CHAPITRE XII
ANGE POLZTIEN.
Comme dans une fresque harmonieuse, s'ordonnent autour de Ficîn et du Magnifique les principaux personnages de la Renaissance florentine. Leurs noms reviennent dans la correspondance de Marsile, empanachés, selon Tus du temps, d'épithètes cicéroniennes : orateurs clarissimes, insignes théologiens, hommes éminents et amis suaves^ magnanimes, très-doptes ou trèspuissants : — Bessarion le cardinal, Ermolao Barbaro, patriarche d'Aquilée, Gentile d'Urbin, évêque d'Arezzo, les trois Benivieni de Florence, Dominique le théologien, Antoine le médecin , Jérôme le poète, Bendaccio Ricasolî, Bernard Bembo, jurisconsulte et illustre orateur des Vénitiens, père du secrétaire de Léon X, le cardinal Jean d'Aragon, fils du roi de Naples Alphonse II, et, — à côté des princes et des lettrés italiens, — Mathias Corvin, roi de Hongrie, un duc de Wurtemberg, Jean de Ganay, premier président du Parlement de Paris, Paul de Middlebourg, insigne physicien et astronome, Marti nus Uranius Prienynger de Constance, ami unique^ ami donné par le ciel. J'en passe, et des meilleurs, pour rapprocher deux noms où se résume le mouvement intellectuel de
cette période : Picus MirandulanuSy homo mirandus complatonicus^ et Angélus PoliiianuSy Homericus Poeta.
Avec Poli tien, Tintime du Magnifique, Thistorien du complot des Pazzi, figurent parmi les correspondants de Marsile les acteurs de ce drame fameux : le pape Sixte IV, Raphaël Riario, cardinal de Saint-Georges, son petîtneveu, Jacques Bracciolini, fils du Poggio, et l'archevêque de Pise, François Salviati.
On sait l'histoire de cette conspiration, ourdie au Vatican, et qui réunit les ennemis des Médicis : Guillaume et François Pazzi avec leur oncle Jacob, le comte Jérôme Riario, fils du pape, Jacques Poggio, Bernard Bandini, et trois hommes d'église, le secrétaire apostolique, Antonio Maffei di Volterra, Stefano Bagnoni, curé de Montemarlo, et l'archevêque de Pise.
D'une famille proscrite lors des derniers mouvements, Salviati ne pouvait pardonner aux Médicis d'avoir contrarié son élévation au siège de Pise. Par prudence ou impartialité, Marsile, malgré ses attaches à la famille dominante, le félicita sur cette promotion. Dans l'effusion de son zèle, il va, par une allusion assez claire, jusqu'à prédire à Salviati la papauté.
« — Voici que, par la faveur de Dieu, tu as obtenu un bien médiocre ; car ce qui semble aux autres très-précieux est, pour mon Salviati, médiocre. Mais, s'il faut prêter foi à Marsile Ficin, et, bien plus, à Dieu môme, de grandes choses t'attendent. 11 est possible, il est permis de les prédire. Car, lorsque la divine Providence te fit archevêque de Pise, elle me déclara prophète. Lequel de nous deux faut-il en féliciter davantage ? J'hésite sur
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ce point. Est-ce toi comme archevêque, ou moi comme prophète? Peut-être tous les [deux également. Car, comme toute chose est commune aux amis, soit que je prophétise en ta faveur, soit que tu règnes, je règne avec toi. Adieu, et sois heureux ^ >
— € Confiée^ Salviate, Deo, lui répète-t-il dans une autre lettre, scio te non esse (tdparvavel mediocria natum^ . >
Dans le drame des Pazzi, ce prélat eut un premier rôle. Tandis que ses amis frappaient les victimes, il fut chargé d'installer la révolution au palais seigneurial. Par une mégarde fâcheuse, pendant que Tarchevêque conférait avec le gonfalonier de justice Cesare Petrucci, la troupe qu'il avait amenée pour lui prêter main-forte s'enferma elle-même dans une salle dont elle ne put rouvrir la porte pour venir à l'aide de son chef. Pendu à une fenêtre, en habits pontificaux, à côté de Jacques Poggio, Francesco, ce doux platonicien, mordit de rage aux mamelles François Pazzi qui partageait leur supplice.
Politien est implacable :
« Dieu, dit Salviatî, de sa mitre orgueilleux;,
Dieu du ciel, je te nie. — »
A sa corde pendu, ses crimes il expie;
Allons ! il est des Dieux -^