Textuel
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pérer le civisme rétrospectif de Valla... Mais il ne respecte rien, pas même la syntaxe, mettant le datif pour le génitif, accolant sans copule deux épithètes {terrena imperialis potentia )... Bref, les scribes, que dis-je I les palefreniers de Constantin ne parlaient pas ainsi.» — € Huncne in modum œvo loquebantur Cœsarum scribœ^ ne dicam agasones ? »
Les bévues abondent, du reste, même à rencontre du but poursuivi par Tapocryphe. Ainsi ces expressions : « Décernantes sancimus ut prindpatum teneat tara super quatuor sedes^ Alexandrinamy Antiochenam^ Hiérosolimitaneamy et Constantinopolitanam... t sonnent > que la principalité et primace de l'Église de Rome ne » fust oncques donnée ne instituée de nostre Dieu Jésus- » Christ. »... Ce qui peut par adventure estre^ ajoute de son crû le traducteur français. Insinuation étrangère au texte. L'écrivain latin, sans malignité apparente, se borne à noter que les paroles prêtées à Constantin attribueraient la suprématie du Saint-Siège, non à la déclaration évangélique fixée par le huitième concile général, mais à un simple octroi impérial. Ce qui va sans aucun doute contre la pensée du faussaire et accuse son ignorance ou sa légèreté.
Le plus étrange, c'est Constantin parlant du patriarche de Constantinople, et cette ville n'existe pas encore 1... Et ces redevances imposées sur les terres de la Judée, de la Grèce, de l'Asie, de la Thrace, de l'Afrique, de l'Italie, etc., pour l'entretien du luminaire des basiliques
de Saint-Pierre et de Saint-Paul? « — 0 pendard {furcifer) , quelles étaient ces églises élevées à Rome à ces apôtres ? Qui eût osé les bâtir au milieu des persécutions?... »
« Ores est-îl qu'il n'y avoit aultres églises pour Ihors que petitz oratoires soubz terre, moult secret musses, etc.. Après, tu viens racompter comment Tempereur donna son dyadesme, qui est, comme tu exposes, une couronne d'or et de pierres précieuses, jà soit que le dyadesme fust ung ornement faict de moult riche drap ou toile, selon qu'il est escript... Et tu doibz sçavoir que les empereurs romains ne portoyent point nom ne enseignes de roys. Car où il y a roy, il n'est chose publique, et sous icelle peuvent estre plusieurs empereurs. Pour ce Cicero en ses épistoles se nomme souvent empereur... »
« — 0 saint Jésus (nous traduisons le texte latin de Valla), à celui qui enveloppe ces opinions de paroles inhabiles ne répondras-tu pas du haut de la nue? Ne tonneras-tu point? Et. parmi tant de blasphèmes, ne lanceras-tu pas tes foudres vengeresses ? Supporteras-tu un tel forfait dans ta famille ? Mais tu es patient et très -miséricordieux. Je crains cependant que ta patience en ce cas ne soit plutôt colère, et condamnation, telle que celle qui tomba sur ceux dont tu as dit : — Je les ai renvoyés selon le désir de leur cœur ; ils s'égareront dans leurs machinations. Et ailleurs : — Je les ai livrés à leur sens réprouvé, pour qu'ils fassent ce qui ne convient pas, parce qu'ils n'estimèrent point d'avoir connaissance de moi. Ordonne-moi, je t'en supplie, Seigneur, de crier contre eux, et peut-être ils se convertiront. 0 pontifes romains, exemples de tous les crimes pour les autres pontifes, 6 scribes et pharisiens scélérats, qui • siégez dans la chaire de Moïse et faites les œuvres de Dathan et d'Abiron, les vêtements, l'apparat, la pompe, les cavalcades et toute la vie d'un César conviennent-ils au vicaire du Christ? Quel rapport entre le prêtre et César? »
Très-vive déjà, cette prose s'accentue et s'envenime sous la plume gauloise du traducteur.
