CHAPITRE XXVI
On compte nombre d'éditions du Tarif des Absolu^ Hoiis et des Dispenses K
La première édition imprimée l'est par ordre d'un pape, quatre ans avant les thèses révolutionnaires de Luther.
Grégoire XIII ordonne expressément en 1684 une réimpression de la Taxe.
Soixante-dix ans après la première publication par un pape, celle-ci est due à un pape, à la suite des nombreuses éditions données dans un but hostile par les protestants, L'Église fit, depuis, sur ces points scabreux de sa disci*
1. Une première publiée à Rome, par ordre de Léon X: — In campo PUmBt XVII novembris, mdxiv ; — 2" une de Cologne (l"), 1515 ; — S** Paris (1"). 1520; — A'' Cologne (2'), 1523*; — 5*» Paris (2'), 1533; — 6» Witlemberg, 1538 ; — 7« Paris (3*), 1545 ; —- 8° Paris (4»), publiée par Antoine Dopinet, 1564; — 9« Venise, publiée par ordre de Grégoire XIII et insérée dans le Tractatu TractatuuniySeu OceanojuriSy 1584; — 10" Leyde (réimpression de l'édition Dupinet), 1610;— 11*» Paris (5«), 1625;— 12« Paris (©•), 1651 ; — 13» Taxa S. Cancellariœ romanœ in Iticem emissa et notis illustpata a L. Banck.,.f etc., Franckerm; excudit IdMrdus Alberti, 1651 ; — U"* Taxe des parties casttelles de la Boutiqtte du Pape, rédigée par Jean XXII et publiée par Léon X,... par M. Julien de Saint-Acheul; Paris, cheE Brissot-Thiars, rue Neuve-des-Petits-Ghamps, 22, 7* édition de Paris, 1821.
pline toute l'ombre qu'elle put. Mais, aux premières attaques, elle avait intérêt à ne pas reculer, à prévenir, en faisant elle-même la lumière, tout soupçon coTitre son courage et sa bonne foi.
On connaît par leurs attributions à peu près tous les officiers de la Chancellerie et du Pénitentiel, — dispensateurs des grâces papales, fonctionnaires ou commis de cette banque, dont les titres se négocient dans tout le monde catholique.
Un exemple éclairera ces trafics, analogues à ceux que le développement des transactions du crédit a rendus si familiers à tous.
Il circulait des indulgences au porteur. Voici la traduction de Tune de ces pièces * :
Billet d'indulgence.
« Aux termes d'un bref de N. S. P. le pape est » accordée rémission plénière de Saint-Sébastien des î> Catacombes à quiconque payera la somme de cinq » deniers tournois pour le repos d'une âme. . . Remissiones » plenarias Sancti Sebastiani ad Catacumbas,,. dando 1) pro qualibet anima singulari intentione et devoia )) Summam V denariorum turonensium. »
i . Cette indulgence a été trouvée dans la couverture d'un ancien volume. J'en ai lu le texte original. 11 faisait partie de la vente de la bibliothèque de M. H. de Lassize, qui a eu lieu en janvier et février 1867 (Maison Sylvestre, rue des Bons-Enfants, 28). Voir le catalogue imprimé de cette vente : ThéologUy p. 15, in-8''; Paris, L. Potier, libraire, quai Malaquais, 9; 1867.
Au-dessous, une formule imprimée, à remplir par le nom du donateur laissé en blanc, celui de l'âme en peine, l'énoncé de la somme reçue, le quantième du mois et la date de 1538.
« Le tout devait être accompagné de la signature de ^ Tabbé ayant reçu le prix fixé. Au bas de ce document, » on remarque une tête de mort gravée sur bois, et » autour les lignes suivantes imprimées en français : n — Et tous les dictz bienfaicteurs prendront une des )) présentes lettres pour chascune âme pour rendre bon » compte à Monsieur F abbé ou à son commis *. »
Après le personnel présidant à l'émission, il est
curieux d'étudier la nature et la cote de ces titres; Un
mot seulement sur le gouverneur de la banque des
indulgences, le Grand-Pénitencier.
