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M. Ficin.-, t. I, Episty lib. I, p

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Laurent demeure ainsi le poète du platonisme, sinon grand, au moins très-distingué, plein de sève élégante, aisée et de bonne humeur. Laurent (ce n'est pas un mince mérite) retrempa aux sources populaires l'italien écrit que l'imitation classique éloignait de la sincérité et du naturel. Au lieu de la langue formée et compacte de Dante et de Pétrarque, les écrivains de cet âge intermédiaire parlent un idiome tantôt artificiel, tantôt rude et grossier : les tons s'y heurtent. Réservant pour leurs œuvres dans la langue morte leur scrupule du bien-dire, ils se négligent parfois tout à fait ; l'a peu près leur suffit pour Texpression, ou même ils la plient violemment à l'expression latine. S'ils désespèrent de se l'approprier, ou s'ils s'épargnent à le faire pour des lecteurs incapables d'apprécier cet effort , ils se borneront à émailler leur italien de mots, de phrases, de centons en latin. Le trivial le dispute alors à l'emphase, la vulgarité au pédantisme et (chez les poètes du platonisme surtout) à l'alambiqué. Il est remarquable comme Laurent, en son Altercazione, évite ce dernier écueil qui paraît donné par le genre. Rappelez-vous Benivieni, comparez ses strophes tourmentées sur l'Amour divin aux tercets de Médicis sur le même sujet. Rapprochez les élucubrations de Picin du poème de son patron-disciple : le motif du philosophe semble se clarifier dans les variations du poète.

Ce poème, trop peu connu, de VAltercaziœie méritait meilleure fortune. Le vers s'y joue à la difficulté didac-

tique : la poésie de l'expression n'entame jamais la rigueur du sens. C'est un don très-rare que Lucrèce eut au plus haut degré, que d'unir ainsi l'abstraction à l'image.

Lucrèce reste le plus grand de ces poètes penseurs. Mais Laurent n'occupe pas moins dans cette famille d'esprits un rang éminent analogue à celui que Voltaire obtint par ses épîtres philosophiques ^

Ces rapprochements entre la Renaissance et notre dix-huitième siècle se représentent naturellement.

Et je songe à Frédéric, bien que ses œuvres de poestrie soient loin de' valoir celles du dictateur-marchand de Florence. Comme l'auteur de VAltercazione^ mais avec moins de bonheur et plus d'ambition littéraire, le politique de Potsdam chanta les idées des philosophes dont îl s'était constitué le patron. Le Médicis célèbre l'idéalisme de Marsile, le HohenzoUern versifie le matérialisme des Maupertuis et des d'Argens; réfutateur de Machiavel, en attendant qu'il le pratique, Frédéric coquette avec une gloire qu'il sent plus haute que celle des rois :

0 ciel ! un roi savant ! ce mot me fait frémir ; Jamais dessein plus fou pouvait-il vous venir ? Qu'un roi sache arrêter un calcul de finance. Parapher un traité, signer une ordonnance,

1. Bien entendu, Candide, les autres contes philosophiques étant mis à part. Ils sont d'un ordre trop supérieur pour être comparés aux œuvres de Laurent de Médicis.

adi LES NÉDICIS.

C'est beaucoup dans le siècle où Ton vit aujourd'hui. Peut-on en conscience exiger plus de lui ?

Un roi doit soutenir la majesté du trône ; Tout plein de sa grandeur dont l'éclat l'environne^ Fier envers ses voisins, et toujours dédaigneux. Il doit vivre d'encens, égal en tout aux Dieux. Qu'importe le savoir ? La science parfaite, C'est de connaître à fond les lois de l'étiquette ; Cette règle des cours occupe auprès des grands Ces oisifs affairés qu'on nomme courtisans.

Vos plaisirs, mon Esprit, ont droit de me surprendre ; L'étude, qui pour vous a tant de volupté, Déroge à vos grandeurs et perd la royauté ; Je vous dirai bien plus, pour comble de manie, On vous dit possédé de la Métromanie ; Oui, vous êtes poète, en dépit d'Apollon ^

Le nom seul de Bergerie (comme on appelait encore au dix-septième siècle les dialogues ou poèmes bucoliques si longtemps à la mode) exhale pour nous un arôme de fadeur et d'ennui. Ces p&tres, ces bergères d'Ârcadie ou de l'Âstrée, raffinant à perte de vue sur l'amour dans un style précieux et enrubanné conmie leur parure et leur houlette, sont-ils plus faux après tout que certains types romanesques modernes qui nous charment pourtant? L'idéal change^^sans disparaître. Mais, soit quant à ses éléments, soit quant aux figures

i. Poésies diverses du roi de Prusse. 2 vol. in-32; Berlin, chez Chrétien-Frédéric Wo88, MOaXLII, t. U, ép. XX, p. 471, 472, 473.

qui robjectivent, il peut plaire encore, lors même que ces figures ne répondent plus aux concepts de la raison, aux exigences du goût. C'est le propre de la connaissance historique de permettre de comprendre et de ressentir dans une certaine mesure des jouissances dont Tart ne peut plus reproduire la source sous certaines formes, bien qu'une critique exercée apprécie ces formes et replace à quelque degré l'imagination dans les conditions où se trouvaient à leur égard les générations qu'elles enchantèrent. Ainsi de l'Églogue comme de la Tragédie... et de tout cadre nécessairement convenu dans lequel s'enferme à un moment le pouvoir symbolique de la poésie.

