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Spinoza, ÉthiqUCf trad. Saisseij t. II, p

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l'adorent, les œuvres des liommes le reflètent. Si Dieu n'entend pas cela, il est ignorant; ingrat, s'il ne nous exauce; et toutà fait cruel, si nous, qu'il n'exauce pas, il nous force à l'invoquer chaque jour. Mais Dieu, qui est sagesse^ bonté, clarté infinie, ne peut être ingrat ou cruel. >

Ficin s'efforce ensuite d'établir Torigine surnaturelle du christianisme. Il montre une profonde connaissance des Écritures, et fonde son apologétique sur ces deux arguments que Pascal devait développer : « Les disciples » du Christ n'ont trompé personne, Discipuli Christi » nemiiiem deceperunt. Les disciples du Christ n'ont D été trompés par personne, Discipuli Christi a nemine )) fuerunt decepti. > 11 n'est pas jusqu'au mot si connu du penseur janséniste : « Je crois des témoins qui se •font égorger », qui, sous une forme moins vive, ne se trouve sous la plume de Tapologiste platonicien : a Des milliers d'hommes tant Juifs que Gentils ont » souffert une mort cruelle pour attester la gloire )) de Jésus publiquement et ignominieusement cru- » cifîé. >

En énumérant les preuves et les bienfaits de la révélation chrétienne , Marsile fait honneur à la doctrine orthodoxe d'une tolérance qui, selon lui, la distingue des fausses religions. « Elle n'ordonne pas, dit-il,

> comme le font le Talmud et le Koran, de tuer les

> ennemis de la foi, mais de les supporter avec pa- » tience, si l'on ne peut les convertir par les exhorta- » tions et le raisonnement. »

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Le génie de la Renaissance respire dans ces paroles opposées, sinon à Tesprit chrétien, du moins à la tradition des églises, depuis Augustin, interprétant à la lettre le compelle intrarey jusqu'aux pères de Constance, brûlant Jean Huss ; depuis Calvin combinant, Mélanchton approuvant Vauto-da-fé de Servet, jusqu'au pape actuel qui flétrit l'hérésie de la tolérance.

Marsile établit ensuite le vrai caractère de divinité qui, selon lui, appartient au christianisme. Ses considérations intéressent en ce qu'elles révèlent à la fois la participation de ce philosophe à Tune des erreurs scientifiques de son temps et la portée, sous un rapport, scientifique de sa conception générale.

Ficin croit à l'astrologie judiciaire. Or cette fausse science reposait sur une nature positive et véritable. L'es phénomènes vitaux dépendant des phénomènes chimiques, ceux-ci des physiques, soumis à leur tour aux lois astronomiques de la gravitation, il est évident que les astrologues ne se trompèrent qu'en supprimant les intermédiaires qui relient le terme inférieur au terme supérieur de la série. Au fond, ils devinaient l'enchaînement des phénomènes, qu'à rencontre des théologiens, qui soumettent le monde à des volontés, ils reconnaissaient gouvernés seulement par des lois.

Pic de la Mirandole, plus avancé que Marsile à cet égard, attaquait à la même époque la foi astrologique.

Ses arguments finirent même par triompher des opinions de Ficin. Dans une curieuse épître à Politien,

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notre philosophe se défend, avec un embarras d'ailleurs visible, de croire à l'influence des astres.

« Pic, nourrissoQ de Pallas, et toi, Poli tien, soldat d'Hercule, vous avez heureusement terrassé les astrologues qui, comme les Géants, s'efforcent avec autant d'impuissance que d'orgueil d'arracher le ciel à Jupiter... En ces efforts, je conspire avec vous, et, si j'ai moins de vaillance, je n'ai pas moins de décisioo... Les autres platoniciens, à la vérité^ signalent, à l'occasion, les images célestes décrites par l'astronomie, et, s'ils ne les réprouvent pas, ils ne cherchent pas non plus à les approuver. Platon rit de telles choses qu'il Juge invérifiables. Moi aussi, dans mes commentaires sur lui, je m'en ris justement, et parce que je me fie à son autorité, et parce que je n'ai par moi-même nulle raison sûre de la réalité de tels faits... Mais, dans mon livre de la Vie, où je professe la médecine, cherchant de tous côtés la vérité avec zèle, je ne méprise pas tout à fait les images et ces règles astrologiques. Si, en effet, j'estime qu'elles ne se fondent sur aucune raison certaine, pourtant, comme très-diligent dipensateur de la médecine humaine, je suis non-seulement les remèdes certains aux yeux des sages, mais encore ceux qui semblent probables à bien des gens, afin d'accumuler les secours qui, de quelque manière que ce soit, peuvent profiter à la vie...

