‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 81 sur 167 · Lettre du marquis de Mantoue à la marquise^ sa femme · texte numérisé non relu

Lettre du marquis de Mantoue à la marquise^ sa femme

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à notre but de caractériser son œuvre de pape homme d'État et d'Italien. C'est Thomme de la Renaissance, le protecteur quinteux, mais obstiné, du quinteux Michel- Ange, qui nous intéresse : — c'est le bourru bienfaisant au grand art, préparant et commençant les merveilles du règne suivant.

Le sculpteur du Moïse de Saint-Pierre-aux-Liens, le peintre de laSixtine, a des affinités extérieures et morales avec le rude pontife. Ces ressemblances c{xpliquent la sympathie de celui-ci pour le génie et la personne de Buonarroti. Il n'est pas jusqu'à la bougrisque barbe qui ne se retrouve au menton de l'artiste, et la violence condensée de la physionomie, du regard, en ces traits accusés rendus plus étranges par le sacrilège coup de poing du Torrigiani.

Quand on ne s'arrêterait pas, après tant d'autres, devant le colosse de Tart moderne (tout semble dit sur l'œuvre et sur l'homme), le peintre de la Sixtine exigerait une étude spéciale, au point de vue d'oîi nous tentons d'embrasser les divers aspects de la Renaissance italienne. Athlétique et méditatif, ce génie concentré dans sa contemplation, comme l'est dans l'effort outré de sa musculature le type de géant qu'il créa, — Michel- Ange résume la seconde Renaissance. Objet pour lui d'un culte passionné, son poétique patron, son inspirateur, Dante, tient la même place dans la première. Aussi, quelle affinité entre ces deux revenants des mondes chimériques, le poète de la Comédie divine, le peintre

du dernier Jugement 1 Celui-ci, — poète à ses heures, — tient à honneur d'exprimer cette similitude, cette affiliation des deux génies.

A DANTE ALlGHlJERll.

Du monde, il descendit aux aveugles abimes, Contemplant les enfei*s, jusques à Dieu monta, Vivant, accompagné de pensers magnanimes, Et sur la terre, à nous^ la lumière apporta.

Astre majestueux, tes rayons découvrirent Les secrets éternels à nos regards celés, Gardant le seul honneur que leurs labeurs attirent Aux héros méconnus, d'outrages désolés.

Ton œuvre, ta pensée, ô Dante^ fut maudite Par ce peuple d'ingrats réservant ses mépris A la gloire du juste^ à l'éclat du mérite.

Oh ! pussé-je être tel que lui-môme, à ce prix DeTàpre exil subi par la vertu proscrite, Épandant ses splendeurs sur le monde surpris !

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