Marg» Magg,, c. ii^ st
2« Morg. Magg.^ c. vii st. ii
LUIGI PULGI. — LE « MORGANTË MAGGIORE ». 451
rang comme testo di lingua : les auteurs du dictionnaire délia Crusca l'ont reconnu. « Par lui s'est conservée )) une grande partie des richesses de la langue. J'entends ' 9 cette abondance de proverbes et de quolibets {riboboli) ^ florentins, et tant de mots qui se seraient tous perdus. » Un certain nombre, il est vrai, le sont de fait. Car il » serait malaisé d'en retrouver la signification... Di » cui sarà malagevolissimo ilripescare ilsignificato^.'» Signes de la vie populaire, ces dictons, ces proverbes sont dans le langage l'écho de la démocratie, le cachet de l'institution politique et des mœurs sociales dans la littérature. A Florence comme à Athènes, les marchands d'herbes ont leur voix au chapitre littéraire. Comparez la langue de Rabelais à celle de Racine, la première abondante en locutions populaires, la seconde expurgée, condamnée à la noblesse perpétuelle, Tinfluence littéraire de la constitution sociale vous frappera. Là un peuple, ici une cour. Et peu importe, si le niveau monarchique n'a pas passé sur une nation, si la vie publique y existe à quelque degré, peu importe, pour connaître la langue, que l'on s'adresse à telle ou telle classe. Les seigneurs parlent comme les manants, les manants comme les seigneurs. Patriciens et plèbe s'expriment avec la même intensité pittoresque. C'est ainsi que le vieux Villani nous peint le gibelin Farinata, dans la délibération où il s'élève contre Iç projet de détruire Florence,
1. Notice à la suite de la préface de rédition du Morgante; Torino,
452 LES MÉDIGIS.
prenant pour texte de son discours deux proverbes des rues : Propuose in sua diceria, i due antichi e grossi proverbi^ che dicono^ corne asino sape cosi minuza rape^ vassi càpra zappa se lupo non la *ntoppa (l'âne râpe les raves aussi bien qu'il le sait ; va chèvre boiteuse, si loup ne la heurte pas). Et le patriote florentin, mêlant la bouffonnerie au sérieux, brouille ensemble ces deux dictons pour produire un non-sens grotesque : — Corne asino sape y si va capra zoppa^ cosi minuza rape^ se lupo non la intoppa ^ Lourdes facéties mêlées à la faconde biblique de Gromwell, plaisanteries au gros sel des tribuns Yankees, sont dans ce goût. Pulci a des trivialités très toscanes, toscanissimiy si bien que, dans un petit écrit attribué à Machiavel, le Morgante est pris pour parangon de la langue élégante. « Si convince col Morgante alla mano graziosamente Dante ^ d'aver nella sua Commedia parlato Fiorentino : cotanto anche dal Machiavello era reputato Toscane ^ anzi Fiorentino affatto lo stile del Pulci in questo poema *. »
Entre autres dictons, le second proverbe de Farinata degli Uberti se retrouve sous cette forme au septième chant ^ :
Tanto andata sarà la capra zoppa, Ghe si sarà ne' lupi riscontrata...
1. Hist di GioVAN ViLLANi Fiorentino, in Venetia, Giunti, MDLIX, lib. VI, cap. LXXXTii, p. 154.