‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 11 sur 95 · DE LA GRANDEUR MORALE · texte numérisé non relu

DE LA GRANDEUR MORALE

Il y a des hommes que la nature a tellement doués d’unegrandeur personnelle, qu’ils paraissent plus grands que tous les titres dont ils peuvent être décorés : il eu est d’autres qu’elle a créés si petits que rien ne peut les élever • ils sont ignobles dans la misère et ridicules dans la fortune.

11 a existé des personnages qui se sont aggrandis dans le malheur et la persécution; la haine fit plus pour eux que n’avait fait la faveur- des rois.

Celui-là est vraiment grand qui se soutient à la même élévation dans quelque condition que la fortune le place.

Le sentiment de son mérite n’est pas toujours* de l’orgueil : il est permis à celjai qui est juste envers les autres de l’être à son égard.

Se vanter trop de ses belles actions , c’est prouver qu’on se sent incapable d’en faire de plus nobles. Voilà ce qui rend quelquefois les

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héros véritables si modestes lorsqu’ils parlent d'eux.

La célébrité et la gloire sont deux choses si différentes, que rarement ceux qui poursuivent la première atteignent la seconde.

Que d’hommes dont on ne parle plus parce qu’ils ont été trop pressés qu’on en parlât!

D est des hommes dont le génie s’éteindrait dans le repos, s’ils n’avaient en vue la postérité; elle est pour eux ce que le ciel est pour les dévots, il faut bien se garder de traiter d’illusion ce qui est la source des vertus.

Le bien n’est pas étrangeràla nature humaine, comme l’a prétendu un philosophe anglais, puisque tant d’hommes le font , quoiqu’ils en soient souvent si mal récompensés.

Les grands hommes font de grandes choses, les honnêtes gens en font de bonnes pour servir de contre-poids à la perversité des méchans; c’est dans ce balancement des vertus et des vices que marche le monde moral, à l’exemple du monde physique, qui se meut à travers les deux contre-poids auxquels le créateur le soumit eu lui assignant son cours.

La position la plus afQigeante pour la vertu, c’est la vue des crimes qui triomphent de ses efforts pour en arrêter le torrent.

5a . . SOUVENIRS

Lorsipie touluii peuple , soulevé par de puissans af^itateurs , a" brisé son frein et met en péril toute la république, ce que la prudence peut faire, c’est de donner aux espi its la direction la moins funeste, et de leur abandonner ce qu’un ne peut défemlre sans courir le risque de tout perdre.

Pour l’honneur de l’homanltéil estdessacri- ' Cces que l’bistoire devrait faire ; puisque l’expérience nous a trop appris que ses leçons ne préservent pas les générations des mêmes fautes et de malheurs semblables.

Rien ne devrait être plus effrayant pour tous ceux qui courent la carrière des sciences et des beaux-arts , que l’idée de la comparaison qui se fera de leurs productions, non-seulement à* celles de leurs émules , mais encore aux chefsd’œuvres de l’antiquité.

Dans l’état naturel la supériorité de la force et de l’organisation donne à l’homme la prééminence sur ses semblables ; dans l’état civilisé, c’est la supériorité de la fortune qui lui transmet cette domination, puisqu’elle soumet à l’usage et aux caprices du riche toutes les fa cultés qui lui sont étrangères. ;

La régularité des formes extérieures, les grâces de l’esprit, la justesse des idées , le cou-

rage et même le génie influent si peu sur le bonheur de l’homme et l’exposent si souvent à de grands dangers, qu’un père raisonnable est plus alarmé que satisfait en voyant sou fds réunir toutes ces perfections qui paraissent si désirables. i

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