DES SÉPULTURES
L’antiquité mettait de la grandeur jusque dans la destruction des personnages illustres. Elle nous présente Hercule dressant lui-même son bûcher et livrant ses robustes membres »
l’activité des ûammes qui les dévorent et élèvent son âme jusqu’aux demeures célestes. La reine de Carthage ne veut pas que ses charmes dédaignés par un infidèle, deviennent la proie des vers ; elle s’étend , parée comme une victime , sur des bois odorans qu’elle a rassemblés de ses mains, et s’entretient encore avec Sa sœur de ses regrets et de sa douleur , jusqu’au moment où un nuage parfumé vient étouffer sa voix.
Si quelque chose pouvait adoucir le sentiment de l’injustice et de la cruauté, ce serait l’image vraiment dramatique que nous a présentée un poète de nos jours. Après avoir peint le supplice des Templiers et la résignation héroïque de ces religieux , qui adressaient de leurs bûchers des hj'mnes à l’Eternel, il honore la mémoire de Pbilippe-le-Bel en animant ce
prifjce «l’un sentiment de pitié : mais , dit le poète , lorsque tu grâce arriva , ils ne chantaient plus.
La mort n’aurait rien d’e(rra yanl, si elle n’offrait que l’image du repos et de rinsensibilité : mais cette décomposition lente et hideuse d’un corps privé du mouvement et de la vie; mais cette couche humide et froide où l’on dépose des restes inanimés et que l’on abandonne isolément à l’insecte destructeur ; mais la vue de ces ossemens informes rejetés du sein de la terre et souvent brojés sous la dent des animaux ; voilà ce qui contriste quelquefois ma pensée et me fait regretter «jue l’homme ne périsse pas tout entier dans cet élément qui le rendrait rapidement à ceux dont il fait partie.
L’urne dans laquelle sont réunies des cendres me semble avoir quelque chose de plus auguste et «le plus solennel qu’une tombe foulée par le pied du voyageur : on n’a point à craindre qu’un spoliatenr profane viole le dernier asile des morts , ou qu’une haine impie achève de dégrader la dignité de l’homme.
ptr SPECTATEUR FRANÇAIS. I77