‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 22 sur 95 · DE LA STÉRILITÉ DES LEÇONS DE MORALE ET DE POLITIQUE · texte numérisé non relu

DE LA STÉRILITÉ DES LEÇONS DE MORALE ET DE POLITIQUE

Si quelque chose pouvait guérir les liommes de la manie de s’occuper des intérêts politiques et de chercher à lire dans l’avenir, ce serait l’inutilité bien reconnue de ce travail de l’esprit. Une destinée supérieure à la raison humaine n’ensuit pas moins son cours, elle entraîne avec elle et le moraliste , cl ses réÜexious qui se dissipent dans le vague de l’éternité.

S’ériger en précepteur des peuples et des rois, c’csladresser des paroles aux nuages qui llottent sur nos têtes et qui n’obéissent qu’aux vents et à la tempête. Quel ouvrage pourra jamais être utileau genre humain, lorsque le Télémaque est devenu stérile pour lui et a plongé son auteur dans la tristesse ?

L’ambition d’être utile aux hommes par ses écrits et scs discours est un vœu noble et généreux : mais depuis qu’on a si bien parlé , qu’on a si bien écrit, legenre humain a-t-il fait un pas de plus vers la sagesse ou la féeilit'é publique?

L’académie française décernait autrefois un

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prix à l’ouvrage qu’elle jugeait le plus utile. C’est vraisemblablement parce qu’on a pensé que ces ouvrages jugés utiles , seraient d’une grande inutilité pôur la société^ que le prixa été supprimé.

Les belles-lettres sont presque toujours dans un état ce qu’est un beau lustre dans un appartement ; s’il n’éclaire pas par ses bougies , il brille du moins par ses cristaux.

Les pensées qui s’accumulent dans la méditation^ forment quelquefois un poids qui accable l’esprit; il les jette sur le papier pour s’en soulager. •

Lorsque l’esprit court après les pensées , il n’en saisit presque toujours que de légères et de fausses; le génie seul enfante celles qui sont fortes et justes.

Commander à un homme quiest dominé par sentaient et son savoir, de ne plus écrire, c’est prescrire à un arbre plein de sève de ne pas pousser de nouvelles branches.

Par la raison que le génie met l’homme hors delà nature, il faudrait peut-être lui pardonner ce qui ne s’accorde pas avec elle.

Il ne manque aux hommes d’un vrai talent que de s’occuper plus d’eux et moins des autres;pour s’éviter des peines et des dégoûts.

Les sots savent si bien se passer des gens d’esprit ! comment les gens d’esprit ne saventils pas se passer des sots ? serait-ce parce que le feu cherche la matière?

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