Ibid
LAURENT DE NËDIGIS. 421
tamisés de rayons furtifs, troués de clairières aux
lueurs crues, les orchestres d'oiseaux, le ruisseau qui
susurre invitant aux sommeils chantés par Horace, et
les profondeurs vagues qu'anime de dryades, d'segipans
et de nymphes, le mythe divinisant la vie pullulante et
diversifiée, ces spectacles et ces impressions se reflètent
dans le vers sonore et capricieux de Laurent. Et si, dans
les sonnets, elle côtoie sans cesse la froide allégorie, le
concetto académique, sa muse évite ailleurs ces écueils.
La chanson a ballo se danse; elle célèbre le beau
Mai :
Ben venga Maggio,
E 7 gonfaUm selvaggio.
Que le beau Mai vienne à paraître, Avec son gonfalon champêtre !
Ben venga fyrimavera,
Ch* ognun par cheinnamori ;
E voi donzelle a schiera
Con li vostri amadorij
Che d% rose e di fiori
Vi fate belle il maggio, Venite alla frescura
Délit verdi arbuscelli :
€ Que chacune danse et chante — de notre troupe ; — voici les douze amants, — qui pour vous vont jouter; — qui dure alors se montre — fera déflorir Mai. »
Que le beau Mai vienne à paraître, Avec son gonfalon champêtre l
A Fun un cœur on vole,
A l'autre on donne un cœur...
422 LES MÉDIGIS.
Quel est celui qui vole?
C'est Fangelot Amour, n vient pour faire honneur Avec vous au beau Mai.
Chi Valtrui cuore invola Ad altri doni el core...
Ma chi è quel che vola ?
E' Vangiokl d'Amore^ Cheviem a fare onore Con voi donzelle al maggio.
Aux cheveux de son galant met Chaque belle ici sa guirlande ; La petite comme la grande S'énamourent au temps de Mai.
Que le beau Mai vienne à pai*aitre. Avec son gonfalon champêtre !
Une des mieux venues de ce genre est la Canzone burlesca contro le Donne Ciar/one (bavardes) .
PoicK %o son stato pregato, Vo' cantare una canzona, La quai fia onesta e buona, Riprendendo il vicinato.
Se voi siete insieme trentay Ventinove ne favella :
Queir una non si rammenta Di trovar qualche novella.
Mona questay e mona queUa^ Attendete a lavorare^ E non tanto ciealarey Che vi venga manco il fiato.
LAURENT DE MÉDfGIS. 423
Puisqu'à chanter on me convie, Je m'en, vais dire nne chanson Qui soit pleine d'honneur et bonne Pour corriger le voisinage.
Or je vous prie en courtoisie Qu'il vous plaise de m'écouter, Demoiselles, car ma chanson Vous pourra peut-être enseigner Tout ce que vous avez à faire.
Quand ensemble vous vous trouvez, Quand à vos portes vous filez, Toujours vous croyez au marché.
Si vous êtes ensemble trente.
Vingt-neuf parlent à la fois ; La trentième s'efforce en vain De trouver quelque bavardage.
Mademoiselle telle ou telle, Appliquez-vous à travailler»
Au lieu de vous époumonner Si bien que le soufQe vous manque.
Quoi qu'il advienne en Italie, Sitôt en voulez raisonner.
Gonnaissez-Tous une fillette Laquelle soit à marier.
Vous entendez tirer au clair La famille de son mari Et savoir comment il s'habille, S'il est riche ou de condition.
Une se met à la fenêtre.
Toutes s'y mettent à l'instant.
 caqueter chacune est prête.
Et ce jeu-là dure tout l'an.
Puis l'une répète : Ma toile
424 LES M£DIGIS.
Mesure bien en tout cinq pans ; L'autre : Mon écheveau de chanvre Demande une lessive encor.
L'une dit : Mes petits poulets Paraissent ne point profiter ; Car ils sont remplis de poux, Et tout chétifs et déplumés.
L'autre dit : Moi. j'ai conservé Entièrement mes beaux cheveux; Mais les plus beaux tombent, je crois Que la maie peste s'y met.
Vous feriez bien mieux de laisser, 0 belles, ces vains caquetages, Et de ne vous embarrasser Qu*à faire vos divers ouvrages.
Donc, je vous conseille entre nous, 0 mes cigales, ô caillettes, De ne plus tailler de bavettes, De demeurer en paix chez vous.
Puisqu'à chanter on me convie, Je m*en vais dire une chanson Qui soit pleine d'honneur et bonne ■ Pour corriger le voisinage.
La muse de Lauront boit ainsi aux sources de la réalité ; retrempée encore dans une inspiration plus directement populaire, elle traduit dans ce parler des campagnards toscans le tableau de leurs mœurs villageoises. En sa Nencia (Larenzina) da Barberino^ il rivalise avec Luigi Pulci, auteur de la Beca da Dicomano. L'écho des chants de la campagne florentine accentue avec une