DES FEM.MES
Un des signes les plus remarquables de l’impertinence et de la fatuité , c’est le jugement dans lequel de jeunes étourdis affectent d’envelopper indistinctement toutes les femmes :
quoiqu’il en existe beaucoup dont on ne peut penser trop de bien, et plusieurs qui ne méritent pas qu’on en parle.
Uÿ femme semble faite , par sa nature , pour créer, pour conserver, pour protéger; elle attire par la douceur de sa voix, et rassure par ses caresses. Il ne lui sied pas de poursuivre , elle a plus de grâce dans sa fuite ; elle ne secourt pas toujours dans le danger, mais elle en avertit: sa prudence vaut de la force. La pudeur est pour elle tout à -la -fois une nécessité et une vertu ; elle est forcée d’étre chaste , sous peine de cesser de plaire ; lorsqu’elle n’est plus belle, elle a encore la ressource de rester bonne. Si l’on a oublié ce qu’elle fut , l’on voit avec plaisir ce qu’elle est ; ce qii’ellea perdu en admiration, elle le retrouve en respect.
DE l'homme.
L’homme à peine, est-il né , qu’il semble en-
ig4 aoBVENt&s
trer 4^n$Iesystèiqede destruction, Le premier usage qu’il lait de ses forces, est, de l)oule\erper, d’exterminer, d’ane'antir tout ce qui est soumis à sa faiblesse : il est le fléau de tous les êtres vivans qu’il peut atteindre nu saisir; la pitié n’approche point de son cœur. A mesure qu’il gi’andit , il multiplie ses attaques ; il est fier de la terreur qu’il inspire , et se gldriCe du nombre de ses victimes. Chasseur ardent , l’épaisseur des forêts ne met point l’animal paisible à l’abri de ses coups ; il atteint de ses flèches l’oiseau qui parcourt les airs ; il Saisit par adresse et par force l’habitant des eaux ; il appelle à son secours et le fer et le feu , pour accroître ses dommages. Lorsqu’il ne donne point la mort pour ses besoins, il la donne pour son plai.sir. Voilà pourtant l’être qu’il a fallu adoucir, civiliser, rendre capable des plus grands sacrifices, pour le mettre en harmonie dans Ja société , et l’asservir au joug des lois. Tel fut le prodige qu’opéra sur l’homme la sagesse des premiers législateurs. Mais qu’il y a loin de cette résignation pî^ssive , à celte sublime philosophie des Stoïciens, qui fait planer l’ame au-dessus des sens , la détache de toute pensée materielle, et la porte à se complaire dans rindépendançç de, sa anhUnw intelligence! %
DU SPECTATEUR ERANÇAlS. igS
C’est un spectacle bien étonnant pour le phi« losophe, que ce balancement de création et de mort, qui existe dans le règne animal et le règne végétal ; on dirait que la mort sort de la vie, et que la vie sort de la mort.
Quipeutse défendre d’un-sentimcnt de pitié, lorsqu’il voit un vieillard s’agiter, se tourmenter, non pour être rendu à la force et à la grâce de la jeunesse , mais pour devenir plus vieux , et arriver au dernier terme de la décrépitude?
Le commencement et la fin d’une longue vio présentent tant de dégoûts et d’infirmités, que si le milieu n’en était pas heureux , n’en était pas annobli par la raison, et embelli par les affections du cœur, ce serait le plus funeste présent que la nature eût pu nous faire.
Si l’homme fût demeuré dans l’état sauvage, il n’est pas bien certain qu’aux yeux d’un tribunal impartial, il eût obtenu la prééminence sur tous les animaux. Le castor la lui aurait disputée , par la solidité des digues qu’il oppose aux fleuves, par l’art avec lequel il se ménage des abris contre ses ennemis , par l’accord qui règne entre les ouvriers de la meme espèce.
