DANGER DES ILLUSIONS
L’homme le plus embarrassé de son existence, est celui qui , après avoir abusé de son pouvoir, perd tout-à-coup les faveurs qu’il tenait de la fortune : il croit voir tout le monde jouir de son humiliation; on ne lui sait pas même gré du bien qui s’est opéré par ses ordres, parce qu’il l’a fait sans justice et sans discernement.
U n’y a si chétif sujet, lors même qu’il est célibataire, qui n’ait une domination à exercer, ne fût-ce que sur ses sens et sur ses passions. Calmer ses vengeances, étouffer ses haines, modérer son ambition, maîtriser son
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amour, repnmer ses appétits, comprimer le sentiment de l’envie, voilà la souveraineté dont le sajje est le plus jaloux , et dans laquelle lés stoïciens plaçaient tout leur orgueil.
Les hommes, pour peu qu’ils aient d’imagination, sont entraînés par une illusion dominante. Celui dont le cœur est leudre et sensible , se couiplait dans l’idée d’une créature chimérique qui répond à ses affections, ■ celui qui n’est que voluptueux , s’environne d’objets plus lascifs, et passe d’images obscènes à des réalités aussi dépravées. L’ambitieux ne rêve que grandeurs, et se porte par la pensée au faîte de la gloire et de l’opulence. L’avare grossit ses trésors de tous les événemens fortuits qui pourraient accroître sa fortune. Le triomphe de la raison est de bannir ces illusions favorites, et de leur faire succéder des vérités sur lesquelles la sagesse puisse se reposer.
On s’écrie souvent, en voyant tm j)ersonnJ^ge porté tout-à-coup à une fortune éclatante : comme il a fait son chemin! C’est" bien dommage que ce chemin, ainsi que les sentiers obscurs et solitaires , mènent au dernier terme de la faveur et de la misère. •
. Lorsqu’on pense que l’attrait des cités épuise les campagnes, que la débauche dépeuple les.
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villes, on a peine à concevoir que les grands empires puissent iàire face, pendant des siècles, aux disettes, aux maladies contagieuses, aux suicides, aux émigrations et aux guerres les plus sanglantes. Tandis que de bons philanthropes ont la simplicité de faire des vœux ' pour garantir l’enfance d’un funeste abandon , pour extirper le célibat et accroître la population, de froids calculateurs prétendent que , pour balancer l’espèce bumaine avec ses subsistances, il faut arrêter sa progression, et que les calamités qui pleûvent sur elle, sont les effets d’une puissance conservatrice. C’est par de semblables raisonnemens que l’égoïste repousse toute affection douce, et se dispense de compatir aux maux qui ne le touchent pas.
DE LA RELIGIOtr ET DE SES EFFETS.
Un auteur célèbre a dit : si Dieu ri existait pas , il faudrait Vinventer.
Que pouvait-on inventer de plus favorable a riiumanité , qu’une religion qui transforme la misère en richesses , qui convertit les privations en jouissances , les liumiliations en grandeur, les douleurs en épreuves salutaires , et fait trouver la véritable vie dans la mort?
De quoi l’esprit de l’homme ne peut-il pas
abuser ? puisqu’il a fait servir à la persécution cette parabole de l’évangile , où le maître d’un grand festin recommande à ses serviteurs d’inviter les passans à venir prendre leur part du repas qu’il a fait préparer. Pres~ sez-lcs, contraignez-les d’entrer , leur dit ce généreux maître. Mais qu’il j a loin de cette invitation pressante, à la violence et à la fureur du fanatique, qui place entre les chaînes, le banissement et le bûcher , ou la soumission à sa volonté tyrannique , le paisible voyageur !
Pourrait-on le croire, si l’histoire ne le confirmait de toute son autorité , que le conseiller Dubôurg fut condamné à être étranglé et brûlé, pour avoir osé dire, en présence du roi, et dans le sanctuaire des lois, que c’était s’éloigner de l’esprit de l’évangile, que de condamner à la mort et aux flammes, des hommes auxquels on n’avaitâ reprocher que des opinions différentes sur un des mystères de la foi.
• L’on a proposé plus d’une fois , pour sujet d’un prix d’éloquence , de prouver la prééminence d’un siècle sur l’autre, Je voudrais.qu’on s’attachât seulement a faire remarquer qu’il n’y a pas un siècle, pas une période de l’histoire , qui n’ait à rougir de ses erreurs et de ses fautes, et que ce qu’il plaît d’appeler les siècles de
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lumière , sont plus ceux du raisonnement que ' ceux de la raison. *