E. Renan, Averroès et VAverroïsme
3. Spinoza, Trait, théolog. -polit. ^ trad. Saisset, t. I, p. 68
LA PREMIÈRE RËNÂiSSANCË. 19
4* L'âme, qui est la forme de l'homme, ou ce pourquoi il est homme, se corrompt par la corruption du corps;
b"" Dieu ne connaît pas les choses particulières;
6** Les actes humains ne sont pas régis par la providence divine ;
7** Dieu ne peut donner l'immortalité ni l'incorruptibilité aune chose corruptible ou mortelle.
En 1277, après une discussion très-vive, le même évêque anathématise , entre autres thèses averroïstes, ces neuf propositions :
1** L'âme séparée de l'intelligence n'est plus;
2° Il est absurde de poser quelques intellects comme plus nobles que les autres, parce que, comme cette intelligence ne peut être a parte corporum, il faudrait qu'elle fût a parte intelligentiariim : (Erreur, porte la sentence, parce qu'ainsi l'âme du Christ ne serait pas plus noble que celle de Judas) ;
3° Il n'y a pas eu de premier homme, il n'y aura pas de dernier homme ;
A** Le monde est éternel ;
5* Le philosophe naturel doit nier simplement la nouveauté du monde parce qu'il s'appuie sur des causes et des raisons naturelles ; mais le fidèle peut nier l'éternité du monde, parce qu'il s'appuie sur des causes stirnaturelles ;
6° La création n'est pas possible, quoique le contraire doive être tenu selon la foi ;
âO LES MÉDICIS.
T La résurrection future ne doit pas être crue par le philosophe, parce qu'il est impossible de traiter cette question par la raison ;
8° La loi chrétienne empêche l'instruction ; *
9° Il y a des fables et des faussetés dans la loi chrétienne, comme dans les afiitres lois^.
L'idée de religion comparée naît des croisades et des voyages ; on a vu de près les Musulmans : il est impossible de croire, comme les chanteurs de geste, que Mahomet est une idole adorée de concert avec Apollon et Tervagan.
Guillaume d'Auvergne au treizième siècle signale les impies qui prétendent que le dogme de l'âme immortelle est une invention des puissants pour contenir le vulgaire. Rapprochement singulier ! Au treizième siècle comme au dix-huitième siècle, l'audace intellectuelle trouve un asile à la cour d'un Frédéric II ; et jusqu'aux curiosités d'esprit du royal correspondant de Voltaire se retrouvent dans le fougueux RohenstaufFen questionnant par lettres les docteurs arabes sur l'éternité du monde, le nombre et la valeur des catégories, la nature de l'âme, etc. ^
Une chaîne continue rattache ainsi les derniers sages du monde antique aux humanistes de la seconde Renaissance,
Le Moyen- Age apparaît comme une ère organique et