livres de France
148 LES MÊDIGIS.
compacte où elle puisse s'exercer au même titre que les royautés laïques.
Ce qu'il faut remarquer avant tout, c'est la voie ouverte à la légende, en suite de la situation exceptionnelle faite à l'évêque de Rome par l'opinion et par les faits. Dans la pénombre des temps écoulés entre Àugustule et la constitution de la féodalité au dixième siècle, grâce aux illusions que l'ignorance projette sur les souvenirs brouillés, une sorte de fantasmagorie amplifia l'origine des grandes institutions du Moyen-Age, — l'Empire et la Papauté.
Adoptés dans l'ère féconde qui succède à ces bas âges, ces fantômes présidèrent aux créations de la politique comme à celles de la poésie.
Tout dans cette voie était possible, après l'apothéose de l'auteur présumé du christianisme.
Être mort homme, et se réveiller Dieu, voir devant soi son propre spectre se dresser divinisé, le monde adorant en l'hostie l'humble supplicié de Golgotha, — l'imagination rêve pour Jésus cette surprise, — et, spectacle étrange! — le Nazaréen regardant porter sur sa chaise gestatoire le Vice-Dieu qui porte le Dieu- Christ 1
L'autel resplendit de mille cierges, la nef regorge de pèlerins agenouillés. Parmi les nuées d'encens, la tiare ruisselle, au-dessus des mitres d'or, les éclairs de Tescarboucle et du diamant.
Le pape reçoit l'empereur en grâce.
Alexandre III met un pied sur la nuque de Barberousse prosterné (1177).
« — Tu fouleras l'aspic et le basilic, chantent les » cardinaux; tu écraseras le lion et le dragon. »
Saint Pierre est-il venu à Rome? Celte question qui se pose tout d'abord, l'opposition protestante et la critique philosophique semblaient l'avoir négativement résolue*. L'érudition indépendante est aujourd'hui moins affirmative; elle incline même, d'après une série d'inductions très plausibles, à admettre que, comme Paul, l'apôtre Géphas, son antagoniste, a résidé dans la capitale de l'empire '.
Quoi qu'il en soit de ce point obscur, il suffit, légendaire ou non, qu'il ait été reçu de les premiers temps de l'Église comme un article de croyance, la supériorité de saint Pierre sur ses collègues n'étant plus guère mise en doute de nos jours, môme par les théologiens protestants ^.
Tout esprit libre de préjugés se rendra, sur ce point de laprîmatie apostolique, aux arguments tirés des évangiles^
Il reste à comprendre comment cette primatie, transmise aux successeurs présumés du grand apôtre, aboutit à la Papauté. Pour s'expliquer ce pas décisif, il faut suivre
1. Voy. Volt., Ess, sur les mœurst ch. viii. — Calvin, Fnst, chrét.y liv. IV, ch. VI, gg U et 15.