‹ Les MédicisChapitre 168 sur 262 · IL PIANTO · texte numérisé non relu

IL PIANTO

Oh ! que belles étaient les larmes distillées Par le Désir brillant comme un nimbe doré ! Un deuil trop juste point le cœur désespéré ; Il s'élance au plus haut des splendeurs constellées

418 LES MËDIGIS.

Du finnament d'Amour, et ses larmes perlées^ Sur sa Joue où l'ivoire est de roses paré, Ck)ulent, comme ruisseau arrosant en un pré La neige et l'incarnat des fleurs ensoleillées.

Sous la suave ondée Amour s'était tapi,

Gomme l'oiseau lassé des soleils sans répit

Se retrempe aux fraîcheurs qu'un nuage distille.

Le bel enfant plaintif, qui gtte dans ses yeux, Darde de ce regard, — éclair prestigieux^ — Un feu vif et perçant qui doucement scintille.

La beauté de la langue coropense, et souvent au delà, raffectation de Tidée et son obscur contournement. Je crains fort de n'avoir rendu que ces défauts. Aussi fautil revenir au texte original :

AD ON ROSCELLO.

Chiare acque^ i* sento il vostro mormorio

Che sol délia mia donna il nome dice.

Credo, pioché Amor fevvi s\ felice,

Che foste specchio al stio bel viso e pio, La bella immagin sua da voi par^io,

Perché vostra natura vel disdice^

Solo il bel nome a voi ricordar lice,

Né vuol che 'l senta Amor, se non sol io. Qttanto più furo o fortunati o saggi^

Che voi, chiare acque, gli occhi miei qtiel giorno,

Che furno prima specchio al suo bel volto, Servando sempre in loro i santi raggi :

Né veggono altro poi mirando intorno ;

Né gliel cela ombra, ne dal sol gli è tolto^

Claires eaux. J'entends votre murmure ) Qui seul dit le nom de ma dame;

LAURENT DE MËDIGIS. 419

Je crois, puisque Amour vous fit si heureuses, Que fûtes miroir à son visage beau et pieux.

La belle image sienne de vous partit^

Parce que votre nature vous la refusa ;

Seulement vous est permis vous rappeler ce beau nom,

Et ne veut qu'on le goûte Amour, hors moi.

Combien plus furent ou fortunés ou sages

Que vous, claires eaux, mes yeux, le jour

Qu'ils furent premièrement miroir à son beau visage.

Gardant toujours en eux les saints rayons :

Ni virent plus rien autre d'admirable autour,

Ni l'ombre ne le leur cèle, ni par le soleil il ne lui est effacé.

Morte dalle dolcissime parole

Di mia donna chiamata, giù non chiude

Peroi begli occhij anzi sen fa pietosa, Cosi mantiensi al monda il mio bel sole;

A me la vista mesta e lagrimosa

Per contrario disio che morte esclude.

Et quelle plus gracieuse fantaisie que ce quatrain d'un autre sonnet, où Laurent représente le doigt blanc de l'Amour traçant au cœur aimant l'image « de l'angélique figure » 1

Talor il nome, a cui t' ha consecrato, Amor il bianco dito in te dipinge ; Or Tangelico viso informa e finge, Or lieto, or dolcemente perturbato.

De fières pensées, avec une noblesse que relève la solide plénitude du vers, tranchent parfois sur le fond de galanterie un peu fade qu'elles accompagnent. Ainsi,

après avoir dit, dans le sonnet intitulé La Bellezza^ « tous les charmes dont brille le visage de sa Dame pour qui peut la regarder fixement >, — « Amour, ajoute-t-il, donne seul à ceux qui ont vertu et foi la force de contempler sans péril la haute beauté... Qui, digne de la goûter, l'aura vue une fois, Taimera toujours. »

Amor sol quei ch' han gentilezza e fede

Fa' forti a rimirar l'alta bellezza,

Levando parte de' lucenti rai.

Quel che una voila la bellezza vede^

E degno è di gustar la sua dolcezza,

Non pu6 far che non V ami sempre mai.

Mais est-ce dans le tumulte du monde que le sage saisira à sa source l'immortelle beauté? « Cherche qui voudra les honneurs, les palais, les délices qu'escortent tant de soucis et de douleurs ^ »

Un verde praticel pien di bei fiori,

Un rivolo che Terba intorno bagni,

Un augelletto che d'amer si lagni

Acqueta molio meglio i nostri ardori :

L'ombrose selve, i sassi, e gli alti monti,

Gli antri oscuri, e le fere fuggitive,

Qualche leggiadra ninfa paurosa^.

Voilà ce qu'il demande. . .

Toutes les magies physiques, toutes les antithèses de la nature et tous ses accords, l'ombre opposée au jour, la fraîcheur des eaux, l'émail des gazons, les bois opaques

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