DES JUIFS
' 11 existe parmi toutes les nations de l’univers des débris d’un peuple qui se crut long-temps ie seul privilégié, le seul chéri de Dieu : cette illusion n’est point encore effacée de son esprit. Il se relève de son humiliation par l’idée qu’il fut un enfant indocile qu’une colère divine et paternelle châtie , mais conserve pour le réintégrer dans son amour lorsque la vengeance céleste sera appaisée par des opprobres et de longues souffrances, alors un grand libérateur appellera d’une voix tonnante ces membres épars sur tous les points de la terre, et les réunira en un corps de nation, qui dominera toutes les autres et prouvera qu’elle est véritablement la fille chérie du Très-Haut. Telle est la chimère dont se bercent depuis près de vingt siècles , de misérables fugitifs de cette sainte cité qui n’offre plus à yœil du voyageur que des ruines et un sépulci e révéré. Le temps est-il venu de dissiper une erreur qui rend des hommes étrangers aux autres hommes , qui les
livre à üne vie errante , qni les assimile à des cosmopolites qui logeraient sous des tentes jusqu’à ce qo’un établissement magnifique confor» me à leurs espérances leur fût offert par une puissance hospitalière?
Ce généreux projet a été conçu par un prince dont l’âme élevée planait au-dessus de tous les préjugés ;ini^is combien* l’ignorance n’opposerait-elle pas d’qbstacles à son exécution. Peux religions qui s’étendent sur. la face du globe sont sorties du judaïsme , et par l’effet d’une haine qui semble contraire aux lois de la nature , ces deux filles divisées d’opinions s’accordent néanmoins pour avilir, pour dégrader leur mère : le respect qu’elles potrtent au chef des patriarches ne peut* point atténuer leur: horreur pour ses descendans ; elles maudissent sa postérité, elles l’abreuvent de mépris : com-r ment opérer une réGoqeiUation sincère entre ces deux superbes ennemies et les tristes objets d’une haine trop prolongée ? Persuadera-twm à l’une d’elles que la vengeance céleste est enfin appaisée pour un crime invofontaire; que le moment du pardon est Sirrivé, 4t que Qéux qu jouissent du bienfait d’un grand sacr<ilfice,. nOj. doivent plusvoÂr dans le peuple qui en- fut l’insu-ument, l’ennenû du genre Immain ; qu’il faut
le plaindre d’une erreur nécessaire à l’accomplissement des décrets de la divinité?
Si l’on parvenait à opérer une semblable révolution dans la pensée du zélé défenseur de la foi , il faudrait en produire une dans l’opi- ' nion et les habitudes de la nation avilie. Gomment lui persuader qu’elle n’avait pîs plus de titres que toutes les autres à l’affection particulière du père commun des hommes ; qu’elle ne les a surpassées ni par ses qualités, ni par sa docilité aux règles de la sagesse , ni par ses lumières J que s’il a été opéré quelques prodiges en sa faveur , il n’y a pas un seul peuple qui ne puisse aussi se glorifier de plusieurs signes d’une protection réelle ; que si les prospérités «t les victoires étaient des preuves de prédilection , les empires où les vaincus dispersés sont venus se réfugier depuis leur grande infortune pourraient à plus «juste titre se vanter de ce noble avantage ? • - ^
En supposant que, par la seule force de ce raisonnement, on parvînt à détacher de ses erreurs celte rac« encore fière de son origine , il resterait à lui donner un nouvel essor dans ses idées politiques et morales. Parmi iceux qui la constituent il s’est rencontré quelques individus adonnés aux sciences et aux professions li-
DU spectateur français. 1‘47 térales .-mais que le noinbre en est petit en comparaison de ceux qui n’existent que d’un trafic honteux y d’une usure ténébreuse,, qui croupissent dans l’ignorance, qui ne montrent d’adresse que pour le larcin dont ils sont les auteurs ou les complices ! ^
Voilà cependant, la masse qu’il aurait fallu purifier avant de l’incorporer à la nation qui voulait bien recevoir ce nouvel alliage. N’estce pas nous abuser que, d’espérer 4e réussir dans une, semblable entreprise? ]\Iais plus les difficultés sont grandes , plus il faut redoubler d’efforts pour en triompher.
1j oxperipnce nous a trop appns que la persécution endurcit les hommeSf^d^ns.l’erpeur, que les bûchers consumentles ^orps sans éclai* rer les esprits.,, que les cœurs s’amollissept pas la reconnaissa-nee et les bienf^ts ; si donc nous voulons le salut elle bonheur des juifs ne com^ mençonspas par les blesser, dans leurs , affections : choisissons parmi eux les plus éclairés, ceux qui se sont concilié leur estime et; leur confiance, et après les avoir revêtus d’un caractère imposant, formons-en des professeurs de morale: que les synagogues soient changées eq lycees judaïques. La langue française sera la seule dont on indiquera les règles et les prin-
SOtn'EKIRS
cipes; les hymnes de' reconnaissance à Vaù-' gusle régénérateur des juifs et d’adoration pour ]a divinité, seront les sujets sur lesquels le talent et l’esprit s’exerceront et que la religion consacrera.
DES ÉLECTIONS : , MOYEN DE LES RENDllE MOINS OKAGEUSES.
* On peut vivre long-temps dans le grand monde sans connaître les hommes, parce qu’ils /y montrent tous sous les dehors de la politesse et de la franchise. Voulez-vous les apprécier à leur juste valeur , transporte» vous dans une diète nationale telle qu’il s’en formait eii Pologne, dans on conclave, dans un chapitre assemblé pour la nomination de quelque dignitaire, dans’un collège électoral;' c’est' là que vous verrez le cœur des hommes à découvert ; que vous reconnaîtrez les motifs qtu les font agir; que vous distinguerez leurs passions individuelles; que vdüs jugerez de l’asèendantque prennent sur eux l’intrigue et l’ambition; vous demeurerez alors bien convaincu que les hom-< mes n’accordent aux autres que ce qu’ils ne t peuvent retenir poiir eux ; qu’ils sont tous dans un aveuglement complet sur leur mérite per-
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sonnel et qu’à moins que le savoir modeste n’ait de z.élés protecteurs, il doit s’attendre à l’indifférence et à l’oubli dès dociles instrumens d’une pobtique astucieuse ou d’un aveu* gle enthousiasme.
Si les élections se faisaient par le sort, que de bassesses, que^ de sollicitations honteuses ce régleoient épargnerait aux hommes! Ne laissez aux grands emplois que l’honneur et la charge de les bien remplir; la foule des concurrens sera bientôt éclaircie et le respect s’attachera à ceux qui les auront obtenus ; loin de porter envie à leur élévation, on. leur saura gré de leur zèle ; la malignité ne réussira point à leur enlever cette estime publique dont elle est rarement jalouse. ^
Le .journalier travaille pour de l’argent ; le militaire affronte la mort pour la gloire; le mis.sionnaire publie la vérité pour conquérirle ciel; mais le magistrat doit avoir pour princi'»* pal objet de faire triompher la justice et d’assurer l’ordre public. ' ■ , •