L’éléphant eût fait valoir en sa laveur son intelligence , l’usage qu’il fait de sa force , et la chasteté qui voile ses amours ; il eût , de sa
trompe, écarté son rival téméraire. Le lion lui aurait prouvé qu’il le surpasse en agilité, en courage , en générosité , qu’il fait fuir devant lui tout ce qui respire. Mais du moment, où les hommes réunis élevèrent un temple à l’Eterncl, lui adressèrent des hymnes d’amour et de reconnaissance , calculèrent les révolutions des astres, divisèrent le temps, et marquèrent, par des signes certains , les traces dé son passage : lorsque, par le travail et l’industrie, ils contraignirent la terre de centupler ses dons, et d’adoucir l’âpreté de ses fruits , lorsqu’ils furent parvenus à dompter les métaux , et à leur faire prendre les formes qu’ils voulurent ; lorsqu’ils eurent embelli leurs cités d’édifices commodes, et forcé les fleuves à détourner leur cours pour leur servir de barrières et fertiliser leurs campagnes , ils purent produire les titres d’une supériorité incontestable. Les animaux, contraints de s’éloigner , sous peine de mort ou d’esclavage , s’humilièrent devant une intelligence si relevée. Il fut permis à l’homme de ne reconnaître que la divinité au-dessus de son espèce. Mais pour pouvoir se maintenir dans cette superbe pensée , qu’il se garde de laisser approcher de son être ces passions basses , ces habitudes honteuses, ces goûts dépravés, cette
indifférence stupide pourles créations sublimes elles découvertes du génie J parce qu’il courrait le risque défaire remettre en question ce que les talens et les vertus de ses ancêtres ont décidé.
Si, par une de ces catastrophes qui ont peut-être ébranlé le monde plus de mille fois depuis sa création , les trois quarts et demi des individus qui se glorifient d’appartenir à la nation la plus éclairée, se trouvaient tout-àcoup séparés de l’Europe et formaient une peuplade inaccessible aux autres nations, combien d’années ne s'écouleraient-elles pas avant qu’ils sussent produire rien de comparable au moindre de nos chefs-d’œuvre? Leurs artistes ne seraient que de grossiers artisans ; pas un d’eux ne saurait donner à la construction d’un navire ses justes dimensions, encore moins le diriger sur l’immensité des mers ; ces sciences qu’ils avaient méconnues ou dédaignées, resteraient ensevelies dans une ignorance générale, et ce ne serait qu’à l’aide de faibles réminiscences que l’on conserverait encore quelque temps l’idée des créations du génie. D’après cette vérité , ne devrait-on pas plus d’égards pour ceux qui entretiennent parmi nous la précieuse lumière qui éclaire
rhumanilé et la préserve de retomber dans
son antique barbarie.
Lorsque )e vois un homme que ses talens ou sa célébrité rendaient digne d’étre porté i une place éminente , gémir d’être fixé d^ns un emploi subalterne, je suis tenté de le comparer à un robuste mercenaire qui se plaindrait de la légèreté de son fardeau. Ne vaut-il pas mieux se montrer supérieur à sa charge que d’en paraître accablé ?
Pourquoi faut -il que nos affeclioDs, nos hommages, nos assiduités, soient presque toujours dirigés par notre intérêt personnel , et presque jamais par un goût éclairé.
Tel homme qui a des manières afifables , un esprit enjoué, une douce égalité d’humeurs , et le jugement oimé , ne voit personne venir partager le charme de ses entretiens : il est vrai qu’il habite un petit réduit, qu’il ne peut offrir sa table , ses services , son crédit , qu’on ne peut pas tirer vanité dans le monde de sa liaison avec lui.
Cette femme, à laquelle on est si jaloux, de plaire, dont on trouve le sourire si fin et 'le silence si éloquent, combien elle perdrait si toutes ses qualités incomparables ne brillaient
Dü SPECTATEUR FRANÇAIS. ig9
que dans un appartement modeste; si une humble servante était substituée à sa livrée nombreuse, si l’on ne voyait jamais attiver chez elle ni ministres ni prélats, si d’étinefelantes parures n’ornaient pâs sà personfie, enfin si Fon était assuré de ne jamais exciter l’eip* vie en paraissant s’étre concilié sa fiiveur !
