HUBERT
^ Ând I will keep> etc..;..
(Shaksp., King John, act III, se. m.)
1 . Bref : Iniquiiaiis fXius et perditionie alumnus Laurentius de Medieiê, etc. Cit. dans Laurent de Médicis, par Rosûoe, t. I, appendix xxi: 2i Laur. deMéd,, Roscoe^ t. I, appendix xxn.
336 L£S MËDICIS.
Le placide Marsile intervint dans ce dialogue, et il n'en énerva pas le ton :
« Le Divin Christ, écrit-il au pape, t*a accordé l'empire, non des armes, mais des âmes. Il fa donné, non le casque et l'épée, mais les clés, pour que tu fermes les portes de Janus et de Pluton et que tu ouvres celles du royaume céleste. 11 t'a dit trois fois: M'aimes-tu? — ajoutant: Si tu m'aimes, pais mes brebis. S'il y en a qui errent septante fois sept fois, pardonne-leur... 11 ne t'a pas donné la verge, etc.. Il t'a fait médecin, non bourreau... 11 t'a commandé de veiller sur les brebis et de dompter les loups superbes^ c'est-à-dire les barbares ennemis de la foi de Constantin {Teucrosy appelle-t-il ailleui's les Turcs), non pas pai* amour de la guerre, mais pour obtenir la paix... Dans la paix et non dans la guerre consiste ton office... Que si tu vaincs les hommes chrétiens par la gtierrej tu seras vaincu toi-même par les démons et par la publique infamie ^ »
Peu de mois après, pour célébrer la réconciliation des Florentins avec le Saint-Siése, sa flexible faconde tourne à l'enthousiasme lyrique; il accable de prosopopées louangeuses la résipiscence du Pontife. Au point de vue des croyances du temps, le début de cette épître est curieux :
« L'année dernière, Bienheureux Père, le jour anniversaire de la naissance du Christ Très-Puissant, dans la ville de Volterre, des reliques de l'apôtre Pierre firent en un seul mois douze miracles capitaux manifestés devant tout un peuple^. Émus pai* ces nouveaux signes, nous nous réunîmes, quatre confrères en philosophie, zélés également pour la prophétie et l'astrologie.
1. Marsile Ficin, Oper, omn.y t. I, Epist., lib. VI, p. 808-810. '
2. Ficin mentionne encore ces miracles à la fm de son grand traité De Immortalitate animorumy lib. XVIII, cap . ix, p . 416 :<(... Sanctos hoinines etiamvita functos fecisse miracula, atque quotidie facere. Mitto reli-
D'abord, pai* Texamen des mystères prophétiques, nous tombâmes d'accord que, pai' ces miracles opérés par les reliques de Pierre, il était prédit que Sixte succéderait à Pierre. Et ces miracles ont été portés à la connaissance de tous les peuples et nations. Ensuite, conférant sur les signes des astrologues, nous avons considéré avec zèle la conjonction passée et prochaine de Saturne et de Mars dans la Vierge ; secondement le prochain accès du Soleil au Bélier, et aussi le commencement des quartiers de toute Tannée suivante,... enfin une dissonante confusion de Mars avec Jupiter, et d'autres particularités, très-nombreuses. D'où nous conclûmes que les deux prochaines années seraient très malheureuses (comme on le croit très généralement), que la suprême catastrophe de ce monde était imminente, et qu une commune et extrême calamité du genre humain, guerre, peste, famine, menaçait. 11 fallait encore s'attendre au trépas de plusieurs princes de diverses familles, puis à une nouvelle hérésie qui s'élèverait sous un faux prophète. Ici, l'âme a horreur de narrer ce qui suit : La bai*que de Pierre (que cela jamais n'advienne 1} emportée sur les ondes du Tibre, et les Barbares saccageant l'Italie. Or, comme Mars, maître de la guerre, surpassait, dans toutes les dispositions du ciel que nous avons exposées, Saturne, auteur de la peste, de la famine, de la trahison, de l'hérésie, nous nous sommes accordés en ce point, que de cette guerre tous les auti*es maux proviendraient. Donc, pleins d'étonnement, nous nous disions : — Où sont donc ces miracles salutaires de Sixte qui nous fm^ent annoncés par les miracles de Pierre^ si, comme nous et tous les astrologues du monde entier l'estimons, une aussi terrible ruine doit affliger sous son pontificat les peuples, les princes et l'Église?