« Je ne peux, pour mon humaine fragilité, non invéhir... qui faict de la saincte église compuncte, dévote et mortifiée une gendarmerie dissolue et paillardise deshonnôte. Car il donne généralement au pape tous les vestements dont est aorné Tempereur, soit en guerre, conseil, chasse, danse^ à pied ou à cheval. Aussy les sceptres, lances, espées et hacquebuttes, et les bannières, armes ou enseignes... 11 donne puis après à l'église romaine concubiteurs (qui est un teime de bordeau), afin qu'elle ne soit paoreuse en dormant. Âussy des cubiculaLres et huissiers. Puis donne et veult qu'elle ayt chevaulx bardez de blanc, comme si elle ne debvoit aller sur asnes ne asnesses, comme feit Nostre Seigneur. 0 sacrilège licence, qui donne et octroyé à l'église diverse et dissolue pompe, de laquelle les nobles et gentz sécuUers se abstiennent. Davantaige il faict de moult grandes menaces à la fin, si comme font nos papes à la conclusion de leurs bulles, qui ne sentent point leur empereur ne leur prince, mais seulement le clergie. Car ilz menacent de la malédiction de Dieu, de l'indignation des apostres et de l'éternelle damnation. Qui est ung grand signe et indice que cecy est provenu de la cuysinne ecclésiaste, non pas séculière... »
Voilà, pris sur le vif, l'esprit de la révolution qui se préparait contre les abus de la hiérarchie romaine, mais qui se compliqua malheureusement en Allemagne d'un réveil du christianisme augustinien, d'un retour au dogme et aux institutions d'une soi-disant église primitive. Tandis que s'accuse et se généralise la résistance à l'autocratie romaine, cette dégénération d'un mouvement tout politique et social en schisme religieux est le
seul danger à craindre pour rémancipatîon philosophique et Tunité de TOccident.
A cette heure on pouvait espérer d'éviter ce péril, et que la république européenne, ébauchée par Rome païenne et par Rome catholique, ne se scinderait pas en deux fractions ennemies.
Les penseurs de la Renaissance s'attaquaient avec une vigueur qui n'excluait pas la prudence à une autorité devenue abêtissante et oppressive. Cette autorité elle-même passait à des hommes imbus plus ou moins de l'esprit nouveau. La situation était donc des plus favorables. Des pamphlets comme celui de Valla le prouvent. Écrits par des libres penseurs, au moins par des hommes plus dégagés des superstitions que les Luther et les Zvi^ingle, ces livres de combat égalent en audace la polémique anti-cléricale des réformateurs qui vont venir. Je veux bien que l'auteur de la Fausse donation n'ait jamais dit qu'il « avait des flèches dans son carquois contre le Christ » lui-même ». Pontanus*, qui rapporte ce propos, est son ennemi implacable. En tout cas, le christianisme de Valla est bien pâle près de celui de Luther.
Une même passion rapproche toutefois par un côté leurs œuvres divergentes. Attaque à la légende constan-
1. Vid. Johannis Joyiani Pontani opéra omnia, Venetiis, in œdibus Âldi et Andreœ soceri, MDXVUl et MDXIX, 3 vol. in-8, t, II : Johannis Joviani Pontani ad eloquentissimum e predicatorum ordine fratrem Jacobum Maniuanum de sermone, lib. I, p. 193 : « Qui ne dubitaverit ipse quoque dicere profiterique palam habere se quoque in Ghristo spiculam. «
Voy. aussi Bayle, Dkt histor., article Vdla, notes (G) et (I).
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tînienne, doutes spr les autres donations attribuées à Pépin, à Charlemagne, à Louis le Débonnaire, et, — chose plus grave, — sur la souree divine d'une suprématie dont le titre incontestable est un intérêt d'ordre public assimilant l'organisation de l'Église à celle de l'empire, le centre religieux au centre politique, enfin violentes objurgations contre l'achat des absolutions ecclésiastiques, — tout cela, c'est le protestantisme en ce qu'il eut de rationnel : la protestation du génie laïque contre la hiérarchie ! C'est l'esprit libéral, la démocratie menaçant derrière l'absolutisme théocratique tous les absolutismes. Valla le laisse bien voir : — « La loi de » nature, dit-il, ne veut pas qu'un peuple soit l'esclave j d'un autre peuple. — Neque vero lege naturœ compa- » ratum est^ ut populus sibi populum subigat. »
Sur le trafic des indulgences, la Réforme tiendra-t-elle plus âpre propos, ménagera-t-elle moins des scandales qui n'ont pas encore atteint le comble ? Écoutez Valla :
« Nulla unquam religîo, nuUa sanctitas, et, quod referens quoque horresco, omnium scelerum impii homines a papa sumunt excusationem. In illo enim comitibusque ejus est omnis facinoris exemplum, et, cum Esaîa et Paulo, in papam et papae proximos dicere possumus : Nomen Dei per vos blasphematur iater gentes. »
Un cardinal, le précurseur de Copernic, Nicolas de Cusa, s'associait à cette œuvre de critique et de rénovation, où nous avons suivi iEneas Sylvius avant son pontificat. Esprit conciliateur et indépendant, ce cardinal,
LAUREIfT VALLA. 183
un des plus nobles représentants de la Renaissance au sein de l'Église, n'avait pas craint de démontrer en plein concile de Bàle la fausseté de la donation attaquée par Valla*.
