Morg. Magg., c. viii
460 LES MÉDIGIS.
Le païen, avant d'en venir aux armes, le prie de le laisser monter sur sa bête pour essayer ce destrier merveilleux.
C'est l'occasion pour le poète, dont la Muse vagabonde court au-devant des épisodes, de mettre dans la bouche de son héros un apologue plein de grâce narquoise et familière.
€ Avant de te céder mon cheval, Sarrasin, je te veux » conter l'histoire du Renard et du Coq :
Renard, un Jour étant en chasse,
Tout affamé, ne trouvait rien.
Il voit un Coq qui se prélasse
Sur un gros arbre... Le vaurien.
D'amitié faisant la grimace.
Priait le Coq qu'il descendît
Plus bas«.. Il voudrait mieux entendre
Cet air si beau qui le ravit...
Le benêt alors de descendre.
Et le Renard malin lui dit :
Ta voix me parait enrouée,
Je veux Rapprendre un meilleur chant ;
Pour cela, — la chose est aisée, —
Ferme les yeux, rien qu'un instant...
Ainsi ta voix sera doublée.
Merci, dit le Coq orgueilleux,
Et, sachant que Renard l'écoute,
Ouvrant le bec, fermant les yeux,
Il chante, et, comme il n'y voit goutte^
Renard le croque. Ainsi tu veux
Faire avec moi, si je te prête
Mon bon cheval... Mais pas si bête *■ !