DE LA SÉPULTURE
L’admiration que l’on porte aux grands liotlinics , descendus glorieusement dans la tombe, nous aide quelquefois à mourir sans re* grets. On cesse de regarder comme un malheur l’cvèilemenl qui va nous associer au sort des plus illustres pei sonhagcs.Le-guerrier éprouve quelque joie à la pensée d’aller se rédnir aux ombres des Bavard , des Duguesclin, de découvrir dans l'éloignement celles de César' et d’Annibal. C’est une idée consolante pour un orateur de pouvoir se dire : dans peu j’habiterai le même séjour que Bossuet, que Fénelon, Cochin et d’Aguesseau. Peut-être un jour placera-t-on mon nom à côté du leur?
Quel est le favori des muses qui peut se lamenter de disparaître de dessus la terre comme Racine et Lafontaine, et de pressentir que la nature l’enveloppera dans le même silence?
' Les illusions ne s’arrêtent pas à la vie de
l’homme ; c’est par elles qu’il compte l’avenir pour beaucoup, il a beau répéter ces mots :
Sa cendre froide , ses mânes insensibles.
Il attache encore quelqu’importance à la sépulture. C’était une récompense pour Turenne d’obtenir une place dans le séjour de la mort près du tombeau de Louis XIV. Pourquoi n’at-on pas imaginé plutôt de donner une sépulture distincte à tous les hommes qui ont illustré leur siècle , et de former un encouragement aux grandes vertus et au talent par l’espoir que les cendres de ceux qui ont couru la même carrière, seroient un jour réunies, confondues dans la même enceinte , et qu’une colonne funéraire offrirait leurs noms à l’œil des vivans. C’est là dirait l’un que repose le vertueux Câlinât : puissé-je mériter un jour d’être placé à côté de lui! Un autre s’écrierait: c’est là que le - modeste Rollin a laissé sa dépouille mortelle; puisse la terre qui la couvre me recevoir près de lui et être arrosée des larmes de la jeunesse ! Pourquoi , nous emparant des belles traditions de l’antiquité , ne ravirait -on pas à une destruction lente et hideuse ces déplorables restes de la valeur et du savoir ? pourquoi des urnes ne seraient-elles pas destinées à recevoir leurs cendres après que des bûchers odorans au-
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raient restitué aux éléoiens divers , les formes matérielles sous lesquelles le génie nous aurait éclairés ?