Dante, Paradis, cant. xvui, t
26 LES MÊDIGIS.
)) la foi chrétienne ouverts à la controverse : la possibî- » lité du salut pour ceux qui n'ont pas eu la vraie foi, > l'inefficacité de la foi sans les œuvres, etc. * » .
Comme Aristophane en ses Grenouilles, maïs avec le sérieux terrible qui tenait à sa croyance et à son génie, TAlighieri dans son Enfer est un pamphlétaire. Dans ses stances vengeresses, il rive à d'éternels supplices les ennemis de ses idées et de son parti.
N'eût-il que la gloire du satirique, Dante vivrait à jamais, entraînant ses victimes dans l'immortalité de son nom. II fit plus : théologien, juriste, savant, comme on l'était alors, il investit de sa forme souveraine les idéesmaîtresses de son temps. Par-dessus tout, il fut poète et écrivain. Jamais peut-être ces deux qualités ne s'unirent à tel point dans un seul homme : jamais le relief précis de l'image n'a fait ressortir davantage la vigueur de la pensée. La concision énérgiquement colorée est le trait dominant chez lui. Qu'on me passe l'expression, il est avec Tacite à la tête des condensateurs du style, des auteurs dont, sous le moindre volume, la moelle concentrée nourrit le plus.
Au sommet de son Olympe la forme échappe. Lumière et son, c'est par deux impondérables qu'il tente de fixer les traits de l'insaisissable entité dont il célèbre le règne
1. Léonard-François Simpson, Hist. de la littér. de V Italie depuis Vorigine de la langue italienne jusqu'à la mort de Boccace^ cité par M. FoRGUES, introd. à la trad. de la Divine Comédie^ par Lamennais, t. I, p. 122 et 123.
LA PREMIËRE RENAISSANCE. 27
solitaire : — Une dans le Triple, — Triple dans TUn ! L'âme épouvantée recule de stupeur : elle n'ose contempler rinfini qu'à travers l'éclat plus doux d'un regard de femme.
Et si, — selon la suave expression du ^oète^ — Béatrice ff emparadise l'esprit » de son ami, peut-être son charme le plus profond est de jeter sur les domaines d'en haut quelques reflets de la terre :
Le Féminin éternel Nous attire au ciel ^
Illustrée par ces développements 'philosophiques et poétiques, la première Renaissance fut le prélude nécessaire de la glorieuse et féconde époque dont nous essayons l'étude.
1. Goethe, Faust, 2* partie, acte V, dernières paroles du chœur mystique; tr. H. Blaze.