ET SUR LES MOYENS DE LE FAIRE REFLEURIR
Trop convaincu de l’inutilité de lutter de raisonnement contre une opinion tout à la fois sourde et aveugle, je n’oppose presque toujours que le silence à de vaines déclamations , à de stériles regrets ; j’entre encore moins en lice avec cette tourbe insensée qui flétrit la bberté, en répandant sur elle le souffle de la licence. Cependant je me suis senti , il y a quelques jours, entraîné dans une discussion parla dou-
DU SPECTATEUR FRANÇAIS. SaS
leur hypocrite d’un noble qui gémissait sur la solitude des temples. Les autels, scion lui, seraient bientôt dépeuplés de ministresi EU quoi ! lui répondis- Je , vous et les vôtres vous nous attristez sans cesse sur le sort des prêtres : que faites-vous pour l’améliorer , pour rendre à l’église le lustre qu’elle a perdu ? En est-il un de vous qui dispose ses enfans à se rendre dignes d’être admis dans la tribu des Lévites ? Quelle perspective , me répliqua-t-il , pourrions-nous aujourd’hui présenter à nos fîls pour les engager dans la route du sacerdoce ? Avant que l’un d’eux parvienne à l’épiscopat , quelle existence aura-t-il? Quel éclat jettera-t-il sur sa famille? Pourra-t-elle se résoudre à le voir figurer dansrhumble poste de vicaire de paroisse ou desservir une cure de village? Quel père assez dénaturé pour confondre de s.'ing-froid l’héritier de son nom avec d’obscurs individus qui ne vivent que des rétributions que leur apporte la générosité des fidèles , et du secours parcimonieux que leur assigne un gouvernement qui se croit généreux lors même qu’il n’est pas juste ? San? me glorifier , lui repartis-je, d’être élevé à la hauteur de vos idées religieuses , j’oserai vous dire que mes sentimens diffèrent bien des vôtres. Je ne vois rkn que de noble
dans les fonctions que vous paraissez dédaigner, en les eiivisageantsouslepointde vue du christianisme. Et en effet, purifier l’enfant qui vient de naître dans les eaux du baptême , initier l’adolescence dans les mystères de la religion , pénétrer un auditoire des vérités de l’évangile, faire retentir les voûtes du temple deshyinhes sacrées , aider les roourans à franchir la barrière qui les sépare de la tombe, honorer leurs funérailles des solennités funèbres ; est-ce donc là un emploi au-dessous de ceux que vous sollicitez pour les objets de vos affections ? Si vous ajoutez à Ja noblesse du ministère sacré , celle de l’origine des ministres , s’ils réunissent une éducation 'soignée à leurs études , et qui précédera leur entrée au séminaire, si vous leur assignez un revenu qui rende leur subsistance indépendante d’un casuel incertain , et les mette un jour à même de donner l’exemple de la cliarité, vous verrez bientôt refleurir l’église qui semble se flétrir journellement par l’absence de ceux qui faisaient son ornement dans le siècle des Bossuet, des Fénélon. Mais tant que vous abandonnerez le service des autels à des fils d’artisans, de mercenaires que la charité enrôle dans la première des milices, vous courrez le danger de ne voir que de tristes
ouvriers dans la vif^ne du Seifjneur, elle ne produira que des fruits sans saveur. Autant vaudrait-il qu’elle fût convertie en bosquet planté d’arbres e'trangers. Pourquoi le clergé de France , jadis resplendissant d’opulence et de lumière, ressemble-t-il aujourd’hui à un champ inculte et désert? C’est parce que la position de ses membres est actuellement si misérable que, loin d’exciter l'envie, elle n’inspire plus que de la pitié : ils sont devenus pour la plupart à charge aux riches qu’ils importunent de leurs demandes , et paraissent inutiles aux autres dont ils ne peuvent plus soulager la misère. Rendez au clergé , me répondit fièrement son aveugle déft nseur , les dimes que vous lui avez enlevées , les fermes dont vous l’avez dépouillé, les presby tères d’où l’insatiable avidité l’a expulsé , scs dignités dont vous ftvez effacé jusqu!aux titres j alors nous n’hésiterons point à faire pénétrer dans son sein les enfan^ qui nous paraîtront disposés à lui faire le chaste sacrifice qu’il exige. — Je le vois, les riches et les nobles voudront toujours que le sacerdoce soit une source de noblesse et d’opulence avant d’y rejeter le superflu de leur postérité. Eh bien ! l’église redeviendra , malgré votre superbe dédain , ce qu’elle fut à son origine , ses
dignes ministres ne seront pas plus riches, ne seront pas plus nobles que les apôtres , ils tireront leur lustre de leurs vertus , delà pureté de leurs mœiirs • si leur cslérieuv est austère, s’ils n’ont pas de grâces dans leurs manières , s’ils n’ont pas d’ame'nité dans le langage, ne vous en prenez qu’à votre orgueil qui les repousse de votre société, et ne veut les voir que dans l’exercice de leurs fonctions. ■
La sévérité de cette réflexion ne plut pointa mon adversaire, etiious demeura mes tous deux^ à la meme distance de senlimens et d’aflections.