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Enfants des Hellènes, allez

Délivrez de la tyrannie Vos femmes, vos enfants, les temples, la patrie^ Les tombeaux des aïeux... Allez!

Vour tous ces biens vous combattez.

(Eschyle, Perses, vers 402, 403, 404^ 405.)

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un reste d'indépendance sous le despotat vassal de Démétrius, le vieil helléniste pleurait sa patrie et ses rêves. Là, Pléthon devait se trouver plus à Taise avec ses pieux souvenirs et les évocations de son esprit, fantômes des Dieux évanouis, lui envoyant leur dernier sourire... Vieil Endymion, reçut-il le baiser d'Artémis? Parmi les roseaux de TEurotas, ouït-il, ô grand Pan, Técho de ta voix puissante? Tu n'étais pas mort pour lui. Les Nymphes Tadmirent-elles à leurs mystères sacrés? Gémiste pratiqua-t-il sincèrement son polythéisme^? J'aime à le croire.

Dans quelque vallon du Taygète, près des Nymphes d'une source, entre les myrtes et les lauriers, Pléthon terminait sa vie dans le commerce des Dieux. Avait-il pu délaisser le culte dont son rêve systématique précisa le retour triomphal? Fidèle aux rits sacrés qu'il institua, — « Écoutez, disait-il au lever du jour, vous tous qui » honorez la Divinité, voici Theure d'adresser aux Dieux » la prière du matin ; invoquons-les de tout notre cœur, » de tout notre esprit, de toute notre âme; invoquons- » les tous, et en particulier Zeus qui règne sur eux. »

Et il récitait les saintes litainesdes Dieux. Appliquant les deux mains à terre, prosterné des deux genoux, et frappant du front le sol, il adorait Zeus-Roi.

Puis, relevant la tête, mais toujours prosterné, ilinvo-

1. Voy. Gibbon, Décad.y etc.,ch. lxyiii, p. 893-895. — Pléthon, Traifé des LoiSt publié par M. Alexandre, notice préliminaire, p. xxxviii et passim.

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quait, s'appuyant sur la main droite, les Olympiens ou Supra-célestes, enfants légitimes de Zeus :

« Poséidon, Taîné, lieutenant de son père, principe mâle, producteur de la Forme;

Héra, sa sœur et son épouse, principe femelle, productrice de rHvlé ou matière de tous les êtres :

Apollon, Dieu de Tldentité ;

Artémis, Déesse de la Diversité ;

Héphœstos, Dieu de Tlmmobilîté;

Dionysos, Dieu du Mouvement volontaire ou du Progrès ;

Athéné, Déesse du Mouvement communiqué;

Atlas, Dieu suprême des astres ;

Tithon , Dieu spécial des planètes ;

Dioné, Déesse spéciale des étoiles fixes;

Hermès, Dieu des démons chthoniens ou terrestres ;

Plu ton, Dieu de la partie immortelle de l'homme ;

Rhéa, Déesse générale des corps primitifs et des éléments ;

Latone, Déesse de TÉther et de la Chaleur, qui séparent;

Hécate, Déesse de TAir et du Froid, qui rapprochent :

Thélis, Déesse de l'Eau et deTHumide, qui fluidifient;

Estia, Déesse dé la Terre et du Sec, qui solidifient. »

Le sage s'adressait ensuite aux Titans du Tartare, enfants illégitimes de Zeus : '

€ Kronos, extrayant des formes élémentaires les formes revêtues par les corps mortels ;

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Aphrodite, sa sœur et son épouse, qui, par une fonction analogue à celle d'Héra, procure aux corps mortels leur matière dégagée de la matière primitive ; Pan, Dieu des animaux non raisonnables ;

Déméter, Déesse des végétaux. »

La prière de Pléthon s'élevait ensuite vers « les Dieux célestes ou Astres. Le Soleil les préside : il a créé en commun avec Kronos Démiurge tous les êtres mortels : animaux, plantes, etc. :».

Gémiste invoquait enfin € les démons Ghthoniens ou Terrestres, provenus et dépendant des Dieux supracélestes et immédiatement supérieurs aux Ames ou à la partie immortelle de l'homme » .

« — 0 vous, race des Dieux Bienheureux, écoutez avec faveur et bienveillance notre prière du matin... Maintenant que nous sommes éveillés, accordez-nous, ô Dieux, de passer cette semaine, ce mois, cette année, tout le reste de notre vie, à pratiquer ce qui est bien, ce qui est beau, ce qui vous est le plus agréable. »

Ce souverain pontife d'un nouveau paganisme est une figure étrange, exceptionnelle, — une curiosité de l'histoire. Le système de Gémiste n'en eut pas moins une très-réelle importance, comme point de départ de la grande école néo-platonicienne du quinzième siècle. Les métaphysiciens qui se rattachent à celle-ci, tout en abdiquant la pensée de remplacer le christianisme, raccordèrent de leur mieux la doctrine de Pléthon à Forthodoxie dont ils acceptaient ou subissaient le joug. On

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étudiera cette école à propos de son représentant le mieux connu, Marsile Ficin.

Si la tendance radicale de Pléthon eût pu prévaloir, la lutte se fût sérieusement engagée entre les néo-païens et l'Église romaine. Celle d'Orient avait pris l'avance par l'organe du patriarche de Gonstantinople, Gennadius. Dans sa lettre à Joseph l'exarque, il accuse énergiquement l'auteur du Traité des Lois de vouloir € ressusciter le Polythéisme ». Cette épttre, qui n'est pas sans éloquence, contient des passages remarquables, celui-ci entre autres, où l'origine et les développements de l'idée religieuse sont appréciés avec une exactitude que l'analyse moderne ne dépasse pas, — depuis le Fétichisme initial jusqu'au final Monothéisme : — « Premièrement n le culte fut... rendu aux éléments, ensuite aux astres,... 9 ensuite au ciel, ensuite, progressant, aux âmes qu'ils » adaptteent à ces corps, au ciel, dis-je, et aux choses » célestes, ensuite à toutes lesautres natures entièrement » séparées des corps; mais les philosophes postérieurs, » mêlant tout, édifient le Dieu Un sur la raison et l'obser- :» vation, contraints par la vérité, mais ils combinent » avec lui tout ce qui a été dit auparavant, et font les )) Dieux co-partageants en lui de sa Divinité, de sa puis- » sance créatrice et de toute sa dignité... »

Et Gennadius, s'étendant sur ce qu'il appelle l'absurdité de ces philosophes, apostrophe ainsi Pléthon qu'il leur assimile : « — Par quel motif, ô homme, possédant » la vraie théologie de tes pères, t'es-tu livré davantage

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» au babil le plus incohérent, et as-tu consacré à cette » œuvre tous tes efforts?... Certes, si tu en avais eu la » puissance,... tu aurais rouvert aux chrétiens la voie > des martyres. Mais aussi, tu as fait de ce côté tout ce » qui t'était possible; car, dans une de tes dernières » hypothèses, tu décrètes la mort contre ceux qui vou- )> dront contredire ces lois. ]»

C'est ce que fait Jean-Jacques dans son Contrat social.

Gennadius compare Gémiste à Mahomet, avec cette différence que le prophète de Tlslam « enseigne un seul » Dieu et ne combat pas complètement nos autres » dogmes. Et puis, il a eu la puissance au service de » Taudace et la force d'user de l'épée. . . » .

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