Que les efiurts des monarques , des potentats, pour briller sur la terre et éblouir les humain^ , sont petits en comparaison. dds prodiges qui attestent la puissance du souverain de l’univers! Que sont toutes les richesses de leurs chars et la magnificence de leurs coursiers devant la marche solennelle de l’astre dn jour qui annonce son retour par deS torrens de lumière t tous les diamans dont la pompe royale emprunte l’éclat, peuvent- ils être oora^ parés à ces feux -étincelans dont l’œil de l'homme peut à peine soutenir la clarté? La preuve que tout l’orgueil de la terre n’ose lutter ni de magnificence ni d’éclat avec ce prodige de la grandeur divine, c’est- qu’il attend qu’il se soit plongé dans les ombres de là nuit, pour fiiire briller des feux qui n’en sont qu’une faible image.
aoo SOUVENIRS
DES SPECTACLES VRAIMENT DIGNES DE l’hOMME.
Que les hommes avides de grands spectacFes se transportent à Naples, en Sicile ^ c’est là qu’ils verront des torrens de flammes s’élever du sein de la terre et menacer d’embrâser le firmament^ qu'ils s’avancent seulement sur un des rivages de la mer, et quede là ils contemplent la puissance d’uue tempête qui soulève les flots çt les fait retomber en écume ^ans les goufl'res de l’océan ; qu’ils s’enfoncent dans ces grottes des Hébrides qui semblent tapissées de pierreries étincelantes ,• qu’ils élèvent leurs yeux vers le ciel dans le moment où le grand signe d’alliance se développe comme une ceinture resplendissante des plus vives couleurs S qu'ils considèrent du sommet des Alpes , et les énormes glaciers , et la rapidité des torrens , et les pyramides de neige , et les divers reflets de lumière sur les masses qu’elles éclairent, et tous les contrastes de stérilité et de végétation : alors ils sentiront s’il est au pouvoir de la faiblesse humaine de faire éprouver de semblables émotions et. de pénétrer l’âme d’un égal sentiment d’effroi ou d’admiration.
Les spectacles , dont l’opulence éblouit nos regards, sont fugitifs et s’évaporent en fumée ;
DU SPECTATEUR FBANÇAIS. 201
ceux que nous donne la nature sont constans; ils ne lui coûtent point d’efforts, elle les varie avec les saisons , elle en laisse l’accès libre à tous ceux qui sont curieux d’en jouir, et n’exige d’eux que de ne pas se refuser au sentiment qu’elle leur inspire.
DES ÉGAREHENS DE l’amBITION ET DE l’ ESPRIT.
Il ne manque souvent aux hommes pour exceller dans leurs professions et en remplir tous les devoirs, que de ne pas en ambitionner «ne autre. Mais l’avocat veut être juge , le juge aspire à siéger dans une cour supérieure , et, s’il y parvient , ses désirs le .portent au sénat ou au ministère. Le baron veut être comte ; celui-ci serait flatté d’être duc ; le duc gémit quelquefois de n’être pas prince. Mais s’élevâtil jusqu’au trône , seraiMl plus grand , plus puissant que ne le fut l’empereur Marc-Aurèle, qui trouvait encore au-dessus de lui le sage Epictète, parce qu’il s’était rendu le maître de lui-même, et que, sans daigner s’apercevoir de sa triste condition dans l’ordre social, il . ne voulait dépendre que de la nature et de« dieux?
11 est honteux à l’homme de manquer de
, ;i;]zyy by GoOglc
courage ; mais il faut s’entendre sur ce mot de courage. 11 en est de plus d’une sorte. Celui qui brave une injustice, une offense pour faire triompher la vérité, est souvent animé d’un courage plus éclairé que le guerrier qui se précipite devant un bataillon hérissé de lances ; le silence d’un sage qui repousse une injure parle mépris, et réserve sa force pour lutter contre une grande adversité, est bien au-dessus de ce délire homicide qui multiplie les chances de la mort, pour se créer une renommée de bra^ voure.
Certains esprits tiennent tellement, soit par vanité, soit par intérêt, a leurs opinions, qu’il est plus prudent de composer avec elles , que de les combattre. J’ai vu à ce sujet , dans un ancien manuscrit , un petit conte , dont je n’ai conservé qu’un souvenir imparfait :
DU DANGER DÊ HÉVÉtER TOUJOURS LA VÉRITÉ AUX HOMMES.
Deux hommes se disputaient sur la couleur d’un fantôme qu’ils disaient leur avoir apparu. X’un prétendait qu’il était revêtu d’une longue robe verte, l’autre soutenait qu’elle était bleue: ils mirent tant d’aigreur dans leur dispute.
