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LAURENT VALLA. — DÉVELOPPEMENT DE LA PAPAUTÉ

« La Lune est si exacte à recueillir ce qui se perd ici- » bas, que tout y est; mais l'Arioste ne vous dit cela » qu'à Toreille, tout y est. . . jusqu'à la donation de Cous- 5) tantin. C'est que les papes ont prétendu être les » maîtres de Rome et de l'Italie, en vertu d'une donation )) que l'empereur Constantin leur en avait faite, et la » vérité est qu'on ne saurait dire ce qu'elle est devenue. » Mais devinez de quelle sorte de chose on ne trouve )) point dans la Lune* 1 »

Le narquois Fontenelle rappelle ainsi une des fables soutenant la théocratie romaine. Colossal édifice, qui, en droit, repose, au spirituel, sur le calembour: Tues Petrus ; au temporel, sur la donation de Constantin reconnue fausse par l'Église elle-même, sur la donation de Pépin, dont l'authenticité n'est guère mieux établie.

Le courageux écrivain que nous allons étudier ne s'éleva que contre la première base, si longtemps inatlaquée, de la puissance romaine par lui respectée sous le rapport religieux. Mais, pour comprendre la brèche que

l. Fontenelle, Entret. sur la pluralité des mondesy deuxième soirée.

fit son pamphlet : De falsa danaîione^ il faut connaître au moins en résumé, dans son développement intégral, le phénomène historique de la papauté.

Au point de vue religieux, le pape est :

1° Évêque de Rome ;

2° Métropolitain desévêchéssuburbicaires, suffragants de Rome ;

i' Primat d'Ralie ;

4" Patriarche d'Occident ;

5» Chef de TÉglise.

Ce cinquième pouvoir dérive de huit sources :

1" Une certaine primatie de saint Pierre sur ses collègues, les Apôtres, résultant des évangiles, et que le protestantisme instruit et de bonne foi a fini par admettre*;

t" Ce fait douteux, mais généralement accepté dès le temps de Constantin, que le premier Apôtre est venu à Rome, — que les évoques de cette ville sont ses successeurs ;

3" L'institution à Rome d'un patriarcat ;

à" Ce patriarcat reconnu par l'opinion , proclamé par les empereurs comme le premier en rang, d'après la prééminence de Rome, capitale de l'empire^;

5° La circonscription du patriarcat romain, unique de l'Occident, englobant tous les Latins, accrus bientôt

1. Voy. Histoire des dogmes chrétiens, par M. Haag, 2" partie, p. 229, 230. — Év.*s. Matth., X, 2. -- Marc, m, 16. — Matth., x, 6, 7, 16. — Id., XVI, 18.— Id., XVI, 16.

2. Edit de Valentinien, UI, 425-455. — Lettre de Justînien à V évêque deRomejiïï Cod. Justin., lib. I, tit. i, De summa Trinitate, post g 8.

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des Germains christianisés, et sa séparation de rOrient par le schisme grec ;

&" La conversion des barbares du Nord par les missionnaires directs du patriarche romain, — par suite accession d'ouailles que leur ignorance dispose à croire toute fable ;

7"" L'ambition des Karolingiens demandant leur sacre de pseudo-César à Théritier prétendu de saint Pierre ;

8* Enfin, et surtout, la nécessité civilisatrice qui veut que la mission d'unifier l'Europe, commencée par Rome guerrière et païenne, s'achève pai^Rome catholique inaugurant dans le monde un pouvoir spirituel séparé du temporel.

Au point de vue temporel, la Papauté, dont nous verrons les Borgia et Jules II établir par la conquête et l'intrigue le domaine régalien, ne possède réellement que depuis le seizième siècle une vraie souveraineté politique. Les circonstances lui permirent seulement alors d'étendre la portée des titres qui lui assuraient, non la royauté, mais une situation exceptionnelle entre les seigneuries ecclésiastiques.

Ces titres sont :

1" Le droit de propriété ou le domaine utile des pa* triarches de Rome sur de nombreux territoires, — droit dont la confusion graduelle avec la souveraineté est un des caractères du Moyen- Age * ;

li Parmi les intéressantes découvertes archéologiques faites à Rome

2** La juridiction forcée sur les clercs et la juridiction volontaire sur les laïques accordée aux évèques, et l'espèce de protectorat politique que l'empire leur reconnut sur les municipes ; i

3"" Le patronage temporel assumé par les papes en fa* veurde la République romaine abandonnée par les Césars de Byzance aux attaques des Lombards ;

h!" La position équivoque du pape à la fois vassal et suzerain de l'empire occidental rétabli depuis Gharlemagne.

L'apôtre Paul exhorte les chrétiens à recourir dans leurs différends à l'arbitrage ecclésiastique :

« Lorsque quelqu'un de vous a une affaire centime un autre, se fera-t-il juger par les iniques et non par les saints?

» Ne savez-vous pas que les saints jugent le monde ? Or, si le monde doit être jugé par vous, étes-vous indignes de juger en des causes bien moindres ?

» Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus donc devons-nous juger des choses qui concernent cette vie!

» Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie,

CCS derniers temps, sous la direction de M. de ftossi, figurent des colliers de chien. L'un de ces derniers, très^remarquable, porte le monogramme du Christ et cette indication que le chien appartient au chef des bergers de la basilique de Saint-Paul. Ce monument mentionne le domaine de la basilique comme appartenant à trois maîtres {dominorum trium nostronim). Voilà une précieuse indication qui prouve que, dès le début du quatrième siècle, le domaine de TÉglise était déjà très-considérable, puisqu'on y pouvait élever des troupeaux dont l'entretien exigeait une adininistratioa (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, séance du tt août 1874).

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prenez pour Juges ceux qui sont des moins estimés dans l'Église.

» Je le dis à votre honte, n'y a-t-il donc point de sage parmi vous? Non, pas môme un seul qui puisse juger enli*e ses frères?

» Hais un frère a des procès conti'e son frère» et cela devant les infidèles > I »

Par suite, la société spirituelle se trouvait dès l'origine investie d'un pouvoir de fait en matière temporelle. Ce mélange de puissance s'explique par les dispositions morales des fidèles envers César et ses ministres. D'un autre côté, leur défiance envers les magistrats romains fait comprendre à l'égard du christianisme l'hostilité de la politique impériale, si îndiflTérente d'ordinaire aux questions du dogme, mais qui voyait dans l'Église se constituer un État dans l'État.

Se posant comme le juge suprême du péché, la société chrétienne, à mesure que les individus et les pouvoirs laïques se soumettaient à son autorité sur le dogme et sur les mœurs, devait logiquement prétendre à intervenir dans la même solution des problèmes sociaux. Par les pénitences et l'excommunication, elle influait souverainement sur l'opinion publique, déclarant que tel acte de la puissance temporelle était conforme ou opposé aux lois de la conscience. On mesure les suites de cette intervention, les résistances qu'elle rencontra, mais aussi sa légitimité logique. J. de Maistre la définit bien. Sa critique sur ce point, comme en bien d'autres, s'accorde

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