ET LES LITTÉRATEURS
Quelqu’un s’est avisé de dire qu’un poète n’était bon qu’à faire de beaux vers , qu’à composer des tragédies ; qu’un savant n’était capable que de produire de bons livres , de multiplier les expériences : il nous semble que le comte de Fontanes et le docte Cuvier ont prouvé et prouvent journellement le contraire.
SOUVENUtS
DU DAKGER des IMYASIOSS DES HOMMES DU BORD DANS UNE BEUEE CONTRÉE.
Ce qui peut arriver de plus heureux à une nation florissante chez laquelle les armées étrangères seraient venues fondre , te serait, qu’après s’en être éloignées elles ne conseivassent pas le souvenir des jouissances qu’elles y auraient goûtées, de la beauté de son climat, de l’opulence de ses Irabitans , de la iccondité de son sol , de l’excellence de ses fruits , et de tous les chefs-d’œuvre qui auraient excité sou admiration et son envie.
Il est des peuples si misérables par leur position géographique, par l’âpreté de leur climat, la sévérité de leur discipline, par la servitude à laquelle la loi nationale les condamne, qu’ils n’ont presque rien à perdre à la guerre, et tout à gagner. En s’éloignant de leur pays , qui n’est point One patrie , ils se rapprochent de la liberté et de l’abondance. Le soleil, qui leur refuse si long-temps sa cbaleur , les attire û lui ; de belles contrées se présentent à eux et les invitent à poursuivre leur marche. 11 n’eSt point de hameau, point de chaumière, où ils ne trouvent un asyle plus commode , des mets
plus app^tissaiis que dans leurs sauvages habitations. Ce sont là les peuples dont il faut crain^ dre les invasions. Un gouvernement sage ne doit rien ëpargner pour s’eâ garantir. ^ c’est contre leur approche qu’ij faut multiplier les obstacles. L’empire romain ne fût pas devenu la proie des barbares^ s’il ‘eût opposé à leurs torrens une barrière insurmontable. La France ne fut tant de fois tributaire de» hommes du nord que parce qi^^lle les laissa arriver jusquâ dans son sein, et que les richesses qu’ils en rapportaient et qu’ils étalaient aux regards de leurs compatriotes, allnmaieilt en eux le désir d’en Venir recueillir d’aussi précieuses. Les contrées du midi seront toujours tm objet d’envie pour les habitans dn nord. Que les premkrs se gardent bien de se laisser aoiolUr comme les peuples de l’orient , s’ils ne veulent pas avoir le' sort de ces Asiatiques dont les fruits délicieux sont dévorés par les superbes dominateurs de Flnde, et dont les babitans sont condamnés à travailler pour- parer h» femmes de ces insulaires que la nature avait placés à une si grande distance de leur brillant séjour.
Mais que de vérités à jamais stériles un ardent ami de scS semblables ne proclame-t-il pas avant qu’une seule produise quelque révp-
lution dans les habitudes des hommes et dans leurs mœurs I
VOEUX SUPERFLUS d’uN MORALISTE.
U est bon , il est utile qu’un état tel que la France ait une capitale qui soit pour ainsi dire un foyer de lumières d’industrie, que les académies', les universités y soient multipliées , honorées et encouragées; mais il serait à désirer que les élèves, après y avoir puisé les instructions et le goût des beaux-arts, n’y prissent pas racine , et qu’ils allassent porter les fruits dont ils ont reçu le germe, dans les lieux qui les ont vus naître. Il est une certaine classe de mercenaires qui arrivent du fond de l’Auvergne à Paris , à l’approche de l’hiver et qui retournent dans leurs chaumières où ils achètent de leurs épargnes quelques perches de terre ou des animaux qui assurent à leur vieillesse le repos et une modeste aisance. Pourquoi si peu d’étudians en droit , d’élèves en chirurgie, de bons vétérinaires, de membres de sociétés d’agriculture retournent-ils à leur terre natale pour lui communiquer une partie des lumières qui leur ont été transmises par les grands maîtres? S’il en était autrement, bientôt une population
ignorante et grossière ne ferait pas honte a l’humanité dans des départemens que je m’abstiens de nommer : n’est -il pas humiliant pour le gouvernement français qu’il existe en France des villages entiers où le voyageur ne puisse se faire entendre en parlant la langue nationale ; où la bonne agriculture soit à peine effleurée où des charlatans anibulans soient les seuls operateurs, les médecins par excellence j où de stupides bergers exercent sur les cultivateurs l’empire de la superstition , ou des maréchaux comptent aussi des hommes parmi leurs malades.
Si la -guerre ne doit plus moissonner nos générations, si la découverte de la vaccine continue d’écarter de dessus la France le fléau le plus destructeur, si la suppression des religieux céhbataires accroît la fécondité du mariage, il faut s’attendre à un plus grand nombre de consommateurs dans les villes et dans les campagnes ; il serait donc d’une sage prévoyance de multiplier les productions en rendant les terres plus fertiles. Si, comme on le prétend, les terrains sablonneux et qui paraissent les plus incultes sont susceptibles de faire germer la pomme de terre, cet aliment qui brave l’intempérie des saisons : par quel aveugle-
ment s’exposerait- on au danger de la famine , ou à la ne'cessitë de verser son numéraire dans les coffres de l’étranger qui spécule sur nos besoins et nos calamités?
Voilà encore des réflexions perdues comme tant d’autres. Malheureux habitans du Morbihan , il n’a pas tenu à moi que depuis longtemps vos demenres fassent plus saines, que la même enceinte ne renfermât pluS vos animaux et vos familles, que vous ne fussiez plus victimes de cette maladie hideuse et dévorante qui se transmet des pères aux enfans, des frères aux sœurs, et que vous avez communiquée â vos compagnons d’armes ! Vos enfans' ne fuiraient pas comme des sauvages à l’approche d’un voyageur qu’ils observent de loin; des instituteurs salariés par l’état, leur eussent appris à s’exprimer d’une manière intelligible ; l’étranger, en les entendant parler, ü’aurait plus à douter qu’il fût parmi des Français.
Heureuse paix ! quel bien , quelle source de prospérité tu peux répandre sur la France si son gouvernement sait user de tes faveurs !
DU SPECTATEUR ERANÇAIS. 399