DE LA SAINTE ALLIANCE
Ne pourrait-on pas, sans blesser la dignité royale, assimiler la Sainte Alliaiice à une compagnie d’assurance qui s’engage envers, toutes les nations à les maintenir dans leurs propriétés, à les préserver des fureurs de l’anarchie ou des rigueurs du despotisme, et s’obligent d’envoyer chez elles des pompiers aux premières apparen-
ces d’un incendie, de faire réparer tes dommages aux dépens de qui il appartiendra. Si c’est là son abjct, jamais, je l’avoue, il ne pouvait .sortir une plus belle conception de la tête des souverains. Plaise à Dieu qu’elle n’ait jamais pour règles que celles de la justice , et pour bases que l’intérêt-des peuples.
La plus brillante chimère que la philanthropie ail fait luire à nos esprits , c’est qu un jour viendra où toutes les nations de l’Europe n’auront qu’une reUgion, qu’une même loi, qu’une mesure uniforme et parleront la même langue.^ Ces grands amis de l’humanité ignorent-ils donc que le soleil, qui est le même pour les différens peuples, ne répand sur eux ni une lumière égale ni le même degré de chaleur; et que par cette raison leurs passions et leurs habitudes doivent être différentes. Ce qu’un gouvernement a de plus sage à se proposer pour ' le bonheur de ses sujets, c’est d’adoucir leurs mœurs, de rectifier leurs penchans , de purifier leur langage, de lui donner l’exemple de la justice dans ses actes de sévérité comme dans ses faveurs, de lui persuader qu’il est libre lorsqu’il n’a d’autre chaîne que les lois, et que les impôts dont on le charge ne sont que des tributs qu’il paie à la sécurité dont il jouit.
DU spectateur français. a5g