LoremacdOy acte I^ se. ii
sœurs comptait quatre cardinaux, un Gibo, un Salviati, deux Ridolfi. Maddalena n'en était pas moins la préférée ; aucun soupçon d'ailleurs (malgré l'exemple récent des Borgia) n'attaqua ce fraternel attachement. Mais c'est à son influence que les historiens du temps, Gui-^ Chardin en tète, attribuent en grande partie, ainsi qu'aux conseils du dataire Laurent Pucci, cardinal de Santi- Quattro, la vente scandaleuse des indulgences.
« Ë accrebbe clie il Fontefice, il quale per facilita délia natura sua, essercitava in moite cose con poca maestà rufficio pontificale, donô a Maddalena, sua sorella, lo emolumento e Tesattione délie indulgenze di moite parti di Germania, la quale avendo fatto deputare commessario il vescovo Aremboldo, ministro degno di questa commessione, che Tesercitava con gran avarizia eeslorsione, e sapendosi per tutta la Geimania chai danari che se necavano non andavano al Pontefice, o alla Caméra apostolica, donde pur sarebbe forse stato possibile che qualche parie se ne fusse spesa in usi buoni, ma era destinata a satisfare ail* avarizia d'una donna, aveva fatto detestabile non solo Fesattione, e i ministri di quella, ma il nome ancor e l'autorità di chi tanto inconsultamente le concedeva '. »
1. « Le mal s'accrut, parce que le pape, qui, à cause de sa facilité de nature, exerçait en bien des choses avec peu de majesté l'office pontifical, donna à Madeleine, sa^sœur, le produit abusif des indulgences de beaucoup de contrées de TAUcmagne. Celle-ci avait fait envoyer comme commissaire l'évêque Aremboldo, ministre digne de cette commission, et qui l'exerçait avec une extrême avarice et rapacité. On savait dans toute l'AUemagne que l'argent ainsi extorqué n'allait pas au pontife ou à la Chambre Apostolique, d'où il aurait été possible que quelque partie en fût dépensée pour de bons usages, mais qu'il était destiné à satisfaire l'avarice d'une femme. Cette dame avait ainsi fait détester, non-seulement l'exaction et les agents qui la pratiquaient, mais encore le nom et l'autorité de celui qui si inconsidérément accordait cette licence (GuiCHARDDf, Hist, liv Xlil, ch. V). »
Ce népotisme, ancien déjà au Vatican, cette détente de cœur du célibataire vieilli à sa tâche de prêtre, desséché par rintrigue et les longs calculs, s'expliquent naturellement. Ils relient à la vie de tous le demi-dieu planant dans le vide d'un Olympe factice, que peut seule peupler l'hallucination de la foi.
Et même cet état d'esprit n'exclut point, il appellerait plutôt les inclinations les plus tendres , jusqu'à cette limite, privilège des saints, oii l'amour s'échoue, pour leur gloire, à la mysticité. Les blonds cheveux des Madeleines caressent sans péril les pieds des Messies. La coopération de la femme apparaît en toute œuvre religieuse : à côté des Jérôme, les Paule, les Eustochie; près d'Hildebrand, Mathilde, la Grande Comtesse; et près de François de Sales, M"' de Chantai.
L'homme d'esprit dont on s'efforce de dégager rindividualité complexe n'eut rien de commun avec ces héros du catholicisme. Quelle qu'ait été son émancipation intellectuelle, il subissait peu l'empire intérieur d'une croyance dévote. Le milieu auquel il appartenait peut être comparé au monde des sages désignés au dix-septième siècle sous le terme de libertins^ sans que cette appellation, relative à l'indépendance de leur pensée, emportât, quant à leurs mœurs, une interprétation trop défavorable.
Les Bembo, les Bibbiena, comme leur protecteur, anticipent sur les Saint-Évremond, les Gassendi, les Bayle. Leur morale, indulgente aux autres et à soi, rele-
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vait moins d'une r^le doctrinale que d*uné sociabilité, d'une sorte d'urbanité supérieure et de raffinement esthétique.
Ds sont, dans le sens prêté à ce mot par le dix-septième siècle, des honnêtes gens rebelles à tout fanatisme : d'où la faiblesse de la seconde Renaissance en face de la Réforme qui, elle, était une foi. Malgré leur compréhension du rôle qui leur échoit comme civilisateurs, visible chez les néo-platoniciens de Florence, chez les aristotéliciens de Padoue et leur chef, l'illustre Pomponatius, cette infériorité des philosophes à l'égard des théologiens devait durer jusqu'au dix-huitième siècle, où ils prirent dans l'instinct des masses un indispensable appui. Il n'y a guère plus de cent ans que la foi, base de la moralité vulgaire, tend à se dégager tout à fait du surnaturel, c'est-à-dire à se fondre dans la notion et le sentiment de Vhumanité. Mot nouveau sous cet aspect, ou plutôt renouvelé, après mille ans de discipline chrétienne. Employé dans son acception la plus large par les grandes écoles rationalistes du paganisme {homo sum, humant nihil a me alienum puto)y il avait cessé d'être entendu sous le long régime du Moyen-Age, remplacé par celui de catholicité. Occupé de son salut personnel, sous l'autorité de l'Église, le croyant ne reconnaissait son semblable que dans le croyant.
