I. Dante, Inferno, c. IV, t
"» dans une triple injure la religion de Moïse, du Christ » et de Mahomet ^ » .
Taddeo Gaddi, dans sa fresque de la chapelle des Espagnols à Florence, l'associe aux hérétiques Arius et SabeUius; il paraît aussi au Musée du Louvre dans un tableau de Benozzo Gozzoli : Le tnomplie philosophique de saint Thomas â! Aquin. Le docteur àngélique tient un livre ouvert sur ces redoutables paroles : Labia mea detestabuntur impium. L'impie est à ses pieds feuilletant son commentaire ^.
Venise était au quatorzième siècle un des foyers principaux de TAverroïsme. « On s'y moquait, dit Pétrarque, » de Moïse et de la Genèse. Serait-il possible, disaient- » ils, que Tarchitecte du monde fût resté si longtemps » les bras croisés sans rien faire? Non, le monde existe » de toute éternité... Ils avaient un grand mépris pour » Jésus-Christ, ses apôtres, les Pères de TÉglise, et » tous les adversaires d'Aristote et de son commentais teur Averroès. Les dogmes du christianisme étaient » pour eux des fables, le paradis et l'enfer des contes... » Us pensaient comme leur maître que Dieu ne se môle » pas de ce qui se passe sous la lune ^. »
Ces propos étaient moins dangereux pour leurs auteurs
1. Averroès et VAverroisme, par E. Renan, "2^ partie, ch. II, § 10, p. 304.
2. N* 133. — Second tableau à gauche en entrant dans la grande galerie.
3. Mémoire sur la vie de Pétrarque, par l'abbé De Sadd£, t. III, livre VI, p. 751-752 ; Amsterdam, 1777.
à Venise qu'en toute autre contrée. La Sérénissime République fut toujours tolérante en tout ce qui ne touchait point la raison d'État. L'incrédulité, malgré ses périls, comptait d'ailleurs d'assez nombreux adeptes dans les autres villes d'Italie et même dans le reste de la chrétienté. A Florence un astrologue du duc de Galabre, Cecco d'Ascoli, venait d'être brûlé vif par ordre de l'Inquisition (1328).
Ce personnage résume en lui le savoir encyclopédique de son temps. Il est médecin, astrologue, il pratique la magie, c'est-à-dire, selon les lumières de l'époque, la science opposée à la théologie. Le prêtre attendrit Dieu par la prière : le magicien s'approprie par la conjuration les puissances de la Nature.
11 ne faut pas s'y tromper, ces adeptes de chimériques doctrines, Tastrologie, l'alchimie, furent, quant au point de vue où ils se plaçaient, les ancêtres du savant moderne. Leurs théories, en effet, reposaient sur l'enchaînement de tous les faits de la nature et de l'histoire, depuis les plus généraux jusqu'aux plus particuliers. Reliés de l'un à l'autre dans un ordre hiérarchique de dépendance, soumis à des liens inflexibles, les phénomènes moraux ou physiques échappaient ainsi à toute direction d'une volonté divine arbitraire. Quelle était l'erreur de ces précurseurs de l'esprit moderne? La loi qui régit les astre?, n'a-t-elle aucune influence sur Thumanité? Elle en exerce une incontestable, mais indirecte, en vertu des conditions chimiques auxquelles est assu-
jettie sur ce globe l'existence des individus et des espèces végétales et animales. Mais ces conditions chimiques, nécessaires au développement de la vitalité, dépendent des conditions physiques, plus générales et moins complexes, soumises elles-mêmes aux lois mathématiques commandant aux astres. L'astrologue supprimait ces intermédiaires : il attribuait directement à l'action de ces astres, à leurs conjonctions apparentes dans le ciel, des actes, des événements qui ne subissent que de trèsloin l'influence astronomique. D'oti les étranges imaginations de ce Gecco et ses hardiesses antichrétiennes. Il affirma dans son Traite de la Sphère qu'en vertu « du cours du firmament )> le Christ vint en ce monde oîi il vécut avec ses disciples comme un fainéant (poltrone)^.
Le destin de cet astrologue ne ralentit pas l'essor de la libre-pensée. A côté de Venise, où les averroïstes scandalisaient Pétrarque, ce poète signale l'université de Padoue comme livrée aux doctrines incrédules. Pierre d'Apone, professeur de médecine et d'astronomie, se moque ouvertement de la résurrection de Lazare et des autres miracles de l'Évangile*. « Averroès, ce chien » enragé, aboie contre Jésus-Christ et contre le Chris- » tianisme^ i)
Dans ses lettres de Venise, l'amant de Laure invective
1. G. ViLLANi, Histor.y lib. X, cap. XLi. — Tiraboschi, Stor. délia letteraturaital., t V, parte I, lib. I, cap. m, § 2, p. 48, 49.