Rime di Mighejuagnolo Buonarroti, sonetto xxxiii
in-Vincoli est l'apothéose en marbre. Quel qu'ait été parfois l'abus de ce patronage impérieux et exclusif, il honore le pontife, qui commanda au Buonarroti, et ce Tombeau inachevé, cause de tant de démêlés et de déboires, et les fresques bibliques des voûtes de la Sixtine.
Une partie de ces immortelles peintures fut terminée et découverte à la jBn de 1509, le reste en 1613, l'année inême où mourut Jules IL Nous tenons donc tout entier à cette heure le génie du maître, par cette éclosion suprême que ne devait pas dépasser le Jugement Dernier^ exécuté bien plus tard, de 1532 à 1541.
Ne s'était-il pas déjà montré presque à la même altitude dans sa Pietà^ aujourd'hui à Saint-Pierre de Rome *? Le groupe est de 1500. Mais, pour l'exquise suavité de l'expression et du style, cette composition du grand statuaire, marquant la transition de sa jeunesse à la pleine maturité de son génie, occupe peut-être une place à part dans son œuvre si étrangère aux morbidezze des attitudes et du sentiment. Quel pathétique abandon dans l'homme de douleur, en ce corps émacié si élégant dans sa maigreur ascétique, reposant comme un faible enfant, dépouille légère et chérie, au giron de la Vierge Mère ! — « Celle-ci est trop jeune, disait au maître son ^ disciple et biographe Condivi. — Ne sais-tu pas que » lès femmes chastes se maintiennent plus fraîches que » les autres ? Combien plus le sera donc une vierge en
i' Premier autel, à droite, en entrant.
30i LES MÉDICIS.
» qui jamais ne se produisit le moindre désir lascif qui 1» altérât son corps... Ce qui n'était pas nécessaire à son » fils, ou plutôt il fallait montrer le contraire, à savoir ^ un fils de Dieu revêtant véritablement un corps hu- » main sujet à toutes nos infirmités. »
On peut insister sur cette Pietà. Elle est le point culminant de la critique appréciant Michel-Ange. La synthèse de son génie s'y concentre sous l'aspect plastique, que les Rime du Buonarroti traduisent dans la langue du poète.
Ces Sonnets^ ces Madrigaux^ ces Capitoli^ fouillés comme une esquisse de maître, dans les repos de l'atelier, mémentos des labeurs de l'artiste à la recherche de l'idéal peint ou sculpté, échos des soupirs de l'amant qui a trouvé sa Béatrice dans la belle et pieuse Vittoria Colônna, portent l'empreinte d'une puissante vie intérieure de soixante années.
Aux trois langues (comme disent les commentateurs italiens) qu'il possédait en maître, — de l'architecte, du sculpteur et du peintre, — il a joint l'expression par le verbe, dans une mesure bien plus effacée et plus modeste, bien que remarquable encore par l'étendue et l'énergie de la pensée. A suivre cette série de petits poèmes tout personnels, intérieurs et de conscience, le lecteur éprouve quelque chose de l'impression causée par les pensées d'un Pascal.
La grande image du Crucifié domine, mais associée et comme rassérénée, à l'idéalisme platonicien, dont le
•christianisme de Michel-Ange porte plutôt Tempreinte que celle de la foi tragique, anxieuse, du disciple de Port-Royal, au mystère sanglant de Golgotha.
Parfois, pourtant, cet élan de Tamant platonicien et platonique vers la Béatrice qui « emparadise son âme », , pour parler comme Dante, et le mène à l'idéal suprême par l'idéalisation quintessenciée du type féminin {La forza et un bel volto al ciel mi sprona^)^ parfois cette extase un peu alambiquée fait place aux attritions du chrétien étroitement obsédé par la préoccupation de son salut* :
« Déchargé d'un importun et pesant fardeau, — Seigneur éternel, et dégagé du monde, — tel qu'un frôle esquif, à toi, lassé, je me retourne, — d'une horrible tempête dans un doux calme.
» Les épines, les clous et l'une et l'autre main percée, — avec ton benoît, humble et déchiré visage, — promettent grâce