L'esprit, avant le sentiment, devait se venger, soit par un scepticisme légitime, ou par un monstrueux dédain de la règle morale. Ainsi s'explique la décadence
du pouvoir spirituel, soit qu^elle apparaisse dans les cruautés et les priapées des Borgia, soit qu'elle se traduise par le dilettantisme amène et épicurien de Léon X. Ce que tour à tour la Papauté présente alors de répulsif et d'attrayant résulte de la même cause : le divorce entre la foi affaiblie, mais toujours régnante, des foules et l'émancipation relative de ses conducteurs religieux.
En attendant que le protestantisme, à la veille d'éclater, provoque, avec la résistance catholique assumée par les Jésuites, un double recul de la Raison devant la Croyance mystique ^, la curie romaine s'aveugle sur ses forces réelles par l'effet d'une longue possession dé l'omnipotence sur les Ames.
Le pape n'est presque plus qu'un prince italien envahi par des ambitions de famille.
Léon rêve un instant le trône de Naples pour son frère Julien. 'Son Égérie ne ressemble pas à Mathilde, l'ardente inspiratrice du grand conquérant spirituel Grégoire VIL.. C'est la grande dame bourgeoise, issue du comptoir florentin, la sœur chérie du pontife, Madeleine Cibo, exploitant pour les siens les faiblesses avunculaires 1
Dernier représentant légitime des Médicis, Laurent II jBnit par absorber à son profît l'ambition dominante de Léon.
1* Voy. RaNke, Hist. de la Papauté aux sehième et dix-septième siècles y |. I et passim.
Lui assurer le duché d*Urbin devint le mobile de la politique pontificale.
Jean de la Rovère, neveu de Sixte IV et frère du cardinal Julien de la Rovère, qui fut Jules II, avait épousé, en 1473, Jeanne, sœur de Guid' Ubaldo de Montefeltro, duc d'Urbin. Le fils qu'il eut de cette princesse succéda à son oncle maternel. Ce La Rovère, greffé aux Montefeltro, race littéraire et militaire, hérita des heureuses dispositions de ces guerriers, protecteurs des lettres et des arts. La dynastie et la petite cour d'Urbin ont mérité les éloges enthousiastes du comte Baldessar Gastiglione, dans cette langue exquise et harmonieusement colorée du Cortegiano^ où se côtoient bonhomie et grâce aristocratique.
« — Au penchant de l' Apennin, presque au milieu de TUalie, vers la mer Adriatique, est située (comme chacun sait) la petite cité d'Urbin, laquelle, bien que placée entre monts, et moins riante que peut-être quelques auti*es villes qu'oif voiten maints lieux, a pourtant à un tel point le ciel favorable, que le pays d'alentour est très fertile et plein de fruits, de manière que, outre la salubrité de Tair, il s*y trouve une grande abondance de toutes choses servant à la vie de l'homme. Mais, entre les grandes félicités qu'on lui peut attribuer, celle-ci à mon sens est la principale, que, dès longtemps jusqu'à ce jour, elle a été gouvernée par d'excellents seigneurs, quoique dans les calamités universelles des guerres de l'Italie elle en ait été entre temps privée. Mais, sans chercher plus longuement, nous pouvons de notre dire faire bon témoignage à cause de la glorieuse mémoire du duc Frédéric, lequel en ses jours fut la lumière de l'Italie 3 les témoins ne manquent pas, vrais et exphcites, et encore en vie, de sa prudence, humanité, justice^ libérahté, de
son âme invaincue et de sa discipline militaire, desquelles surtout font foi ses nombreuses victoires . .. :»
Mais traduire, c'est outrager ce style adorable à Tallure continue, bien sonnante, sans enflure, délicate, sans mièvrerie . . . Beau fleuve déroulant au ras de ses rives ses méandres paisibles égayés par les reflets d'un ciel chatoyant et chaud I
c Nèmancanoveriedamplissimi testimonj, che ancorvivono, délia sua prudenza, délia umanità, délia giustizia, délia libéralità, deir animo invîtto, e délia disciplina militare ; délia quale precipuamente fanno fede le sue tante vittorie, le espugnazioni de' luoghi inespugnabili, la subita prestezza nelle espedizioni, l'aver moite volte con pochissime genti fugato numerosi e validissimi eserciti, ne mai esser stato perditore in battaglia alcuna; di modo, che possiamo non senza ragione a molti famosi antichi agguagliarlo. Questo tra l'altre cose sue lodevoli, nell' aspero sito d'Urbino edificô un palazzo, seconde la opinione di molti il più belle che in tutta Italia si ritrovi ; e d'ogni opportuna cosa si ben lo forni, che non un palazzo, ma una città in forma di palazzo esser pareva ; e non solamente di quelle che ordinariamente si usa, come vasi d'argento, apparamenti di camere di ricchissimi drappi d'oro, di seta, e d'altre cose simili : ma per ornamento v' aggiunse una infinità di statue antiche di marmo e di bronze, pitture singularissime^ instrumenti musici d'ogni sorte ; ne quivi cosa alcuna volse se non rarissima ed eccellente. Appresso con grandissima spesa adunô un gran numéro di eccellentissimi e rarissimi libri Greci, Latini, ed Elbraici, i quali tutti orné d'oro e d'argento, estimando che questa fosse la suprema eccellenza del sue magno palazzo ^ >