Dü SPECTATEUR FRANÇAIS. 20Î
qu’ils enviurent aux injures, aux menaces, puis aux coups. Un voyageur, qui avait quelque lueur de philosophie, fut ému de compasÿon en voyant ces deux lutteurs ensanglantés; il s’approcha d’eux pour les séparer, en leur demandant la cause de leur querelle. Ceux-ci suspendirent leur combat ; et loi rendirent compte de leur animosité. Je suis bien étonné, leur dit-il, que vous von&disputiez sur la eon-. leur d’un fantôme; il n’en exista jamais. A ce propos , les deux adversaires , indigné de cette assertion, dirigèrent contre lui leur fureur , et achevèrent d’épuiser leurs forces sur ce juge indiscret. Il allait succomber, lorsqu’un autre plus sage survint, et reprocha avec véhémence aux deux assaillans leur férocité. Devenus plus paisibles, ils lui exposèrent le motif dé leur> colère. Âpres les avoir écoulés froidement:
Vous avez, leur répliqua-t-il, eu tort de voua irriter l’un contre l’autre : le fantôme que vous avez vu avait , suivant toute apparence , une> robe d’une étoffe de couleur ttiélat^ée,’ qui , dans scs ondulatiobtf, a. frappé diversement votre vue, et voilà la seule cause de votre différencé dlopinions. Satis&its de cette explica- ' lion , les deux premiers s’éloignèrent : le troi-
SOTJVENIRS I
sième se releva , à l’aide du secours que lui porta le prudent conciliateur. Tandis qu’il le soutenait dans sa marche chancelante : De quoi , lui dit-il, vous êtes-vous avisé? Ignorez-, vous donc que la vérité ne luit pas pour tous les hommes? Est-ce par elle qu’on calme les esprits entichés de l’erreur? c’est au contraire en feignant de l’adopter , qu’on parvient à les adoucir , et à se préserver de leur fureur.
A l’impatience que la plupart des hommes manifestent pour les plus légères contrariétés , on serait tenté de croire qu’ils sont habitués à voir tous les événeme^s tourner au gré de leurs désirs.
U faut être enfant, ou sans expérience, pour s’affliger d’une espérance déçue, d’une calomnie, d’une banqueroute, d’une inCrmité que l’âge amene. Lorsqu’on ne sait pas supporter la vie avec toutes ses chances , il faut savoir mourir.
Le trop célèbre Mirabeau , menacé d’une cécité prochaine, s’exercait dans sa prison à écrire les yeux fermés. C’était vouloir perdre le moins possible, en perdalit'la lumière.
C’est faute d’avoir prévu le malheur et la di- • sette, qu’on se trouve sans provisions lors(|'ue ces fléaux nous surviennent.
DU SPECTATEUR FRANÇAIS. ao5
Le découragement est une faiblesse de l’ame.
Il doit rester toujours assez de force pour céder à la nécessité, sans paraître y succomber.
On étourdit les autres par l’expression d’une joie trop éclatante; on les fatigue par le récit de sa douleur. Excellente raison pour concentrer ses affections personnelles, et ne jamais parler de soi qu’à un autre soi-méme.
Il n’appartient qu’à ceux qui ont paru s’élever au-dessus de leurs semblables , de s’en rapprocher par l’aveu de quelque faiblesse ignorée.
Il y a une sorte d’orgueil à révéler quelquefois ses fautes; il semble qu’on veuille apprendre qu’on appartient encore à l’humanité^
Les larmes d’un héros, la tristesse d’un sage comme Fénélon, la familiarité domestique d’un Turenne, peuvent paraître sublimes dans leur simplicité; mais il fautqu’elles nous soient transmises par l’impartialité de l’histoire. Montaigne est peut-être le seul homme qui, en disant beaucoup de mal de soi , nous en a fait penser plus de bien.
Rousseau est mort sans avoir obtenu du public l’absolution des fautes dont il lui a fait indiscrètement l’aveu.
Il y a des égoïstes qui , ne pouvant se faire écouter, s’efforcent de se faire lire. En prenant
so6
ce parti , ils se rendent moins importuns , et fournissent à la politesse un moyen bien simple de les condamner au silence.
