‹ Les MédicisChapitre 260 sur 262 · Morg. Magg., c. xxvni, st · texte numérisé non relu

Morg. Magg., c. xxvni, st

â. Morg, Magg.f c xxviii, st. 44.

5U LES MËDICIS.

Le persiflage parodique est ici visible; îl se dissimule à peine dans la stance qui suit :

E se alcun susurrone è che v' imbocchi, Palpate corne Toma, vi ricordo ; E giudicate aile man, non agli occbi, Corne dice la favola del tordo :

E non sia ignun più ardito che mi tocchî, Gh* io toccherô poi forse un monacordo, Ch' io troverô la solfa e' suoi vestigi, Io dico tanto a' neri, quanto a' bigî^

A travers ces obscurités, obscurcies à dessein par des réticences et la bizarrerie d'allusions triviales (nous sommes faits à ces formes de Pulci), perce la pensée hostile au clergé, aux scolastiques, aux moines, — aux noirSj aux gris. L'allusion porte au delà des mœurs du clergé dans la critique duquel Luigi n'est que l'écho des vieux conteurs florentins (avant et depuis Boccace). Pouvait-il dépasser à cet égard l'amère satire de Franco Sacchetti contre « ces clercs... qui, sous honnête appa- » rence de religion, se livrent sans mesure à tout vice » de luxure et de gueule*,... ces gens qui font dévaler » du ciel Notre- Seigneur dans leurs mains, et ont moins » de tempérance que les animaux déraisonnables^? »

i. Morg. Magg.j c. xxviiî, st. 45.

2. (' . . . Cherici. . . clie sotto apparcnza onesta di religione ogni vizio di gola, di lussuria, e degli altri, corne il loro appetito desidera, sanza niuno mezzo usano. » (Franco Sacchetti, Novella xxxiv.)

3. «... Molti, a cui viene il nostro Signore tra le mani, H quali hanno meno diecrezione, che gli animali irrazionali. »

(Franco Sacchetti, Novella xxxv )

LUlGi PULCI. — LE « MORGANTE MAGGIORE ». 545

De quelque précaution qu'il s'enveloppe, notre poète paraît viser ici renseignement dogmatique de TÉglise.

« — Gare aux sycophantes 1 dit-il. Jugez leurs enseignements non au regard (agli occA/), mais au toucher {aile man).,. Comme Thomas, palpez, — c'est le plus sûr, ainsi que nous l'apprend une certaine fable de la Grive {tordo).,. Le plus hardi ne m'atteindra point ; car j'ai, — moi, — {dans ma raison^ sans doute) le diapason {monacordo) qui me permet d'apprécier la justesse de sa gamme ^ »

Le texte littéral de ce passage défie toute traduction claire en français. La pensée n'en est pas moins visible, et nous croyons l'avoir rendue. Et pour la compléter :

« Vos arguments, ajoute Pulci s'adressant aux clercs, vos syllogismes^ tant de maîtres^ tant de bacheliers^ ne feront pas avec leur logique ou leurs sophîsmes que s'adoucisse Tamertume des lupins que je vous sers {Ch* al fin sien dolci i miei lupini amari). Et qu'on ne cherche pas les barbarismes ; je saurai bien trouver des textes qui soient clairs. Par charité, que cela vous soit dit une fois pour toutes, et qu'on ne parle plus du sonnef^. »

En quelle mesure le mythe chrétien, plus ou moins allégorîsé par le néo-platonisme, entrait-il dans les convictions des philosophes et des humanistes de ce temps? Cette question, on Ta traitée à propos de Ficin, dont l'orthodoxie reste pour nous au moins douteuse. Que pouvait être celle de Pulci ?

i. Solfa, solfège.

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