‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 27 sur 95 · OU MARIAGE · texte numérisé non relu

OU MARIAGE

XjB mariage est l’afTaire de toute la vie, et ses. nœuds sont souvent forme's par la pensée ou la désir d’un instant.

On espère trouver dans le mariage la fprtune, rindépendaiice, les charmes de l’amour, et l’on ne tarde pas à s’apercevoir qu’on est moins riche, moins libre, plus indifférent qu’on ne, l’était avant cette union irréfléchie; on croyait avoir acheté le bonheur, et on n’a payé que des contradictions , des regrets et souvent le dégoût. On est entré avec pompe dans la servitude ; ai\ lieu d’une société d’affections, de confiance réciproque, on n’cn a contracté qu’une de reproches, d’eAÎgcanceetde tyrannie; on a commencé par se tromper soi-méme, et déjà on projette de se venger l’un sur l’autre de celte erreur mutuelle : on imagine n’être pas parJ.nro en cessant d’ctre fidèle à l’objet qui parait si différent de celui qui a reçu nos sermens. Pour éviter le reproche de légèreté, on s’accuse réciproquement de torts,que l’on grossit, et afin d’c*cbapper à la censure de l'opinion publique, on dégrade ce qu’on devrait honorer. On calomnie ce c[u’on devrait défendre : on n’avait

d’abord à se reprocher que des injustices et l’ou peut à présent s’accuser de violence et d’outrages, les menaces ont succédé aux plaintes, et la haine voudrait pouvoir briser les liens qu’une passion aveugle s’est trop bâtée de former .Voilà pourtant le triste spectacle que nous offre tous les jours l’acte le plus solennel de la vie humaine. Faut-il pour cela se concentrer dans le célibat, renoncer aux douceurs de l’union conjugale, se refuser aux charmes de la paternité, et s’exposer à mourir dans l’isolement ? Non sans doute.

Mais il faudrait faire entrer dans l’éducation la connaissance des devoirs et desinconvéniensdu mariage , ne pas jeter tout-à-coup une jeunesse inexpérimentée dans un état où elle est entraînée par des illusions passagères; il faudrait que la fille ingénue n’ignorât pas qu’en échappant à l’autorité paternelle, elle court le risque d’en rencontrer une qui lui paraîtra d’autant plus intolérable, qu’elle s’y était moins attendue; et qu’à la prodigalité d’un jour succédera peutêtre une économie parcimonieuse sous laquelle elle gémira pendant des années : que celui qui se présente à elle sous les dehors de la recherche et de l’élégance , aura dans son intérieur des habitudes trop familières et une négligence désagréable : que ce regard tendre et modeste

DU SPECTATEÜR FRANÇAIS. log

qui l’a séduite, étincellera de colère à la moindre résistance, qu’elle entendra proférer des injures et les grossières paroles de l’emportement par cette même bouche qui ne lui adressait que des discours si doux; que cette sauté florissante qui promettait des transports ravissants, une allégresse toujours vive, s’éteindra dans les maladies qui n’amèneront que la tristesse et l’ennui; enfin que des sollicitudes et des chagrins entreront dans cette communauté de biens et de maux qu’il faut partager ; que plus la vie se prolongera, plus elle amènera de chances déplorables; qu’après s’étre promis une existence si fortunée, on sera trop heureux que la mort en abrège le terme.

Si la nature m’eût donné un fils , je ne l’aurais pas laissé s’engager dans les liens du mariage , sans exposer à sa raison tous les devoirs et tous les dangers attachés à l’engagement qu’il allait contracter. Plus sa passion aurait été vive, plus je me serais efforcé de l’éclairer sur l’avenir. Elle est belle, elle mérite notre estime, lui . aurais-je dit, celle à laquelle tu veux unir ta destinée : mais cette beauté qui te charme, ignores-tu que le moindre accident peut la convertir en une laideur horrible ? auras-tu le courage de la supporter , d’en adoucir l’amer-

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SotfVÉNihS

tttrtw , 'ou seras-tu assez injuste pour accabler du 'poids de ton indifférence l’objet 'qui t’aura CdiiserVé^On eœur , qui n’atlacbait de prix aux agrémehs de sa 'p;^rsonne que ‘pour jouir plus loniç-temps du bonheur de te plaire ? Elle 'est riche : meis un incendie , 'tioe cakniité publique peu'vent auéarrtir sa fortune et ses espéran*- <rës ; au Heu de redoubler d’efforts et 'de tra*- Vail pour réparer vos ‘pertes mutuelles, lui feras- tu éprouver des 'privations ‘pénibles ; laisseras-tu approdher de'sa pettsée que sa dot edtrait pour beaucoup dans'tes sollicitations; et qüë , sous les apparences de'la générosité, tu cachais'uue'ânie fausse et'cupiflfe? A celte taille élégante, à cette 'légèrété qui te plaît, ne tarderoht'pas de succéder un accroissettient informe, uné tharcbe lente et pénible ,‘ünepâleur languissante, clés yeiïx presque éteints. Les fra'yeUrs d’ü rte délivrance doùloureuse'n’exigerbilt plüs'de'toi que cles soins ét'tie la pitié; il téfàudra'caicher les craintes sous Une confiance simulée. Lfe mbnient 'des douleurs arrivera, ët c’est àlbrrfque tU'soUffriras plus que celle durit lés cris Se '{feront éritendre. Hl'ais'les kirtties que tu ’répandrias'seroilt un baume Salutaire dont la viétime de la maternité se' sentira Soulagée : cetlc crise si 'péüible'pour un digne époUx se

DU SPECTATEUR FRANÇAIS. lit

renouvellera plus d’une fois et viendra tè punir de tes plus de'licieux moments : le temps des amours s’envolera sur leurs ailes, et l’estime au teint froid et glacé consolidera des nœuds que la volupté ne daignera plus resserrer. Si vous avez eu le bonheur d’échapper aux tourmens delà jalousie, aux ennuis de la satiété, audégoût des infîrtriités. Vous ne serez plus retenus à la vie que par la crainte (l’affliger l’iinpar la perte de l’autre J et la mort 'aura pour vous cela de plus affreux queVous ne mourrez pas tout entier en cessant de vivre.

C’est par de semblables leçons qu’on pourrait modérer' cette fougue de la jeunesse qui ne vit que dans le moment présent : elle ressemble à ces amans de Cléopâtre'qui sacrifiaient tout leur avenir à une nuit de volupté.

‘DE l’amitié.

'On entend tous lés jburs'éxaltér le séntiittent de l’amitié, et se plaindre de n’àvoir ‘point d’amis. L’amitié serait-elle poür nous’ ce (ju’ést la divinité qu’op loue, qu’on ad<H“é ét iqu’on he voit point?

Avant de trouver un ami, il faut' le chercher avec un cœur noble et désintéressé, il faut ne

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