DE l’influence DE l’ÉDUCATION DOMESTIQUE.
Les cnfans n’ont pas toujours les vertus de leurs pères; mais il est bien rare qu’ils n’en ayenl pas les vices. Aussi le sage Marc-Aurèle remerciait-il les dieux de l’avoir fait naître d’un père vertueux, et d’avoir environné sa jeunesse de bons instituteurs.
Une des chances les plus heureuses de la vie, c’est de croître et de s’tdevcr au sein d’une famille qui nous mette à l’abri des préceptes dangereux et des mauvais exemples. Qu’il est à plaindre, l’enfant du pauvre, qu’un père dépravé, qu’une mère indigente poussent au vol et à la. mendicité , qui est accueilli dans leur chaumière , lorsqu’il y porte le bois qu’il a . 'dérobé, le gibier tombé dans ses lacs, qui en- Icncl maudire le riche, etvantcr la ruse comme une preuve d’intelligence ! Combien l’homme qui a le plus d’iionneùr, doit peu s’enorgueillir de la noblesse de ses pensées , lorsqu’il vient à réfléchir que s’il eut reçu le jour d’un homme assez pervers pour l’abandonner à la contagion
des mauvais exemples, il eût été eutrainé dans la fange du vice, et que nul sentiment généreux ne se serait appi oché de son coeur !
Je suis toujours prêt à m’kumiiier devant le mercenaire qui, sans éducation, sans motif de crainte, demeure attaché aux principes delà probité. Je me dis alors, avec un sentiment de joie : L’homme peut donc être bon par sa na»
ture, et se trouver juste avecla seule inspiration de sa conscience.
Une vérité bien triste à publier, c’est que le meilleur préservatif contre les conseil^ dangereux et les exemples domestiques, est la connaissance du Code pénal. C’est avec elle que l’enfant peut lutter avec le pouvoir paternel. 11 y puise des forces pour résister au despotisme du crime. Le fiU dit k son père : Je n’enlèverai point, quoique vous me l’ordonniez, la récolte d’un voisin , parce que la loi nous piftiirait tous deux, si j’obéissais à vos ordres. Je ne tirerai pas vengeance de l’oâense qui vousa été faite, parce que c’est à U justice seule qu’il appartient de nous venger. Je n’irai pas dévaster les bois qui sont la propriété d'un autre , parce que j’aime encore mieux mourir de froid que de honte. Je ne m’exposerai point au danger d’étre saisi comme un vil braconnier, parce qu’une
amende et une captivité qui nous flétrirait, imprimeraientsurnousla tache des vagabonds.
Disposez de mes forces pour partager votre travail , pour accroître votre salaire , et n’exigez pas qu’elles deviennent les instrumens du vol. Votre fils se fera toujours un devoir d’être le compagnon , l’associé de son père , mais il ne consentira jamais à devenir son complice; son sang est à vous , mais, son honneur, est à lui seul. TeLestle degré d’instruction auquel le plus ignorant instituteur peut élever de jeunes villageois , et c’en serait assez pour épargner à la justice la douleur de punir journellement l’ignorance et la faiblesse.
Il y a des maximes qui sont fausses , parce qu’on les a rendues trop générales. Telles que celles-ci : Enfans-! obéissez à vos pères.
Femmes! soyez soumises à vos maris. Ne soyez jamais sourds à la voix du malKeureiix qui implore votre assistance.
Si le discernement ne donnait pas de limites à res préceptes d’une sagesse naturelle , à quels dangers n’exposeraient- ils pas les enfans et l’épouse d’un grand criminel? JN’alimenteraient-ils pas journellement la paresse et la d ébaudi e , qui savent trop souvent s’approprier l’accent plaintif de la misère. A cette maxime ,
DU SPECTATEUR FRANÇAIS. aog
qui prescrit de dire toujours la ve'rité, ne pourrait-on pas substituer celle-ci : Qu’C/'w mensonge salutaire est préférable à la 'vérité qui peut nuire. Et celle qu7/ est beau de pardonner à son ennemi , n’exigerait-elle pas qu’on y ajoutât : Si Von peut croire à la sincérité de son repentir.
Lorsqu’on ne peut plus faire de bien, il reste encore quelquefois le moyen d’arrêter le mal.