C'est lui € qui a seul le pouvoir d'absoudre de tous les cas
que le pape se réserve, et pour cet effet, celui qui a la patente de Grand-Pénitencier, que le pape ne donne jamais qu'au Cardinal, vient aux Basiliques, tour à tour, huit jours avant Pâques, entendre les confessions, séant sur une chaise élevée de trois degrés en forme de tribune, qui est à côté du maître-autel de ces mômes Églises, et pour lors il tient une baguette à la main, en forme de sceptre, qui a trois pièces de rapport. La première partie, qu'il met dans la main, est d'ivoire, lasecondede brésil, et la troisième d'ébène. Son pouvoir s'étend, outre l'absolution des cas réservés, à donner des dispenses pour les degrés défendus par les lois humaines (le pape- se réservant toujours ce qui regarde les commandements de la loi divine). Il admet aussi la
!• Voy. catalogue Lassize, p. 15.
légitimation des enfants, il dispense des défauts qui empêchent de recevoir les ordres, et de plusieurs articles des règles monacales, comme aussi des vœux et de la simonie. Il permet de tenir plusieurs bénéfices. — Il absout de meurtres, in foro conscientiœ, c'est-à-dire dans le tribunal de la conscience, et pour le regard des clercs, son absolution a lieu non seulement pour la conscience^ mais aussi devant le Tribunal de la justice civile. Il a le pouvoir de députer sur les lieux des confesseurs ordinaires, pour absoudre en sa place ceux qui ont des cas réservés au Pape, et qui ne peuvent venir à Rome, pour des empêchements légitimes, leur adressant sa conmiission gratis ubique^.n
Mais les fonctions du dataîre n*ont pas moins d'importance : outre qu'il authentique toute? les expéditions de la chancellerie, dans bien des cas il a en matière de dispenses et de grâces un pouvoir arbitral de réduire les tarifs. Bien des articles de la Taxe portent ces clauses : « Et compmiitur ctim Datario Pap3S...In cêtsu )) componendum est cum Datario Papw. »
« Cet étrange abus des indulgences, dit très bien )) Voltaire, semblait avoir sa source dans les anciennes D lois des nations de l'Europe, dans celles des Francs, ]) des Saxons, des Bourguignons. 9
Les variations de la taxe des péchés, selon la qualité des personnes, rappellent celles du Wergheld des Barbares.
11 en coûte trois fois autant de mutiler un clerc qu'un laïque (64 francs environ).
il tabL de la Qour deRomei 3° partie, ch. 11, p. 1701^
« Fro clero cum suis limitationibus consuetis^ Turo-
nenses 18, Ducatos 4, Carlinos 9.
» Si laicus laicum^ datur in foro conscientiâS^ et i taxatur Turon. 6, DucaL 2*. »
Dans le cas de meurtre, le prix de Tabsolution varie de moitié selon que la victime est, ou non, tonsurée. De plus, € si Ton a tué plusieurs laïques en une fois, on ne 1 sera taxé que pour un > .
« Si unus plures in uno conflictu occiditj taxatur * p7*o uno tantum *. »
Il n'en va pas ainsi pour les tueurs de prêtres, bien qu'ils ne payent Jamais que pour deux meurtres, quel que soit le nombre des tués dans la même rencontre (cowflictu).
« Si unus plura Presbytericidia commiserit^ eodem » tempore et in eodem conflictu^ non taxatur ultra » sex Turonenses lihras ^. »
La taxe pour le meurtre d*un seul prêtre est de trois tournois.
Le boni suivant est étrange :
« Si Ton a tué plusieurs prêtres en dWers temps, on > payera la taxe entière pour le premier meurtre, et ï pour les autres la moitié seulement. »
1. Taxe de la Chancellerie, â* édition de Leyde. -^ Dé MuiHatione, p. 43; et Taxe des parties casuelles, ch. xvt, p. 46.
t Taxe de la Ckancelleriet titre de Laiddio, p* 56. — • Cfi Taxe des parties casueUes, ch. xxi, p. 54.
3. Taxe de la Chancellerie, titre de Présbytericidio,p. 52. — Cf. Taxe des parties casuelles, ch. xx, p. 52.
SOS LES MÉDIGIS.
« Si vero diversis temporibus^ pro primo taxabitur » integraliter ^ et pro quolibet aliorum pro medietate 9 tantum. >
La disproportion de certaines évaluations avec d'autres étonne surtout. Quant au cas du parricide, elle est à rinverse de ce que la morale ordinaire semble exiger.