» Mais, quant à ce que je parais dire au commencement du livre troisième, que les images disposées dans le ciel par les platoniciens plus anciens existent, je ne soutiens pas cela assurément. Cette opinion n'est pas la mienne. Les platoniciens, partisans des images célestes, l'affirment, mais ce qu'ils disent n'est rien ou est de mince valeur. Cependant l'opinion de ce^ tains platoniciens a été que l'âme du monde s'est engendré les corps célestes, et les étoiles avec le ciel, et que, au delà de cha' cune des étoiles, si toutefois il y a là des images, elle a aussi engendré des images de cette sorte. Je décris là les dispositions des signes et des images, non telles que chez les platoniciens^ mais telles que tu as pu les observer chez les astrologues ; mais

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aussi la suite du livre fait voir comment je crois aux images, soit célestes, soit faites parTart. En outre, dans le livre du Soleil, je ne suis pas tant occupé d'enseigner les choses astronomiques que par elles de pousser au Divin les moralités et les allégories. Enfin, tant dans les livres de la Vie que dans ceux du Soleil et de la lumière^ mêlant les choses poétiques aux philosophiques, j'ai par instant et, peut-être, avec plus do licence donné carrière à ma fantaisie. J'agis à l'égard de Plotin avec plus de parcimonie et de sobriété , à telle fin que je n'aie pas l'ingratitude d'oublier que les monstruosités astrologiques ont été particulièrement réfutées par notre Pic de la Mirandole. » Le vingtième jour d'août 140/i ^ »

Quel que soit TefiFort de Marsîle pour établir sur ce point l'unité de ses convictions, — à la date où nous sommes {ih7à), sa foi dans l'astrologie ne semble pas douteuse.

Mais, s'il admet cette erreur, c'est par des motifs justifiables dans l'état des connaissances à son époque. S'il n'établit point, comme Spinoza le fera plus tard, que le miracle, dérogation h l'ordre naturel ou divin, loin de prouver, nie l'action de Dieu *, — du moins, en définissant avec netteté la nature et la portée de ces faits dont il restreint le nombre si imprudemment grossi, il pose sur ses vraies bases la notion des lois naturelles.

« Il me parait, Magnanime Laurent, qu'il faut !s'opposer avec insistance à ceux qui, chaque jour^ avec autaut d'obstination que

\. Mars. Fie, Effitt., bb. XII, p. 958.

t. Voy. Spinoza, Traité théologico-politique, trad. Salssôt; Paris, 1843» t. I, ch. VI, p. U2-161.

Voy. aussi Vie de JésuSy de Strauss, trad. de M. Littré, préface du traducteur, et Strauss, passimi

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d'imprudence^ exigent de nouveaux miracles pour confirmer la foi au Christ. Si, en effet, les miracles sont rares, ils sont des prodiges; s'ils ont lieu très-fréquemment, ou ils paraissent artificiels, ou ils semblent des phénomènes naturels. Qu'il nous sufBse de savoir qae le monde» jadis, outre les miracles merveilleusement opérés et bien avérés, n'a pas été témoin de tant d'événements miraculeux et de prodiges ^ »

Cette réserve à admettre de trop fréquentes dérogations h l'ordre naturel est un regard très sagace de Ficin, indispensable garantie d'une foi un peu éclairée et solide au surnaturel. Âcôté des périls dont, à ses yeux, l'autorité du christianisme est menacée par l'imagination des colporteurs de légendes merveilleuses, si fréquents au Moyen-Age, Marsile signale un autre danger dans Texplication que les astrologues donnaient, paraît-il, aux miracles. En attribuant à l'influence des astres le cours des faits évangéliques comme de tous les autres événements de l'histoire, ils réduisaient l'existence et le développement de l'Église à un pur phénomène naturel. Mais Ficin, ici très-orthodoxe, distingue deux opérations de la Providence : — son action naturelle, soumise à des lois fixes, à un enchaînement d'influences dont l'astrologie peut prédire les phases, et l'action surnaturelle de Dieu, les coups d'état de sa grâce, que la science humaine échoue à prévoir : ils révèlent la vérité religieuse et sauvent les âmes déchues. Cette doctrine fort ingénieuse se déduit de ses considérations sur les pou-

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