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Avertissement aux protestants, ch. xxix

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de ses volontés. Que si ce don lui eût été fait, l'âne se refuserait légitimement à notre empire^ et ce serait un être égal et semblable à

Et, blâmant Gaton qui se débarrassait de ses vieux serviteurs,

€ Je trouve, dit Plutarque, que de se servir de ses esclaves comme de bêtes de somme, et, après qu*on s'en est servie de les chasser ou de les vendre dans leur vieillesse, c'est la marque d'un méchant^ naturel et d'une âme basse et sordide^ qui croit que rhomme n'a de liaisons avec l'homme que pour ses besoins et sa seule utilité. Cependant, nous voyons que la bonté a plus d'étendue que la justice, car nous sommes nés pour observer la loi de l'équité avec les hommes; mais, pour la bonté et la reconnaissance, nous les étendons très-souvent jusqu'aux animaux, car elles procèdent d'une riche source de douceur et d'humanité, qui est naturellement dans l'homme. »

Sous un rapport plus général, 'et pour compléter ce parallèle, comparons la doctrine de Paul et celle de Marc- Aurèle sur le pardon des injures.

a — Ne vous vengez point vous-mêmes, mes bien-aimés, dit l'apôtre ; mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi appartient la vengeance ; je l'accomplirai^ dit le Seigneur.

» Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; car, en faisant cela, tu lui assembleras des charbons de feu sur ta tête ^. »

« — L'humanité, dit Marc-Aurèle, nous connnande d'aimer comme nos frères ceux-là mêmes qui nous ont offensés, quand

i. Arrien, Entret, d^Epictètei 1, tfhap. tui; II, vni, x, etc. 2. Rom., XI, 19-20.

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ils l'auraient fait avec Tintention formelle de nous nuire et non par inadvertance. S'ils ne sont pas nos parents par le^sang, ils le sont par Fesprit comme membres de l* humanité. Il n'y a qu*une seule vengeance que la raison puisse avouer, c*est de ne pas ressembler à ceux dont nous avons à nous plaindre.,. Les actions ne doivent jamais avoir qu'un mobile, l'accomplissement du bien. Nous devons faire le bien pour lui-même, indépendamment de tout ce qui peut en advenir, sans aucun égard à notre utilité personnelle et aux: récompenses qui peuvent s'y rattacher... Ne publions pas nos bienfaits, oublions-les pour nous occuper de rendre d'autres services, mais conservons précieusement la reconnaissance de ceux que nous avons reçus.

» Il faut vouloir du bien à ceux mômes qui te critiquent, ou te haïssent, en poussant contre toi des clameurs. La nature vous a faits amis ^. »

Concluons par un rapprochement décisif :

« — Les bienheureux, dit Pierre Lombard, au livre des Sentences, sans avoir besoin de sortir de la place qu'ils occupent, en sortiront cependant en quelque manière, grâce à la faculté d'intelligence et de vision distincte, afin de considérer les tortures des impies; et, en les voyant, jion-seulement ils ne sentiront aucune douleur, mais ils seront comblés de joie, et ils rendront grâce à Dieu de leur délivrance, en assistant au spectacle de l'ineffable calamité des impies. »

« — 0 monde, s'écrie Marc-Aurèle, je m'accorde avec tout ce qui s'accorde en toi ; ce qui te convient n'arrive pas pour moi ou trop tôt ou trop tard. Tout est à propos; tout est un fruit que portent en toi les Heures, ô Nature... De toi, tout ; en toi, tout; vers toi, tout... —Je suis par nature un être raisonnable et sociable. J*al un pays et une pairie; comme Antonin, j'ai Borne; et comme homme, j'ai le monde, vraie république où

1. Pensées de Marc-Aurèle, trad. d'A. Pierron; Hv. IX, 27, etc.

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tous sont admis, où jamais on n'a entendu prononcer les noms de supérieur et d'inférieur, de noble et de plébéien, de mattre et d'esclave. »

Sous le rapport politique, dans les applications de la raison, de Texpérience systématisée aux faits de la vie sociale, à quelle élévation le génie grec n'atteignit-il pas un moment I Si Ton peut s'exprimer ainsi, — quelles anticipations n'a-t-il pas réalisées, éclairé, par les spectacles de Tagora, sur les résultats du savoir moderne appréciant sans préjugés les bases de la sociabilité humaine, les intérêts complexes enjeu dans la politique ! Quoi que Ton pense de la peine de mort, par exemple, du devoir de l'abolir, ou de la nécessité de la conserver pour certains cas rares, n'admîrera-t-on pas les considérations suivantes attribuées par Thucydide à un orateur athénien?