» Enfin une longue discussion nous conduisit par des raisons certaines à cette opinion, à savoir : — Gomme les maladies et
qua, innumerabilia enim sunt. Gerte nostra œtate, an no MGGGGLXXVil, Décembre atque Januario, reliquiœ quaBdam Pétri Apostoli in urbe Yolaterrana repertœ, miracula duodecim oslenderunt, et ingentia illa quidem. et omni populo manifesta. »
338 L£S MÉDIGIS.
les tempêtes démontrent le talent des médecins et des pilotes, de même la Providence divine a permis^ Sixte veillant et gouvernant, que les étoiles nombreuses et les éléments conspirassent à l'envi, soit à la perte commune du genre humain, soit surtout à la tempête qui agite violemment sur les flots cruels la nef du Christ, afin que Sixte, comme un Neptune, surgissant au milieu de la tempête avec le trident de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté, apaise Tire d'Éole, les vents furieux et calme la mer soulevée, et que, commandant plus par sa vertu céleste que par les mouvements du ciel, il dompte par sa clémence merveilleuse le cruel Mars, le rigoureux Saturne. Et en vérité, non-seulement les oracles des prophètes, mais encore les signes du ciel démontrent que Sixte fera cela bientôt...
> Sublime Phénix de la théologie, assis au-dessus de tous dans la citadelle de Pallas, Sixte consulte les divins oracles, et, dans la conduite des choses divines, il se guide, non sur le conseil de l'homme, mais sur le conseil de Dieu. Il remarque que Dieu Tout-Puissant fait tout par bonté, et que tout bienfait dépend de lui. Aussi lui-même pareillement, au jour qu'il a fixé, se réjouit d'une victoire bienfaisante qui triomphe à bon droit de tous, alors que pai* ses bienfaits il se soumet tous les cœurs... Gomme un père pieux, après des menaces et des objurgations paternelles. Sixte embrasse plus tendi*ement ses fils, il les réchauffe dans son sein propice, et dans les bras de sa clémence il les étreint... Oyez maintenant tous, oyez la voix propice de notre pasteur... Il ouvre la bouche, il crie :
( Paix à vous, ô mes fils... Nolite timere* Je ne suis pas un loup, mais un gardien. Je ne suis pas un mercenaire, mais un bon pasteur, etc.. Éloignez>vous, destins cruels; laissez mon troupeau, armes violentes, tournez-vous contre les loups bai*bares. Hâtez-vous, dis-je; le temps est propice; hâtez-vous, avant que les loups plus féroces n'envahissent les brebis et le pasteur* Contre les Troyens, ennemis de la foi divine. Dieu luimême combattra avec nous. L'Éther combattra pour nous, et les vents conjurés viendront contre leur flotte. Mille tomberont à notre gauche, et dix mille à notre droite. Bientôt un seul
troupeau paîtra sous un seul pasteur. Le siècle de fer se chan> gara bientôt en un siècle d'or. Aussi bien, dompté ce Mars qui menaçait les chrétiens de combats, de rapines, d'incendies, de meurtres, dompté pareillement sera Saturne qui, de son côté, machinait pestes, famines, trahisons, hérésies. »
) Sixte dit, et ce fut fait ! A cette voix très-clémente du pasteur, Pax vobiSj toutes les brebis crieront : Gloria in excelsis DeOj et in terra pax hominibus bonœ voluntatis ! Voici le jour qu'a fait le Seigneur; réjouissons-nous, exultons en ce jour. Chantez à Sixte un cantique nouveau. Pontife de nos âmes. Sixte a rétabli la paix dans TÉglise. A Sixte, chantez, poètes!... A Sixte, légitime vicaire du Messie, prophètes, chantez^ I... »
On a huit lettres de Marsile à Politien.
