Voy. Renan, Averroès et VAverrdisme, p. 273 et
2, Voy. Averroès et l'Averroisme, p. 289.
féconde dont TœuYre peut se résumer dans les résultats suivants :
Avènement de l'industrie libre, glorification progressive du travail longtemps anonyme et méprisé par suite de la prépondérance de l'activité guerrière, développement du crédit par la lettre de change, bourgeoisies, corporations ouvrières, — communes ;
Unité morale par le Monothéisme catholique associant les peuples en Dieu en attendant qu'ils se rapprochent par la conception dePhumanité; accord du Monothéisme avec ce que le Polythéisme contient d'éléments favorables au progrès de l'activité industrielle, esthétique et scientifique, canonisation des héros de la charité, du travail et de l'initiative sociale, — des humbles comme des grands, — de Grépin le cordonnier comme de Charlemagne ;
Unité logique par la Scolastique, autour de la Théologie, sapée d'ailleurs au nom de la raison pure et de l'expérience naissante par des philosophes indépendants.
Expression de l'organisme social, du sentiment et de la religion, symbole de la conception du monde et de l'homme, l'Art donne pour chaque époque la synthèse vivante de l'humanité.
Tous les grands résultats du Moyen- Age, — économiques, religieux, scientifiques, — doivent donc trouver leur formule dans les œuvres poétiques, plastiques et musicales de ces siècles fertiles et complexes.
L'avènement des classes laborieuses se formule par la
cathédrale, œuvre anonyme, non plus du sacerdoce comme les basiliques romanes, mais des corporations et des communes ; parTharmonie commençant en musique, symbole de l'unité dans la variété des concours.
L'unité morale s'affirme dans le culte catholique, autour de l'unité divine tempérée par l'association de l'ange et du saint au Très-Haut. La légende dorée complète l'Évangile. La chanson de geste s'inspire de la chevalerie, dont les préceptes fortifient, en les contredisant parfois, les commandements de la morale catholique.
L'unité logique apparaît dans le poème encyclopédique de Dante, qui résume avec magnificence tout un cycle : organisation sociale, religion, science et philosophie.
Venu, non comme Homère dans un monde neuf et tout spontané, mais parmi des traditions et des races mêlées, adultérées violemment, Dante reproduit en luimême les contrastes de ces âges complexes. Poète dialecticien, logicien poète, il syllogise en l'épopée et chante parfois en ses traités didactiques, Dfi Manarchia^ De vulgari eloquio.
Dans sa Vita Nuovay l'extase lyrique s'accompagne d'un laborieux commentaire. Il |épilogue in barbaro^ il appelle en preuve Aristote et les catégories.
Par la première partie d'un sonnet {Comme dit le sage j etc. ^) y il entendra d'Amour comme puissance.
1. (( Gomme dit le Sage, TAmour et un noble cœur ne font qu'un, et, quand Tun ose aller sans rautre,'c*est comme quand Pâme abandonne la raison.
» La nature, quand elle est amoureuse, rend TAmour le maître et fait
» Dans la seconde , il dit comment sa puissance se » réduit en acte. La seconde commence k t La beauté se » manifeste^ etc. ».
€ La première se divise en deux parties : !• (comme )) puissance) il dit dans quel sujet est cette puissance ; » 2* comment ce sujet et cette puissance sont produits » en êtres et comment l'un garde l'autre, ainsi que la » forme garde la matière, etc., etc. \ »
Comme sa lourde glose talonne imperturbablement sa plus ravissante imagination !
« Â chaque âme éprise, à tout noble cœur à qui ce présent sonnet parviendra, afin qu'ils en disent leur avis, salut I Au nom de leur Seigneur, c'est-à-dire Amour.
> Le tiers des heures pendant lesquelles les étoiles sont le plus brillantes était passée quand Amour m'apparut tout à coup, Amour dont l'essence me remplit de crainte quand j'y pense.
» Amour me semblait gai, tenant mon cœur dans sa main, et soutenant dans ses bras une dame endormie et enveloppée dans un voile.
» Puis il la réveillait et faisait repaître humblement la dame épouvantée, de ce cœur ardent. Après, je le voyais fuir en pieu rant^. »
du cœur la maison dans laquelle on se repose en dormant tantôt peu, tantôt longtemps.
» Cependant la beauté se manifeste aux yeux par les traits d*une dame sage, et cet objet agréable fait naître un désir de la posséder;
» Et quelquefois ce désir persiste de telle sorte qu*il éveille Tesprit d'Amour. Un homme de mérite produit le même effet sur une dame. »
(Vie nouv., trad. Delécluze, p. 30).