Les bergers philosophes ou galants des quinzième et seizième siècles ne sont pas plus impossibles que le vieux Prudence de Maùpraty que tous les paysans humanitaires de George Sand.

D'ailleurs ces bergers de Laurent ne sont pas des Némorins qui roucoulent, mais des métaphysiciens spéculant in pratis. Cette idylle de VAltercazione^ dans un coin du paysage florentin, rappelle les entretiens de Socrate sous le platane académique : le contour est sobre, lumineux, le style simple et bien loin encore de la glaciale et vide recherche des bergeries postérieures.

Nous sonunes à la campagne près de Careggi. Au penchant d'un coteau, entre les oliviers et les vignes grimpantes, on aperçoit la petite maison de Marsile, ombragée d'un bouquet de pins.

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C'est là que Laurent fait rencontre de ses deux interlocuteurs :

Da più dolce pensier tirato e scorto Fuggito avea Taspra civil tempesta Per ridur Talma in più tranquiUo porto.

Cosi tradotto il cuor da quella a questa Libéra vita, placida, e sicura« Che è quel po' del ben che al mondo resta ;

E per levar da mia fragil natura Mille pensier che fan la mente lassa Lassai 1 bel cerchio délie patrie mura.

E pervenuto in parte ombrosa et bassa.

Amena valle che quel monte adombra, Che '1 vecchio nome per età non lassa,

Là dove un verde laur facea ombra Alla radiée quasi del bel monte M' assisi, e Icuor d'ogni pensier si sgombra^.

1. L'Altercazione , ossia Dialogo, in cui si disputa délia Félicita seconda la Doctrina di Platonef dans un recueil intitulé : Risorgi- MENTo DELLA POESiA iTALiANA» dopo il Petvarca ; ovvero saggi di poésie toscane f del secolo di Loremo dei Medici,in due parti. Grand in-^"; Londra, MDGCCXIIl, per Giovanni Brettell, p. 238-279. — Ce poème se trouve rarement dans les recueils de poésies de Laurent de Médicis.

Conférer avec la magnifique édition des œuvres de Laurent, publiée par Giuseppe Molini, coi tipi Bodoniani^ Firenze, 1825, -i vol. in-4*',t. II, p. 157-205.

Roscoë se trompe donc lorsqu'il dit que « ce poème imprimé sans date, probablement à la fm du quinzième siècle, n*apasété réimprimé depuis». L'édition que cite le savant historien anglais est intitulée :

Altergazione ovvero dialogo composta dal magnifico Loren%o di Piero di Cosimo de' Medici^ nel quale si députa tra el cittadino eH pastore quale sia più felice vita o la civile o la rusticanay con la determinatione fœta dal philosopho dove solamente si truovi la vera félicita. — Voy. Roscoe, The life of Loren&o de* Medicij etc.. Basil., J.-J. Tourneisen, vol. I, ch. m, p. 167, 168, et la traduction par Thurot, 1799 : Paris, an VII, t. I, p. 192.

« Séduit, tiré par les pensers les plus doux, j'avais fui Tâpre tempête civile pour recueillir mon âme en un plus tranquille port,

» Mon cœur ainsi porté de sa triste vie à cette vie libre, paisible et sûre, qui est le peu de bien qui reste au monde,

» Et pour bannir de ma fragile nature mille pensées qui harassent Tesprit, je quittai Tenceinte des murs de ma patrie ;

i> Et, parvenu dans une contrée ombreuse et basse, agréable vallée qu'adombre cette montagne, qui, malgré les âges, n'a pas perdu son nom,

» En un lieu où un vert laurier faisait ombre, au pied du beau mont je m'assis, et mon cœur s'allégea de tout penser. »

Voilà le mètre de Dante : son inspiration est sensible. Malgré la faiblesse relative de son coloris et raraénité du sujet qu'il traite, juste Topposé du sombre début de la Comédie divine^ Laurent rappelle avec quelque bonheur ce prélude. Il y a dans ces tercets une réminiscence évidemment voulue^ mais transposée habilement, de ces vers immortels du chantre de VEnfer :

...Poi ch' io fui appiè d' un colle giunto, Là ove terminava quella valle Che m' avea di paura il cuor compunto,

Guardai in alto, e vidi le sue spalle Vestite già de' raggi del pianeta, Che mena dritto altrui per ogni calle.

AUor fu la paura un poco quêta, Che nel lago del cuor m' era durata La notte, ch' io passai con tanta pièta^

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