« Dans les États, la peine de mort est établie contre un grand nombre de crimes;.^, cependant Tespérance donne Faudace d'affronter ce péril, et tout homme qui court un pareil risque compte sur lui-même et sur la réussite de ses desseins. Il en est de môme pour. les villes : en vit-on jamais se révolter avec la pensée qu'elles ne trouveraient ni en elles-mêmes, ni dans leurs alliances, des ressources suffisantes? Il est naturel à l'homme, aux États comme aux particuliers, de commettre des fautes ; et il n'y a pas de loi qui puisse empêcher cela, puisqu'on a désormais parcouru toute la série des peines, les aggravant sans cesse, pour être moins exposé aux attentats des malfaiteurs*. »

1. Thucydide, Histoire, etc., trad. Zévort, t. I, liv. III, ch. XLV,p. 283; Paris, Charpentier, 1852.

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Quelle pénétration , quelle largeur 1 Ce qui frappe surtout, c'est la parfaite sérénité, le désintéressement d'esprit du penseur se plaçant au point de vue purement humain de Futilité sociale. Machiavel, Montesquieu, Beccaria, Bentham, ne déduiront pas avec plus de netteté et d'impartiale philosophie les suites résultant pour eux en ces matières de l'observation des faits étudiés en dehors de tout à-priori théologique ou métaphysique. Le reste du discours se déroule dans le même tour de pensée, — si je puis le dire, — tout moderne déjà :

« 11 est môme vraisemblable qu'autrefois^ pour les plus grands crimes, les punitions étaient moins sévères; mais comme, avec le temps, on les affronta^ la plupart aboutirent à la mort elle-même. Il faut donc, ou trouver quelque épouvantail plus terrible, ou reconnaître que la crainte des châtiments n'empêche rien. Le pauvre devient audacieux par nécessité ; l'insolence et Torgueil du pouvoir poussent le riche à l'ambition. Dans toutes les autres situations où Thomme est dominé par la passion, il cède à Tirrésistible entraînement du moment et se laisse jeter au milieu des périls... A tout cela se joint la fortune, qui ne contribue pas moins à nous exalter ; quelquefois une occasion se présente inopinément, et on se jette au milieu des hasards avec des moyens insuffisants. Les États surtout subissent ces entraînements ; cela se conçoit : il s'agit alors des plus puissants intérêts, la liberté ou la domination ; et chaque citoyen, voyant tout un peuple avec lui, conçoit follement une plus haute idée de lui-même. En un mot, il est impossible, quand la nature humaine se porte vivement à la poursuite d'un objet, qu'on puisse l'en détourner par l'autorité des lois, ou par - aucune autre crainte ; il y aurait même par trop de simplicité à y prétendre. — 11 ne faut donc pas, par trop de confiance dans l'efficacité de la peine de mort, prendre une résolution funeste ;

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i 1 ne faut pas fermer toute espérance aux villes réyoltées, en déclarant qu'il n'y a plus de place pour le repentir, et qu'un prompt retour ne saurait expier leur crime *. »

C'est à ces hauteurs intellectuelles et morales qu'était parvenue la sagesse antique.

Elle avait conçu l'ordre du monde manifesté par des ois;

Elle avait fondé la morale sur le sentiment désintéressé du juste et l'idée d'humanité;

Elle avait compris Tassociation politique, la Cité républicaine soumise, en dehors de toute direction surnaturelle, à des conditions immanentes de sympathie et d'utilité.

Triple hypothèse qui, justifiée d'abord par la conscience seule ou la simple intuition, plaçait la synthèse générale et l'éthique sur des bases positives, que la Science, par ses conquêtes successives, devait expérimentalement confirmer.

Il se passa dans cet ordre d'idées un phénomène analogue à celui qui s'accomplit pour la découverte des vraies notions astronomiques que Pythagore pressentit par une illumination de son génie, sans pouvoir en fournir la démonstration positive, réservée à un âge bien postérieur.

Tel fut l'Hellénisme. Ce nom résume la plus magnifique intuition de la pensée dans l'élite d'une race, élite elle-même de notre espèce. Le mysticisme popu-

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