‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 39 sur 95 · DE LA VIE OISIVE · texte numérisé non relu

DE LA VIE OISIVE

Il n’est pas bien certain que tel homme que l’on réduirait à l’inaction , ne fût pas plus malheureux qu’un autre qui serait assujéti à un travail continuel.

Il y a des hommes qui ont besoin de l’admiration publique : celle de leurs contemporains ne leur suifit pas ; il veulent encore que la postérité leur accorde la sienne.

Ijcnqu’on réfléchit sur la vie laborieuse de Cicéron, de Pline le naturaliste, de Voltaire, de BufTon, on conçoit qu'il est dans l’espèce humaine des individus or;,'anisés pour le travail de l’esprit, comme l’abeille pour composer du miel, comme l’insecte qui fournit de la soie.

Après l’un des ministres de nos anciens rois, sans cesse occupé de se soutenir en faveur, de répondre aux sollicitations dont il était accablé, d’appaiscr les méconteus, de multiplier ses partisans , de subvenir aux^embarras de son ministère , d’aplanir par l’intrigue et la dissimulation les obstacles que le crédit ou la ruse opposait à ses volontés, il n’y avait pas d’homme plus malheureux que celui qui passait tout- à- coup de cette éclatante activité -à

un calme parfait, auquel on accordait la liberté de se retirer dans une de ses terres, d’y consommer une forte pension , de rendre heureux ses vassaux , de ne s’occuper que du bonheur de sa famille , et d’étre à l’abri de tous les traits de la méchanceté et de l’envie.

SE l’empire de l’homme sur son semblable.

L’homme a , dans le genre aniipal , cela de particulier, qu’il est sujet à devenir le serviteur et l’esclave de son semblable. Ce n’était pas assez pour lui d’imposer le joug au bœuf docile , de dompter par le frein l’impétuosité du coursier, de transformer le chien sauvage en un gardien fidèle, en chasseur intelligent et désintéressé ; il a réduit l’homme indigent et malheureux à devenir l’instrument de ses volontés; il a exercé son empire sur celui meme qui était plus fort que lui ; il a dit à l’homme robuste : tu feras pour moi ce que je ne veux ou ne peux pas faire ; je ne t’appellerai pas une béte dénommé, mais* un homme de peine ; tu te sépareras de la lumière et tu t’enfonceras dans les mines , tu te plongeras dans des égouts fangeux, tu exposeras ta vie pour défendre la mienne; tu plieras sous le poids des fardeaux que je t’imposerai, et en rece-

Tant le salaire que j’accorderai à ton zèle tu m’appelleras ion bon maitre.ViaL dit àl’homme dans lequel il a reconnu de l’intelligence et du talent : tu consacreras à itaon amusement y à mes goûts , à mon intérêt, les dons précieux que tu as reçus , et , pour te prouver que je ne te confonds pas avec l’ignorant mercenaire, je décoretai ta récompense des mots de traitement y à! honoraires y de pensiotty et, sans > jamais t’élever jusqu’à moi , je te permettrai de te croire supérieur aux autres.

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