Henri Heine, Atta Troll, iv, st. 1-3; Paris, Lévy
» après un sommeil de mille ans I Les Esprits me re- )) gardent fixement avec leurs grands yeux, et j'ai peur.
» J'entends le bruit du fer, le tumulte des batailles : » — ce sont les preux chrétiens qui combattent les » Sarrasins. — Gomme le corde Roland jette un appel n douloureux, désespéré ! )>
Monté au ton épique, Pulci décrit les types divers des nations composant l'ost, les lances, les destriers, les bannières et les penons flottant sur la masse oscillante des armures et des lances, et les chefs héroïques qui galopent au front des escadrons. Il s'enthousiasme, il est ému ; il rentre en plein, avec une conviction momentanée, dans l'esprit et le plus souvent dans la lettre du poème de geste, dont il s'est si souvent affranchi. Aussi croira-t-il bientôt devoir s'excuser de ce changement de ton :
(( Moi qui avais pensé écrire une comédie,... voici que la bataille cruelle qui s'apprête à présent impétueuse et terrible me trouble Fesprit, et avec raison, car je ne vois pas comment sauver Rolande »
Pathétique est la harangue de Roland à ses troupes. Il s'élève tout à coup à la hauteur de son rôle légendaire. C'est le héros chrétien se dégageant du chevalier, entrelaçant à sa couronne militaire l'épine et la palme mystiques du martyr, confondant en un type plein de grandeur l'un et l'autre idéal du Moyen* Age, éclairés à
i. Morg, Mag0,y c. xxVii, st. S.
LUIGI PULGI. — LE « MORGANTË MÂGGIORË ». 511
Tauréole de Théroïsme antique dont les meilleurs représentants de la Renaissance se complaisaient à raviver les lueurs obscurcies. Pulci ne pouvait échapper à la tentation d'en illuminer son héros. Aussi, bien que Tidéal chrétien prévale en Roland, dont le trépas sera celui d'un saint, l'auteur du Morgante entremêle, dans les paroles qu'il lui prête, l'exhortation évangélique aux appels à la gloire humaine renouvelés des grands hommes de la Grèce et de Rome. Classiques souvenirs associés aux grands traits de l'Ancien et du Nouveau Testament, mélange assez bizarre où, comme dans les sermons dcérmiiens cités par Érasme, le dévouement de Décius vient à l'appui de l'exemple des fidèles morts pojr leur Dieu, le tout relevé d'un mysticisme parfois attendri... « — C'est la douce manne dont le Seigneur restaurera les siens I C'est, après le pain des douleurs, le banquet céleste qui les attend I :»
Se voi sarete alla morte fedeli, Ristoreravvi colla dolce manna II Signer vostro degli amari feli :
E se il pan del dolor manglato avete, Stasera in Paradîsocenerete^.
(( Us souperont ce soir en Paradis, » comme le bon larron. . .
« •— Patient sur son gril, voyez Laurent*.. 0 juste, ô fervent amour 1 11 ne sentait pas l*ardeur d*un autre feu. — Douce chose