DES FAUX JUCEMENS ET DES ÉCARTS DE LA VANITÉ
Nous jugeons les hommes sur leurs actions, sur leurs écrits; notre opinion à leur égard
serait bien différente si nous pouvions pénétrer jusqu’à leur véritable pensée : l’influence d’un costume, d’une profession, d’une société habituelle, de son siècle, de l’autorité qui nous gouverne, est telle, qu’il est bien pçu d’hommes qui agissent d’après le sentiment qui leur est personnel. Heureux sont ceux que ces puissans accessoires ont conduit dans les sentiers de la vertu et dans les routes de la cé lébrité.
Certains personnages, en se parant d’un titre qu’on pourrait leur contester, se croient en droit d’exiger du respect des autres hommes, et cependant ils sont si peu sensibles au malheur, si dédaigneux devant le misérable, que, loin de mériter le respect auquel ils prétendent, il faut se respecter soi-même pour leur dissimuler le mépris qu’ils font naître.
Juger un homme de talent ou de génie sur son extérieur , sur ses habitudes , et même sur ses moeurs , c’est apprécier un cavalier sur les allures et les viçes de sa monture.
Quand bien même il serait vrai que Démosthène eût quelquefois regretté de ne pouvoir aller à Corinthe pour y payer un tribut à la volupté , en serait-il moins le premier orateur de son siècle ? Quoique la calomnie ait poussé
l’exagération jusqu’à dire de César qu’il était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris, il est iircontestable qu’il réunissait à un si haut degré les qualités qüi font chérir la souveraineté, que les Romains auraient dû lui pardonner de l’avoir usurpée.
Honneur, sans doute, à celui qui, par un bel accord entre sa vie publique et sa vie privée , dément le sévère auteur des Maximes, qui prétend qu’il n’y a point de héros pour son valet-de-cliambre !
Les publicistes et tous les novateurs en politique ont beau s’épuiser en raisonnemens , en distinctions subtiles, sur la meilleure forme de ^ gouvernement, je n’en soutiendrai pas moins qu’il ne suflil pas, pour le bonheur des hommes, d’exister sous des pouvoirs sagement combinés, sous une législation favorable à la liberté de l’homme, à la dignité de son être; il faut encore que la nature et les mœurs publiques favorisent ce bel ordre de choses. Je n’abandonnerai jamais une patrie où il me serait permis de tirer ma subsistance de mon travail, de mon industrie , de consommer paisiblement mon revenu, de jouir des productions des arts, et de satisfaire tous mes goûts, pour fixer mon séjour dans une contrée nébuleuse où je
SOUVENinS
respirerais un air épais et vaporeux, où je rencontrerais une populace inhospitalière , dont les riches hahitans partageraient gravetnent leurs journées en spéculations de commerce , et dans les jouissances immodérées de la table, quelles que fussent d’ailleurs et l’étendue de leur liberté , et l’hamtorrife des parties d’une constitution dont ils se montrent si jaloux.
DES JOIJRNA.ÜX.
Un journaliste qiii, à l’exemple de Bayle, se bornerait à analyser les bons ouvrages , porterait sur eux un jugement sain et sans amertume , ne serait jaloux que de montrer une critique éclairée , courrait le risque , n’étaut pas alimenté par la malignité publique , de mourir de langueur et d’inaction. G’est peut-être là un motif d’iirdulgence envers ceni qui suivent une route tonte différente.
Les joftrnaiux sorit aux productions littéraires et politiques ce que sont les vents aux navii*es dont ils enflent les voiles : mais en les faisant voguer avec célérité j ils ne changent pas la nature des cargaisons; ils ne convertissent pas en or ce qui n’est que clinquant.
Les copies, quelque vantées qu’elles soient.
n’acquièrent pas le mérite des originaux. Les liqueurs troubles et falsifiées n’en paraissent pas meilleures au goût , mais «lies se débitent plus rapidement. JLcs libraires et nos jeunes auteurs n’en demandent pas davantage. ,
Il est tel écrivain qui craint tant d’i^.re oublié , qu’il regrette même le mal qu’on disait de lui , et préière une cliùte ÿor la scène , une satire bien amère , un jugement qui proscrirait son ouvrage, au silence delà mvdtUiKle.
11 est si beau de parler de scs ennemis, de ses envieux ! Cela donne un air de ressemblance au génie persécuté.
d’une révol.ution nouvelle dans les