‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 71 sur 95 · DE QUELQUES CERCLES POLITIQUES ET LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES CERCLES POLITIQUES ET LITTÉRAIRES

Il m’arrive parfois de pénétrer dans ces cabinets de lecture où d’assidus abonnés se rendent journellement pour parcourir les feuilles qui doivent alimenter leur oisiveté. Une longue table est surchargée de feuilles d’ime couleur et d’une forme différente ; elles produisent sur le cerveau des habitués des effets .alternative-

xncnt funestes ou salutaires : il en est quelquesunes qui sont de'vorées avec plus d’avidite' , et cependant ce sont celles qui ont le plus d’amertume et excitent le plus de vertiges. ()ue résulte-t-il de cet amas confus d’écrits polémiques, de productions e'pliémères? Une grande activité dans nos imprimeries , une recette plus abondante pour la régie du timbre , pour l’administration des postes , une distraction utile à des imaginations actives et turbulentes. C’est du moins là une compensation d’un libertéqui dégénère trop souvent en licence. Peut-être notre nation a-t-elle besoin d’une certaine agitation pour être préservée de la langueur et de l’affaissement qui précède la paralysie des corps les plus robustes, et sont les indices d’une destruction prochaine.

DES CONSPIRATlONSt

On a souvent fait retentir à nos oreilles lef mots de conspirations. Il n’y en a jamais eu de réelles sous les règnes de Louis XV et de son successeur. Peut-être m’objectera-b-on qu’il y en eut une sourde contre le trône, et qui éclata le jour où la république fut proclamée-, • mais celle-là fut précédée d’une lutte ouverte entre

le pouvoir absolu et les principes d’un gôuver* nement constitutionnel j et sida royauté suc* comba , c’est qu’elle ne voulut pas opposer la force à la perfidie , qu’elle préféra le malheur de devenir sa victime , à la résolution courageuse de l’immoler à sa puissance. 11 n’y eut de nos jours de conspiration véritable que celle qui se trama secrètement à l’île d’hlbe , et qui eut pour ob jet de replacer sur le trône celui qui eut bien l’art de le conquérir, et n’eut pas la sagesse des’) mainler*ir. Tout ce qu'on a depuis traité de conspiration , ne méritait pas même celte qualification , ce ne lurent que les rêves de la démence qui n’avaient ni plans , ni liaisons , ni apparence de solidité. Autant vaudrait-il honorer du litre de conspirateurs, de pauvres écrivains qui vi ndent leur opinion , et la modifient au gré de celai qui veut l’acheter.

11 est cependant parmi ces agitateurs subalternes des hommes bien criminels; ce sont ceux qui , dans l’impuissance de signaler un lèie honorable , provoquent des séditions pour se couvrir du mérite de lesappaiser , qui allument le feuaux risques de ne pouvoir l’éteindre, dans l’espérance qu’on leur saura gré d’avoir préservé de l’incendie quelques parties de l’édifice. Si , par une suite de cette abominable

DU SPECTATETIR FRANÇAIS. 3a5

combinaison , des meurtres avaient été commis, des tètes innocentes étaient tombées sous le glaive de la justice, combieu les coupables mériteraient d’expier leurs forfaits dans les hori-eurs du supplice !

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