« Pour un laïque qui aura tué un prêtre, le pardon î se fera en forme avec pénitence publique, et Ton » payera pour ce meurtre six tournois et deux ducats » (-27 fr. 05 c.)*. ))
Le parricide coûte plus d'un tiers de moins 1
(( Parricidium^ matricidium^ fratricidium^ sorori- » cidittrUy taxatur pro uno tantum ^ Turon. A, Duc. 1, j CarL 8 ^. »
Gela suffit si la victime est un laïque; mais, si elle appartient au clergé, il faudra de plus faire le pèlerinage de Rome...
<r Si essetaliquis eorum clericus^ teneretur interfedor j) visitare Sedem Apostolicam^ . »
L'avortement est taxé au même taux que le parricide.
» Pro muliere quœ cepit potum ad necandum fœtuniy » vel pâtre qui dédit potum matri^ Tur. â, Duc, 1, » CarL 8 *. »
1. Taxe de la Chancelleriey p. 51 ; Taxe des parties casuelles, p. .51.
2. Taxe de la Chancell. , p. 57 ; Taxe des parties casuellesy p . 55.
3. Taxa Cancellariœ romanœ in lucem emissa a L. Banck; — Tax. Cancell. Apostol.j Sectio m, tit. vu, p. 132.
4. Taxe de la Chancell. rom,^ titre de Ahorta, p. 58. — Cf. Taxe des parties casuellesy ch. xxv, p. 56.
Très modéré quand il évalue l'absolution des crimes
relevant de la morale naturelle, le tarif s'enfle dès qu'il
touche aux compensations dues pour des attentats directs
contre Dieu, c'est-à-dire contre l'Église et sa hiérarchie.
Ainsi, a un meurtrier volontaire, qui a déjà pris les
» ordres, ne peut obtenir sa dispense en conscience,
» pour dire la messe et avoir des bénéfices, qu'en
» payant trente-six tournois, neuf ducats ^ ».
Six fois plus que s'il avait tué son père I
« Celui qui a tué sa femme et qui en veut épouser » une autre ^ » est taxé au contraire à huit tournois, deux ducats, neuf carlins (32 fr. 65 c). Il n'y a pas de taxe pour la femme qui aurait tué son mari.
Pour un acte de libertinage quelconque commis par un clerc, soit avec une religieuse, dans le cloître ou ailleurs, soit avec ses parentes et alliées, ou avec sa fille spirituelle, ou avec une autre femme quelle qu'elle soit, on ne sera absous et relevé de son péché de luxure, avec assurance contre toute poursuite, que pour la somme de trente-six tournois, trois ducats (67 fr. 60 c).
« Pour actes de bestialité et de sodomie commis en » sus de ces péchés.. • 90 tournois, 12 ducats, 6 carlins » (environ 219 fr. 70 c).
> Mais, si l'on demande l'absolulion seulement de la
1. Taxe delà Chancell. rom., p. 47. — Cf. Taxe des part, casuellest p. 47.
2. Toice de la Chanc. rom., p. 57. — Taxe des parties cas. y p. 55.
LES MÉDICIS. H. — li
ilO LES 'MÊDICIS.
> sodomie ou de la bestialité, on ne payera que... » 36 tournois, 9 ducats.
» Une religieuse, qui sera tombée plusieurs fois dans » le péché de luxure, ou dehors, ou dans son monastère,
> aura son absolution et sera rétablie dans son ordre, et » même, si elle était abbesse, dans sa dignité, moyen-
> nant... 36 tournois, 9 ducats. »
Il serait aisé de multiplier ces citations.
« Indulgences pour le tiers des péchés... A532 francs.
» Quando pulsatur pro Ave Maria ^ dicendo salu- )) tationem Angelicam^ unius anni^ et quindecim p dierum... 500 francs.
» Pour visiter le Saint-Sacrement de l'autel à certains » jours, jusqu'à dix ans... 500 francs.
» In articulo mortis (perpétuelle au cas où le malade » réchappe)... 2500 francs {Tax., tit. XXXIV). >
Et les indulgences gratuites : c A qui visite les têtes » de saint Pierre et de saint Paul, trois mille ans s'il est
> de Rome, six mille s'il est du voisinage de Rome, ^ douze mille s'il vient de plus loin. — A qui assiste » aux offices de Saint-Jean-de-Latran, le jour de saint » Jean l'Évangéliste, vingt-huit mille ans. — A qui fait n une station à Saint-Jean-de-Latran, le Jeudi-Saint ou » le dimanche des Rameaux, rémission plénière et délia vrance d'une âme du Purgatoire, à son choix I ... »