‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 44 sur 95 · CARACTÈRE DE LA BONTÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA BONTÉ

Ceux qui sonl nés avec un bon nalurd , obligent el font le bien avec tant d’aisance , qu’on serait tenté de les comparer à ces fontaines publiques auxquelles peuvent venir se désaltérer tous les voyageurs.

Le mal qu’on fait aux autres donne sonvent tant de peine, etamène de si vifs regrets, que si l’on n’écoutait que son seul interet, on s’abstiendrait de nuire à qui que ce soit.

Il n’y a rien de tel que les timides pour parler de bravoure, que les fripons pour parler d’honneur, que les incrédules pour parler de religion , que les cœurs froids pour parler de sensibilité.

Si l’on court quelquefois le risque d’être trompé en jugeant les hommes d’après leurs actions, combien de fois ne l’est-on pas en les jugeant d’après leurs paroles et leurs écrits!

La nature n’a donné tout juste aux hommes ^ que les membres qui leur sont nécessaires : à voir cependant avec quelle légèreté la plupart d’entr’eux s’exposent à les perdre, on croirait qu’ils en ont^reçu de trop, et qu’ils en sont embarrassés.

Les prisonniers ne manquent pas aux pri-

DU SPECTATEUR TRAMÇAIS. 225

sons , mais les prisons pourraient manquer au:| prisonniers, si Ton continue de confondre les imprudences avec les délits, et les faiblesses avec les crimes.

Souhaiter de vivre un siècle, c’est désirer de voir mourir ses proches, ses amis, ses protecteurs, de’ tomber dans l’isolement, de devenir pour les autres un objet de pitié par sa décrépitude et ses infirmités.

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