L'élégant érudît, le poète classique de l'école dont Ficin fut le docteur, Angiolo Ambrogini, surnommé Poliziano, du lieu de sa naissance, vint au monde à Monte- Pulciano, petite ville du territoire florentin, le 24 juillet 1454 *. Il était donc de vingt-deux ans plus jeune que le chef du néo-platonisme, qui fut son maître. Andronicus de Thessalonique- lui apprit le grec, et Christophe Landino le latin. Admis en 1469 dans la maison des Médicis, il passa près de ces patrons sa vie courte, mais pleine-. Poète grec, latin et italien, juriste, historien,
1. Marsile Ficin, Epist., lib. VI, p. 813-815, xxvdec. mcccclxxviii.
2. TiRABOscHi, Stor. délia Lett, Ital, t. VI, p. 1070. — Ginguené, Hist, Utt, de Vltalie; Paris, 1803, t. III, p. 378, 516, 517, 519, 524, 528; t» IV, V, VI. — RoscoEf Hist, de Laurent deMédiciSy trad. Thurot, an vu, t. I, p. 116, 164, 167, 349, 361; t. II, p. 80, 85, 87, 89, 90, 108, 125, 152-158, 291, 325. — Audin, Hist. de Léon J, t. I, g 3, p. 38-47. — La vita di M. Angelo PoltAiano, del sign. abate Pier-Antonio Serassi, e Notiiie estratte dai Comentarj del sig. canonico Cresgimbkni, en tête des Stan*e di Messer Angelo Poliziano, etc.; Padova, gioi^ggli.
340 LES MÊDIGIS.
philosophe, professeur de belles-lettres, prieur de la collégiale de Saint-Paul, chanoine de la Métropole de Florence, et Fun des précepteurs des fils du Magnifique, 11 mourut à quarante ans, en 1&9&.
C'est comme érudit et comme poète trilingue que nous aurons à l'apprécier; car Politien fut moins un philosophe qu'un poète et un érudit, un maître des recherches élégantes. On le voit bien au labeur de Marsile, écrivant au poète Homérique, pour atteindre aux vénustés des latinisants. II subtilise à la Sénèque la période cicéronienne ; Politien lui rend la pareille : on a un modèle d'entortillé.
MAHSILE FICIN A ANGK POUTIEN, POÈTE HOMÉRIQnE, SALUT.
€ J'avais pris la plume^ Ange, pour exalter, selon mes forces, .ta muse homérique. Mais voilà que tout à coup Gupidon m'interpelle ainsi : Que fais-tu, innocent Ficin? En resteras-tu toujours aux louanges de la Muse? Loue-moi, philosophe, si tu veux louer sans aucun soupçon de flatterie. Si tu célèbres la Muse de Politien^ tu célèbres seulement Ange ; si Gupidon, tu célèbres tout ensemble Ange et Marsile. Moi, en effet, je suis votre amour commun; je vous cultive Fun et l'autre, et par tous les deux je suis cultivé. — C'est ce que le Dieu me dit, ô Ange, et moi à lui: — Yéridique, dis-je, est la Muse Politienne; jamais elle ne me poussa à mentir. Mais toi, Amour, chaque jour me faisant mentir, tu me forces au pai'jure. Ainsi, hier encore, j'aimais les délices de Politien; aussi jurais-je que je ne pourrais jamais les aimer davantage. Mais aujourd'hui je les aimerai en plus, de sorte qu'en fait je jure qu'hier je ne les aimais pas assez. Et, en môme temps, j'affirme ne pouvoir demain aimer plus ardemment qu'aujourd'hui. Ce demain me déçoit semblablement chaque jour. Toujours mon amour est adulte, qui le croirait? et il est toujours adolescent. Qu'il croisse en son adolescence cependant conune il lui plaît, pourvu qu'il
ne vieillisse pas. Mais écoute, Gupidon : Ce n'est pas Vénus^ mais Galliope qui est la mère de cet Amour. C'est la Muse qui le couve et Télève soigneusement ; il croît sans cesse. Qu'il croisse indéfiniment par ces soins assidus, et qu'il persiste à se parjurer. Ce n'est pas \ice en Amour.
» Donc, ô Ange, je dois et je veux cultiver ensemble notre Amour mutuel et ta Muse. Adore, toi, la Muse, mère de la Gloire et de l'Amour. — 21 mars 1473*. »
Mais l'âlambiqué monte au cube.