Poscia ch* appreso ha Tarte intera e diva
D*alcun la forma e gli atti, indi di queUo, D*umil materia in semplice modeUo Fa il primo parto, e '1 suo concetto avviva.
» Mais dans le second enfantement en dure pierre vive — s'accomplissent les promesses du marteau ; — d'où il renaît, et, fait illustre et beau, — il n'y a nul signe de prescription pour sa gloire.
> Semblable, de moi modèle je naquis, moi, d'abord, — de moi modèle, pour œuvre plus parfaite ~ afin de renaître puis de vous, dame haute et digne.
) Sije faillis, et que mon imperfection soit corrigée — par votre pitié, quelle pénitence attendra, — de la dédaigner, mon aveugle et vain penser ! »
Ainsi se marquent par un double courant poétique les influences qui dominent le développement moral et inteUectuel de Michel-Ange : le mysticisme chrétien de Savonarole, le platonisme de Marsile Ficin et de Politien. Ces deux représentants de la grande école restaurée par Pléthon, présidèrent aux premiers travaux de Tartiste, dans la Maison de Laurent. Le motif du basrelief des Centaures lui fut, paraît-il, indiqué par Politien.
L'empreinte de Savonarole côtoie dans les Rime celle de Marsile, — la sombre doctrine du Calvaire s'y oppose
Ma ncl secondo in dura piett*a viva S*adempion le promesse dcl martcUo»
Ond* ei l'inascC) e, fatto illustre c bello, Segno non è che sua gloria prescriva.
8iiilil di me model nacqu* io da prima, Di me model) per opra più perfetta Da voi rinascerpoi, donna alta e degna.
Se il men riempie, e*l mio soperchio lima ' Vostra pietà, quai penitenza aspetta Mio cieco e van pensier se la disdegna !
(Sfyneito lVii.)
308 LES MÊDIGIS.
à la conception d'un christianisme idéal, symbolique, élargi autant qu'apaisé par la glose des sages : TÉvangile entrevu à travers le Phédon.
Sous ce rapport, la seconde Renaissance accentuait une évolution plutôt qu'elle n'opérait une révolution véritable. La première Renaissance, dont l'épopée dantesque demeure la suprême expression, se signala par une compréhension toujours plus humaine des mystères étroits qu'elle était tenue de respecter. Le souffle platonicien épand par place, dans les sombres bolges du Tartare, une lumière élyséenne. Sans parler des belles pelouses où les sages païens devisent sans souffrances dans une paix philosophique à peine attristée par l'absence de Dieu, et des limbes oîi les enfants morts sans baptême sont traités avec une indulgence impuissante, — on le voit trop, — à satisfaire le sentiment du poète, plus large que son orthodoxie, à l'aide de quels laborieux détours, plus heureux que Virgile, Caton, Stace et Trajan échappent aux peines éternelles 1 D'où proviennent ces atteintes indirectes au Dogme? Du besoin que Dante éprouve, dans sa moralité supérieure, de se soustraire, autant qu'il est en lui, à l'empire d'une croyance répugnant à sa pensée intime, à ses profonds et sympathiques instincts. Parfois, — si Ton peut s'exprimer ainsi, — cette atmosphère ambiante du platonisme enveloppe, au milieu des horreurs des plus bas cercles, des êtres aimés que Dante y rencontre livrés aux plus atroces supplices.Tel BrunettoLatini,son maître, l'auteur du Trésor.
JULES H ET MICnEL-ANGE. 309
L'implacable courroux qui le frappe pour réternité n'arrête pas, à l'égard de ce père de son esprit, les témoignages de sa reconnaissance et de son admiration. Et, à rencontre des solutions catholiques révoltant le plus son équité, comme il sait produire l'objection de la conscience en éveil 1
Chè tu dicevi : Un uora nasce alla riva
Deir Indo ; e quivi non è chi ragioni
Di Cristo, ne chi legga, ne chi scriva ; E tutti suoi Yoleri ed atti buoni
Sono, quanto ragione umana vede,
Sanza peccato in vita od in sermonî ; Muore non battezzato e senza fede :
Oy* è questagiustizia che Icondanna?
Ov' è la colpa sua, sed ei non crede*?
Le dogme étroit demeure finalement victorieux; mais l'imagination du poète n'en a pas moins sondé les appuis qu'il appartient à d'autres de ruiner sans retour. Pomponace, au nom de l'école d'Aristote, aura cet honneur. Nous suivrons jusqu'à ce point culminant, marqué par son traité de Y Immortalité de FAme^ la progression philosophique de la seconde Renaissance, dont le terme extrême apparaît déjà dans le scepticisme gouailleur du
1. I Tu disais : Un homme naît à la rive de Tlnde, et là n*est qui raisonne de Christ, ni qui en lise ou en écrive.
» Et tous ses vouloirs et actes sont bons, autant que raison humaine voit, sans péchés en vie et en discours.
» Il meurt non baptisé et sans foi : où est cette justice qui le condamne? où est sa coulpe, s*il ne croit pas ? »
(Dante, Paradis, c. xix, tercets 24, 25, 26.)
310 LES MÊDIGIS.
Morgante. Mais la caractéristique de cette époque est dans l'idéalisme platonicien qui tend à se dégager du christianisme, sans rompre violemment avec lui. Il inspira surtout la poésie et l'art, — Politien et Jjaurent, Michel-Ange et Raphaël, continuateurs de Dante et de Pétrarque, poursuivant comme eux dans la réalité la quintessence de l'Amour et du Beau. Peut-être la perfection atteinte à ce moment par les arts plastiques dépendit-elle de cette préoccupation, servie par une science des formes étrangère à leurs prédécesseurs. du Moyen- Age.
Quoi qu'il en soit, l'œuvre des deux grands artistes, pour être comprise, ne saurait être séparée des sources où s'abreuva leur imagination.
Michel-Ange, par exemple, ne se contenta point de rimer à l'instar de Dante et de Pétrarque. Il commenta publiquement, à l'Académie de la Crusca^ le sonnet de ce dernier :
Amor, che nel pensier mio vive e régna.
Des sobriquets d'un goût plus que douteux désignaient les membres des sociétés de lettrés et d'érudits fondées à cette époque. Dans celle de la Crusca ou du Crible^ on comptait le Gramolato ou le Pétri^ le Macerato^ Vbiferigno ou le Pain bis^ le Stritolato ou le Broyé, Y Enfariné iyinfarinato). Michel-Ange était Y Empâté {Ylmpastato).
A l'oraison funèbre du peintre, du sculpteur, de Tarchitecte, qu'il prononce à ses obsèques, Varchi devait joindre un panégyrique non moins élogîeux du poète platonicien, du Petrarca secondoy comme il l'appelle. Et, avec les ressources de la syllogistique la plus subtile, il analysa, devant cette même Académie de la Crusca, les beautés du premier sonnet de Buonarroti * :
€ L'excellent artiste n'a aucun concept qu'un marbre seul en lui ne circonscrive dans sa surabondance, et à ce concept seul arrive la main qui obéit à l'intelligence.
» Le mal que je fuis et le bien que je me promets, en toi, femme séduisante, superbe et divine, tellement s'abscond; et, pour que plus je ne vive, Tart est pour moi contraire à l'effet désiré.
> Donc TAmour, ni ta beauté, ni ta fortune^ ni ta rigueur ou ton grand dédain, ni mon destin, ni le sort, ne sout coupables de mon mal,
» Si dans ton cœur tu portes en môme temps mort et pitié, et que mon bas génie, brûlant, ne sacbe en tirer rien autre que mort. »