SisMONDi, Hist des Français, t. I, ch. ii
» indépendamment des soldats de Tannée active que )) les Romains nommaient pressentes ou prxsentales^ )) des corps de barbares, gui, lorsqu'ils servaient sous » leurs chefs héréditaires avec les armes qui leur étaient » propres, en conservant leur langue, leurs mœurs et )) leurs usages, étaient désignés par le nom de fœderati; I des vétérans qui paraissent aussi d'origine barbare et )) auxquels on avait donné des terres à cultiver : ils sont » désignés par le nom de Iseti; enfin les soldats des » colonies militaires, qui tenaient par une sorte d'inféo- )) dation leurs terres du gouvernement, sous condition » qu'eux et leurs enfants dès l'ftge de dix-huit ans )) seraient toujours prêts à prendre les armes pour la )) défense de leur province : on les nommait limU » tanei \ »
L'emiHre n'eût-il pas disparu sous le déluge des barbares, il devait se transformer en une confédération de peuples. Il s'opérait une décentralisation nécessaire qui eût permis, sans rupture avec la civilisation antique, aux éléments nationaux de TEurope moderne de se constituer* — On suit, par exemple, l'influence croissante des associations fraterneUes ouvrières et marchandes {universitateSj collegia^ cœtus) , surveillées avec une jalouse inquiétude par le despotisme impérial : on retrouve dans ces organisations le caractère anticipé des communautés bourgeoises et populaires du Moyen- Age.
i. SiSMONDi, Hist, des Franc, y t. I, ch. l, cit. Lamprid. Alex. Sever. — Notitia dignitat. imper. j scriptor, rer, fronde,, t. I, p. 125.
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Le travail libre s'y substituait par degrés au travail esclave. Ainsi, le régime industriel qui prévalut sous l'égide du catholicisme sortait naturellement de Tantiquité païenne.
Sur cette base, sur leurs richesses mobilières, leur titre de Patriarche , leur [influence depuis longtemps servie par les conjonctures religieuses et politiques, va s'édifier la haute situation sociale indispensable aux évêques romains pour asseoir leur suprême pontificat.
Mais, à côté de cette couronne qui se prépare pour elle, devenue un simple municipe, Rome poursuit obscurément son destin particulier. Elle retourne à son origine républicaine. D'accord avec leur évêque, dont ils combattront un jour si persévéramment la domination temporelle, les Romains défendent leur indépendance contre les Barbares, puis contre leurs maîtres byzantins affaiblis.
Leur république subsiste ainsi dans l'ombre. Ses annales ténébreuses s'éclairent parfois d'une courte lueur au récit d'un siège soutenu contre le Lombard ou le Sarrazin, d'une négociation du pape avec l'exarque de Ravenne ou l'empereur délaissante ses débiles ressources l'ancienne capitale du monde. Orientalisé de plus en plus, livré à l'hérésie iconoclaste, l'empire perdait à la fois sur les Romains orthodoxes et sa puissance et son prestige. A la voix de Grégoire II, une première révolte éclata contre Léon l'Isaurien (717-7âl)» Ces divisions s'aggravent sous Grégoire III, non moins acharné que
LAURENT YALLA. Ul
son prédécesseur coatre Léon. Mais la flotte envoyée par le Briseur d'images pérît dans une tempête. Rome dès lors n'est plus rattachée à Constantinople que par un lien nominal .
Un schisme religieux favorisait ainsi par avance les obstacles qui s'opposèrent àl'extension de Tempife oriental, légitime représentant de la tradition césarienne, aux provinces où Ton parlait latin. Cet agrandissement fut l'œuvre éphémère et très incomplète de Justinien par Bélisaire et Narsès. Tandis que les Musulmans arracheront l'Afrique aux Romains-Grecs de Byzance, l'ascendant delà France orthodoxe arrêtera dans son germe cette restauration du véritable empire dans l'ouest. Entre leurs ennemis, Lombards et Grecs, et les Francs, se présentant comme leurs champions, les évêques de Rome ne pouvaient hésiter. Leur avenir temporel se dégagea dès lors de leur situation à l'égard des puissances nouvelles établies en Occident. Aux yeux des Barbares latinisés f ils apparaissent avec la double auréole d'héritiers de saint Pierre et de patrons de la République romaine, en qui, dans ses abaissements, persiste l'image de la cité-reine.
L'influence sacrée du pape, non moins que les fonctions temporelles que, comme tous les évêques de l'empire, il tenait des césars chrétiens, assura dès le huitième siècle au pontificat romain un pouvoir mal défini, mais effectif, en vertu duquel il put instituer patrices Pépin le
Bref et son fils Charles.
La création du Saint-Empire, franc, puis germanique, sous répithète de romain, fut le résultat d'un loiig travail. L'ambition des Karolingiens et celle des patriarches de Rome y coopérèrent, unissant, avec un mélange d'illusions sincères et de calcul, les combinaisons politiques «et la foi. Dans l'état d'esprit de ces siècles, la croyance au merveilleux était presque en tout commune aux fidèles et à leurs pasteurs. Ces derniers s'estimaient de bonne foi délégués par la Providence au salut des particuliers et des nations. Les dévots stratagèmes qu'ils employèrent parfois finirent par s'imposer à eux-mêmes dans leur forme concrète et populaire. Ainsi faut-il comprendre la célèbre épttre que le pape Etienne II assurait avoir reçue de saint Kerre pour la transmettre à Pépin le Bref et à ses enfants.