Cette thèse fut reprise par un chanoine catalan, camérier d'Alexandre VI. Cet écrivain montra la donation omise par tous les historiens autorisés: Eusèbe, Jérôme, Augustin, Ambroise, Basile, Jean Chrysostome, Ammien Marcellin, l'auteur de V Histoire tripartite, Orose, Beda^.
Il se formait ainsi dans les hauts rangs de la hiérarchie une élite en communion intellectuelle avec l'esprit nouveau et capable de le servir, au moins de le patronner.
Telle est la situation qui se prépare et qui s'offrira sous LéonX. II semble que la vieille discipline catholique puisse se transformer sans schisme, laissant finir de sa belle mort, sur un lit de respect, la superstition où elle se fonde et qu'atteint de toute part l'incrédulité. De son donjon de Steckelberg, Ulrich von Hutten dédie à Léon X une nouvelle édition du traité de Valla. Ce vaillant de Tépée et de la plume s'adresse au pape, homme de
1. Nicolas de Gusa, au concile de Bàle, déclara qu'il n'avait trouvé la donation de Constantin, ni dans des recueils authentiques, ni dans les histoires de ce temps. — Voir dans le petit volume cité, contenant le texte latin du De falsa donatione, etc.. Nicolai de Cusa, cardmalis UtuU SancH Pétri ad Vinculat senientia de Donatione Constantini, quam scripsit ad œncilium BasUiensey de concordantia caiholica, lib. III, cap. ii.
2. Vid. ibid..., R, P, D. Hieronymus Paul. Cathalanus, canonicus Bardnonensis, juris utriusque doctor, ac cubicularius Alexandri Vltpotirtifids maximiy vir fide dignissimus, in Hbello quem vocant Praticam canceUariœ apostoUcœ sic scrUnt..,, etc.
lettres, comme au promoteur de la véritable réforme, au défaut de laquelle, en haine d'abus invétérés, il servira Luther. Mais on sent bien à son langage qu'il n'est pas un mystique, un croyant étroit. Polémiste et soldat, ami des Muses libres, ennemi du froc, VtmieuT des Epis tolœ obscurorum virorum représente bien la foule qui vit avant tout dans la Réforme une brèche faite à l'autorité.
On entrevoit ainsi derrière le protestantisme en préparation tout un libre mouvement d'idées dévié depuis par le réveil théologique.
« Tibi vero gratissimum facere me confidam qui rejectum nuper et damnatum bac de re Yallae libellum, ireluti ex tenebrî8 in lucem, ab interitu ad vitam revocem. Quin etiam ipsum tibi illum dedico, ut testatum sit quantum, te pontifice, renata libertate, verum dicere licuerit omnibus, verumque scribere. Quod etsi non dubitem quin iralde tibi placeat : tamen, ubi hoc publiée alio testimonio adprobatum abs te intelleiero, dabo operam ut sœpe aliquidtaleinveniam.IntereaGhristusoptimus maximus sic bonum te, sic verum pontificem, nobis diu incolumem servet. Ex arce Steckelberg, calend. decemb. anno post millesimum et quingentesimum décime septimo. »
15171... c'est Tannée des indulgences. Luther pose ses premières thèses.
Quelles qu'eussent pu être les conséquences de la critique érudite maintenue entre les bornes du respect à la hiérarchie, elle n'en a pas moins atteint le but immédiat qu'elle se proposait. Les plus audacieux champions de la curie romaine n'osèrent plus invoquer les titres dont
Valla démontra la fausseté. Dès 1509, dans une discussion avec les envoyés de Venise, à propos du droit que cette république prétendait tenir de Clément VI de nommer à Ferrare le magistrat appelé vis-domino, Jules II défiait Tun de ces ambassadeurs, Jérôme Donalo,de lui montrer Toriginal de cette concession. — « Elle est, ré- I pondit celui-ci, au dos de la donation de Rome par > Constantin au pape Sylvestre *. »
1. Voy. GuiCHARDiN, Hist. d'Italie, llv. VUI, ch. v, note, éd. du PantlUon littéra're.