‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 69 sur 167 · Nardi, ht, ddla cUtà di Firevvie, lib. IV, cap. xliii · texte numérisé non relu

Nardi, ht, ddla cUtà di Firevvie, lib. IV, cap. xliii

253 LES MËDIGIS.

faire oublier cet ordre de considérations. « — Quand tu » en auras bonne occasion, tu demanderas en notre nom

> à Son Excellence sûreté et sauf-conduit dans ses » États pour nos négociants qui iraient au Levant ou » qui en viendraient. Cette chose nous importe beau-

> coup : elle est, pour ainsi dire, X estomac {lo esto- » maco) de cette ville. Il faut t'ingénier et employer » tout ton zèle pour que cela tourne au gré de nos ï désirs'. )>

Muni de ces instructions, le secrétaire des Dix chevauche vers Imola.

Il fallait présenter au spectateur le témoin plus ou moins désintéressé, mais innocent en somme, du dénouement qui se prépare.

Le drame a deux actes :

La conjuration de la Magione ;

Le guet-apens de Sinigaglia.

Le bourg de la Magione, ou la Mascione del Gian di Carpene^^ voisin de Pérouse, était plein de cavaliers armés. On était aux premiers jours de l'automne de cette année 1502.

Capitans, serviteurs, soudards, estaflers, habitués des Orsini, y affluaient autour de leurs maîtres.

Ce n'était pas une armée, c'était plus qu'une bande.

Un déploiement inusité de forces eût attiré l'attention

1 . Machiavel, son génie, etc., par Artaud; Paris, Didot, 1833, 1. 1*', p. 92.

2. Voy. Cronaca del Matara^w, nel tomo XVI, part, ii, deir Archiv. délia Storia italiana.

LE GUET-Al'ENS DE SlNIGAGLIA. 253

sur leurs desseins ; cependant, ils devaient se protéger contre une surprise de l'ennemi soupçonneux et en éveil, qui finalement les prit au traquenard. Aussi, durant la semaine qui précéda la conférence, les aventuriers affidés de ces seigneurs se glissaient isolément ou par petits groupes h la Magione, ou s'établissaient aux environs. Les capitaines disséminaient leurs détachements... C'était Taristocratie du métier, alors très lucratif, de la guerre.

A un étage inférieur de la Condotta (c'est le nom de ces entreprises, de conducere^ louer), les gens d^armes appelés lanceS'brisées {lanze rotte ou spezzaté) s'afferment avec leur brigade de cinq h six hommes. Ajoutez Uiuie cette famille {famiglia) mi-partie domestique et militaire, rappelant et les minisiériaux d'Allemagne et les clients de Rome, laquais-soldats, familiers de tout ordre et de tout emploi, dévoués per fas et nefas, La fidélité au maître et à la maison suppléait chez les meilleurs le sens moral, absent trop souvent du condottiere^ mêÈQe sous cette forme infime, mais désintéressée. Ces négociants en tuerie, tuaient, — on Ta vu, — le moins possible, ménageant leur peau et celle de leurs adversaires qui pouvaient être demain leurs compagnons. Ce qu'ils n'épargnaient pas, c'était le coffre-fort, l'argenterie de l'habitant, le poulailler, le grenier, le cellier du contadino^.

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