Quant à la fameuse donation de Pépin confirmée par Gharlemagne, elle augmentait beaucoup le patrimoine de saint Pierre, sans constituer pourtant en faveur de l'évoque de Rome une souveraineté politique bien spécifiée sur cette ville et son territoire.
La République romaine subsistait toujours, compliquée depuis Gharlemagne de la fiction impériale dont les rois des Francs, puis ceux des Allemands, décorèrent leur pouvoir ou leur impuissance. Assumé par un Tudesque, ce titre de César devint à la fois l'orgueil, Tespoir, la terreur des habitants de Rome, qui se croyaient naïvement les arbitres de l'univers. Si, d'une part, le pape édifiait peu à peu son droit de souveraineté sur sa
prérogative de seigneur terrien, de Tautre, son autorité politique dans la ville éternelle se développait par le patronage qui Tassociait à la République romaine.
En conférant à Pépin le patriciat, Etienne II n'était que l'organe du corps politique (ducs, comtes, tribuns, soldats) et de l'Église, corporation reconnue dans l'État, propriétaire d'immeubles, et, comme telle, prenant part à l'administration temporelle. D'ailleurs, ce domaine utilcy possédé par le pape au nom du clergé, n'emportait pas en droit la souveraineté du sol réservée h la République sous la suzeraineté impériale, au terme des actes de donation. Mais on conçoit de quelles confusions lucratives est grosse déjà la situation faite aux pontifes par
la largesse des princes et des particuliers. Toutefois, si le peuple élit le pape d'après le droit, aboli peu à peu, des fidèles à choisir leur évéque, le pontife de Rome n'est point par le fait de cette nomination le souverain temporel de son diocèse. Il n'est toujours qu'un personnage vénéré, très-influent parfois, en qui l'expérience des ouailles distingue du pasteur l'homme faible et plus d'une fois chargé de crimes, la créaturejd'une courtisane Marosie. Les scandales de la cour de Rome, au commencement du dixième siècle, n'étaient pas faits pour relever dans l'opinion le patronat des papes sur ta République. Mais leur influence temporelle s'était imposée durant l'époque précédente par des titres solides. Us s'étaient montrés négociateurs habiles, pasteurs dévoués. Léon IV défendit Rome assiégée par les Sarrazins« c U était né Romain ;
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» le courage des premiers âges de la République revivait » eu lui dans cet âge de lâcheté et de corruption, tel » qu'un beau monument de Fancienne Rome qu on ]» trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle ^ i
Lorsque Othon le Grand attacha finalement à la couronne germanique le prestige de la dignité césarienne, la puissance spirituelle de l'évêque de Rome était près de son apogée. Mais la souveraineté politique des papes devait longtemps encore demeurer indéfinie, précaire, énergiquement contestée par leurs prétendus sujets.
On ne peut que rappeler les revendications armées par lesquelles le peuplede Rome, en modifiant graduellement ses institutions républicaines, sut en faire respecter le principe. Depuis Crescentius (993), le premier des tribuns et des martyrs de cette lutte, jusqu'à Stefano Porcari (là 47), qui donna sa vie à la même cause, on peut suivre à la trace d'âge en âge la voie héroïque delà liberté romaine : — Arnaud de Brescia (1150), Brancaleone(1254), et ce Rienzi (1354), Tarai de Pétrarque, ce tribun sur qui le poète patriote fonda un moment son espoir « du retour de la liberté italienne ^).
Étrange figure que celle de ce Cola, sévère et clément, « auguste tribun de liberté, de paix et de justice, libérateur illustre de la sainte République romaine, candidat
i. Voltaire, Essais sur les mœurs^ ch. xxviii.
2. Diu ante mihi cognUum dilectumque... iis in îocis contractœ olim amicitiœ memoria. — EpisU Fam., lib. XIII, ep. vi. — - Cité par de Sade, Mém. pour la vie de Pétrarque^ tirés de ses œuvres, etc., Amsterdam, 1764, t. I, p. 65, note.
du Saint-Esprit, chevalier libérateur de la ville, zélateur de ritalie, amateur du monde» etc. I ^
Il tient du rhéteur antique, du paladin, et aussi du cuistre universitaire, — proclamant du Capitolele Bon État, commentant au peuple un texte de Tribonien . Puis, frappant Tair de son épée dans la direction des trois parties du inonde, il répète : Ceci est à moiy ceci est à moi^ ceci est à moi ! Et, diadème en tète, il c juge le globe de la terre selon la justice^ et les peuples selon r équité » .
Chaussant au Capitole l'éperon d'or dae chevaliers, Rienzi rappelle les Gracques, comme le Virgile mystagogue du Dante reproduit le chantre de VÉnéide. Idées et formes, — le Moyen-Age et Tantiquité s'accouplent en lui par une sorte de travestissement hybride familier à l'imagination de cette époque.
A chaque page de cette histoire, dans tous les documents qui s'y réfèrent, Rome apparaît comme une République. « Les Romains ne voulurent jamais consentir )) à la destruction du Sénat et des consuls, et à l'aboli- » tion de l'ancienne république; mais, après un long » combat, un traité fut enfin conclu*. » N'oublions pas deux faits importants : 1° la donation de la comtesse Mathilde; 2° l'acquisition d'Avignon et du comtat Venaissin.
A propos des libéralités de la célèbre amie de Gré-