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MACHiÀVfiL, htor. Fiorént.f t. II, liv. VIII, p

tient aucun compte de la démocratie? En quoi les faits sont-ils appelés à la justifier ?

Si l'on regarde l'histoire du passé, celle du présent surtout, à côté des pouvoirs qui s'imposent de force (militaires ou industriels, qu'importe !) on voit la démocratie persister et grandir, l'autorité des gouvernants prendre de plus en plus sa source ou sa sanction dans la volonté et le concours d'un plus grand nombre de gouvernés.

Si, d'un autre côté, l'autorité est une force qui doive à jamais se poser et s'imposer, deux termes irréductibles forment par leur antagonisme nécessaire le jeu des civilisations : l'Égalité (ou le Nombre), la Hiérarchie (ou la Force). Le progrès en ce cas ne consiste pas à supprimer des forces qui, de par le « nominor leo », se placent au sommet social, mais, dans la mesure du possible, à les réduire, à les neutraliser. La Démocratie n'est qu'une protestation éternelle, mais de plus en plus écoutée par la Force de moins en moins maîtresse. De l'anthropophage au maître d'esclaves, au seigneur de serfs, au propriétaire, au patron moderne; du sultan au roi, du roi au banquier, le progrès est évident. Les termes de cette progression se marquent par les garanties qu'obtiennent contre les puissants les faibles combinant toujours avec plus d'intelligence et d'accord leur action collective. Mais les forts, bien que réduits, n'en restent pas moins les forts, les chefs réels. Qu'importent les apparences et les titres? Cosme de Médicis est vraiment roi de Florence, parce que, dans une société où le travail pré-

vaut sur la guerre, sa puissante maison monopolise le crédit.

C'est là évidemment une forme plus douce du commandement, du droit primitif de vie et de mort réduit (pour le pire) au pouvoir extrême d'affamer, outre que, par la nature même des choses, le concours volontaire des subordonnés est plus nécessaire dans un atelier que dans une armée. La démocratie balance mieux sous ce régime que sous le précédent Tautorité de la force.

La République florentine, par reffet de circonstances spéciales, anticipe sur l'ère relativement pacifique qui s'ouvre pour les nations de notre occident. Le caractère que nous signalons en elles : une hiérarchie d'industriels héritiers des aristocraties guerrières se combinant avec la démocratie, distingue la constitution oîi Florence s'assit après ses révolutions. Le développement du commerce amenant la substitution d'un patriciat à la noblesse, se couronne, comme jadis la République romaine, d'une sorte de principat supérieur. Et, de même que la puissance des généraux romains produisit l'omnipotence d'un chef militaire, la prépondérance des grands commerçants florentins aboutit à la politique suprématie d'un banquier. Sous ce rapport, les Médicis rappellent les premiers Césars. Octave est un dictateursoldat, Cosme un dictateur-négociant. Les formes, ici d'une commune marchande, là d'une république militaire, subsistent sous leur autocratie dissimulée par les magistratures qu'ils exercent tour à tour ou qu'ils

réunissent sur leur tête * . Ni l'un ni l'autre n'est légalement un monarque ; le second surtout, qui n'a pas, comme Octave sous le titre AHmperator^ le commandement perpétuel des troupes. « Ainsi, dit Nardi, parlant » de Laurent, un homme s'est rencontré, qui, n'étant > ni roi ni prince, n'étant qu'un simple citoyen obéissant 1» aux magistrats, égalait les plus grands rois et princes, » tellement que le nom de sa famille est devenu un type » pour l'avenir. »

Cet ancêtre d'une puissante famille qui devait être une dynastie * gouverna la République plus encore par son influence dominante que par les charges qu'il occupait.

tt II fut le chef de cette maison et la commença, homme digne d'être nommé entre les très-grands ; et en son cas, qui estoitde marchandise, estoitla plus grande maison que je crois qui jamais ait esté au monde... San auctorité fut douce et aimable, et telle qu'estoit nécessaire à une ville de liberté^. »

Cosme devait d'ailleurs les fondements de sa fortune à Jean, son père, qui, « par ses immenses ridhesses et 9 ses autres qualités, s'éleva au-dessus de l'égalité » civile * ï .

L'histoire a raconté les magnificences du Père de la Patrie^ célébré son goût, sa pénétration naturelle dans

1 . « S'il (Laurent) eut Tamour du pouvoir, il n*en eut pas la cruauté, et il fit servir à ses fins toutes les anciennes constitutions. » (Perrens, /. Savonarole, 2* édit., introd., p. 27.)

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