‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 20 sur 95 · DE LA. GUERRE · texte numérisé non relu

DE LA. GUERRE

Ce n’est pas trop changer de sujet que de parler de guerre à la suite du jeu. Lorsque Darius fut force de jouer avec Alexandre cette grande partie que le premier perdit, que de familles, que do villes, que d’états se trouvèrent enveloppés dans les chances heureusea du vainqueur!

D< puis que César et Pompée eurent joué Iq destin de Rome, combien de fois celui de l’empire du monde ne fut-il pas soumis à l’habileté ou au bonheur d’un ambitieux dont des légions furent la mise?

C’est vraiment au jeu de la guerre que peut s’appliquer le mot de lureur, puisqu'elle rend les hommes qui s’y livrent, terribles, impitoyables. et que l’amour du gain les aveugle au point de pousser la fortune , comme Charles XII, au-delà de tout espoir raisonnable : l’adversité ne les corrige point, comme on l’a vu par L’exemple de ce prince qui ne put se résoudre à jouir pabibleraent de ce que le

sort des armes lui lais -.ait , cl ne cessa d’espe'rercle rcijagner ce qu’il avait perdu qu’en perdant la vie.

Il est arrivé à des ministr. s de jouer entre eus la pui.'sanco de leur maître et la destinée de leur nation , pour se maintenir dans leur poste et donner plus d’éclat à leur emploi. Ces joueurs subalternes étaient il’auiautplus odieux qu’ils jouaient la fortune dvS aulr ’s , n’esposaient jamais la leur , et s’attribuaient une grande paît dans les gains que le hasard amenait.

Ce jeu terrible a aussi ses règles , sa science, ses coups du sort, ses principes d’honneur et de générosité. Lorsque la partie est achevée l’amitié fait place à l’animosité , et l'on ensevelit sous les dehors de la poli i esse l’intention de porter réciproquement de nouvelles atteintes à la fortune de son rival.

La raison a placé un cercle autour de l’homme ; la sagesse l’j^ Cxe , ses passions l’en écartent.

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