d'élus. Mais quelle action disciplinante la religion garde-t-elle alors sur la foule? Que devient la religion, que devient rÉglise universelle ?
Allons au fond. Faut-il imputer ces conséquences au catholicisme, au christianisme même, ou au monothéisme, au dogme abstrait dont ils dérivent : — un Dieu jugeant les hommes, Dieu personnel, aux attributs humains amplifiés ?
Deux grandes religions se partagent presque tout le globe: le monothéisme chrétien, l'idéalisme bouddhique. Il faut le reconnaître, la doctrine du salut bouddhique paraît supérieure à la théorie du salut chrétien, justement par l'absence dans la première d'une volonté dirigeante, anthropomorphe, que l'homme dominé dans ses passions, et en quête, au meilleur compte possible, du bonheur éternel, cherche, qu'on me passe le terme, à