Morg. Magg,, c. ix, st
LUIGI PULGI. — LE « MORGANTË MAGGIORË ». 461
Ce coq est cousin germain du corbeau de La Fontaine. Malicieux héros dès poèmes satiriques au Moyen-Age, le Renard, lui, est arrivé sans encombre dans la ménagerie du Bonhomme.
Cependant, sur le conseil de Faburro, un seigneur païen que Fieramonte avait gravement outragé, Renaud s'est revôtu des armes et de la cotte d'armes du mort ; ce qui lui permet de s'introduire dans la place en passant pour ce dernier. Faburro soulève alors le peuple contre ses tyrans. La Reine est tuée par Renaud, ses fils sont massacrés, le peuple converti en masse au Christ. Il n'en va pas autrement tout le long du poème. C'est la théologie militante de Clovis, de Charlemagne, de Simon de Montfort, de Philippe II, continuée jusqu'à ces dragonnades qu'exalte Bossuet, au nom de la tradition et d'une logique irréfragable,le fondement du catholicisme admis.
(( Depuis, dit Sozomène, que Dieu suscita des princes
> chrétiens et qu'ils eurent défendu les conventicules, » la loi ne permettait pas aux hérétiques de s'assembler » en pubUc, et le clergé qui veillait sur eux les empêchait * de le faire en particulier. De cette sorte, la plus )) grande partie se réunissait, etlés opiniâtres mouraient
> sans laisser de postérité, parce qu'ils ne pouvaient ni 1» communiquer entre eux, ni enseigner librement leurs » dogmes.
> Ainsi tombait l'hérésie ^. »
i. Bossuet, Or, fun* de M. Le TelUer.
Â&i LES MÉDIGIS. *
Puis Dodon va réclamer de Garador Morgan te. Garador renvoie le géant à Roland avec une armée de Méridiane. L'amazone, avant de partir, témoigne à Morgan te sa joie de revoir Renaud. Elle se tait sur son Olivier. Il y a là de charmants détails, pleins d'observation fine et de morbidezza.
c La dame nommait Roland des lèvres, mais, Olivier, elle le nommait du cœur. Morgante, qui savait toute la ti'ame^ reprit : Que ne parles-tu de ton amant ? Jour et nuit, — je le sais, — il t'appelle encore. As-tu sitôt délaissé son amour? La dame dit: Olivier est ici avec moi, mais je ne Tai pas dit, et je suis toujours avec lui. »
Questo dicea colla lingua la dama^ Ma Olivier diceva col suo core ; Morgante, che sapea tutta la trama, Rispose : Dove lasci il tuo amadore, Che so che giorno e notte ancor ti chiama? Hai tu si toslo lasciato il suo amore ? Disse la dama : Ulivieri è qui meco, Perô nol dissi, ed io son sempre seco >.
En cette œuvre héroïque, comme dans les poèmes sérieux appartenant au même cycle, le bon Gharlemagne tourne au Géronte. te puissant empereur devient un débonnaire assez mal informé, plus mal servi, quand il n*est pas grossièrement trompé : c^est le cas, lorsque Ganelon ou Gan de Pontier obtient de mener contre l'émir Liofant qui assiège Moutauban*
1* Morg.Magg.f c. ix, st. 58.
LUIGI PULGI. — LE « MORGANTË MAGGIORE. » 463
Le félon propose à celui-ci, au lieu de le combattre, de lui livrer Tempereur.
lo le farô dar, Carlo, nella ragna K
Il le prendra au piège. Mais le prince généreux repousse cette offre. — Le renard, dît-il, étant entré dans le seau d'un puits, pour boire, futentraîné au fond du puits. Le lojjp survenant, il Tinvite à descendre dans l'autre seau : il péchera d'excellents poissons. La ruse aboutit : le loup se met dans le seau vide, dont le poids en descendant ramène le renaM. Mais la morale triomphe par un chien auquel le perfide s'est vanté de son exploit. € Bien que tu m'aies délivré d'un ennemi, dit-il, j'abhorre et punis la trahison. » 11 lui saute à la gorge et le tue *.
E cosl ebbe luogo la giustizîa^.
Et Lîofant fait lier Ganelon ; il envoie un messager dans Montauban pour qu'Astolphe, informé du crime, prononce sur le sort du criminel. Astolphe ayant fait grâce de la corde au traître, l'émir le relâche.
On nage en plein honneur, dans une Arcadîe chevaleresque, et nous sommes à l'âge de Louis XI, des Borgia. Les Médicis, que charmaient ces récits, n'étaient pas de méchants hommes; mais, pour sûr, la générosité
!. Morg. Magg., c. ix, st. 71.