DES ÉVANGÉLISTES
Tout ce qui porte le nom de secte a une couleur équivoque et souventodieuse.il en est cepéhdant une qui me semblerait devoir trouver grâce , même devant les catholiques, c’est celle des Évangélistes. Eh! qu’j a-t-il de plus bi au , de plus sage , de plusdivin que la morale de l’évangile? Est- il un guide plus sûr, peuton être haï, pers('culé , parce qu’on met ce précieux dépôt de vérité et de morale au-dessus tic tous les Itvit s, de toutes les doctrines, parce qu’on veut s’en tenir à ses préceptes?
C’est cependant ce qui est professé dans cer-^
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DD SPECTATEUa FRANÇAIS. 520
laines contrées où l’on adore le principe de celte lumière si pure. Alt! si tous les liabitans de la terre en étaient éclairés , si elle avait pu pénétrer dans tous les esprits, émouvoir tous les cœurs , purifier toutes les ânnes, que de crimes de moins , que de vertus de plus ! On n’aurait pour juges que des frères, pour forteresses que la justice ; les orphelins ne manqueraient pas de pères , les veuves d’appui f les vieillards de secours ; une charité universelle envelopperait tous les pauvres , les couvrirait , les nourrirait dans le travail et dans le repos j on bénirait le pain que le père céleste aurait donné à ses enlansj des chants d’amour et de reconnaissance lui seraient adressés par la race humaine qui n’adorerait que lui , qui ne voudrait vivre qu’en lui , et ne craindrait plus de mourir , puisqu’elle ne quitterait ce monde que pour aller se réunir à l'intelligence qui a créé toutes les autres.
d’une discrétion nécessaire.
Il est toujours inconvemut d’agiter des questions relatives à une religion , devant des personnes qui, soit par principes ou par élat, doivent en soutenir les dogmes.
Je me rappelle que dans une assemblée où l’on donnait un libre cours à ses opinions , on s’exprima avec trop de liberté sur des mystères qu’il est imprudent de vouloir approfondir.
Un abbé nous imposa silence par ce peu de mots : Messieurs , je vous prie d’observer que i’existe du revenu d’une abbaye qui n’a pour base que les vérités que vous vous permettez de révoquer en doute. Vous devez juger qu’il m’est impossible d’être, de votre avis.
Ce raisonnement parut d’une telle force que personne n’osa le comballre.
Dans les états romains , plusieurs ouvrages sont mis à ï index, malheur à ceux qui les lisent, ils sont excommuniés. Dans certains cercles de la capitale et de nos provinces , on est bien plus sévère encore. Ce ne sont pas seulement les livres qu’on réprouve , ce sont les auteurs : ils auraient beau éci ire hrs meilleures sentences , produire les plus sages maximes , il suffît qu’elles paraissent sous leur nom,* pour qu’il ne soit. plus permis de les lire ou d’en dire du bien.
J’eus le malheur , il y a quelque temps , de parler avec éloge d’une galerie du comte de S..^. qu’il £t enrichie de portraits brillans de couleur et d’une ressemblance frappante ; on
(lélourna aussitôt la conversation., et je m’aperçus que j’avais beaucoup perdu de l’opinion qu’on avdit bien voulu concevoir de mon jugement.
d’un système nouveau.
Un savant de nos jours s’est flatté d’avoir découvert l’origine et le principe de toutes les religions dans la marche régulière des astres, il a fait découler du système planétaire la doctrine des mages , les opinions fabuleuses sur les bons et les mauvais génies ; il a établi des rapports entre les hommages antiques, la célébration des fêtes et celles que l’église a consacrées depuis. Un pareil système peut séduire quelques esprits , mais il n’ébranlerait pas une foi aussi ferme que celle des Bossuet, des Massillon, il pourrait répandre un nuage sur celle des faibles croyans. Heureusement il efet obscurci par une érudition si pesante , si hérissée de citations difficiles à vérifier, qu’il a déjà subi le sort de ces pierres qui tombent du ciel : elles s’enfoncent dans la terre , et sont bientôt recouvertes d’herbes épaisses , de ronces épineuses qui les dérobent à l’œil ^es hommes.
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IIÉPONSE AUX OBJECTIONS DE t’iNCRÉDCLITÉ.
11 faut être de bonne foi, même avec lesincre'dulcs , et convenir qu’en osant contester les vérite's révélées , il est quelques-unes de leurs objections qui ne sont pas de'nuées des apparences de la raison. Comment , disent-ils , admettre qu’un Dieu dont la volonté est immuable ait pu vouloir dans un temps ce qn’il n’a pas voulu dans un autre , qu’après avoir laissé l’uiiivers dans le chaos pendant une immensité de siècles , il lui ait plu de le faire sortir des ténèbres pour animer le néant ou la matière inerte? Pourquoi l’être dont la puissance n’a pas de limites , qui d’un seul mot ht jaillir la lumière, a-t-il eu besoin de six jours pour créer les étoiles, pour donner des bornes à la mer , la peupler d’habitans , arrondir notre globe, faire sortir un être vivant du limon?
Comment celui qui n’a nul effort à faire pour tout créer , tout modifier et tout détruire , eutil besoin de se reposer après avoir achevé sou magnifique ouvrage? Comment celui qui prévoit tout , à l’œil duquel rien n’échappe dans l’avenir, aurait-il été trompé dans son attente, tl vu avec douleur la créature qu’il avait formée à son image, tomber dans la désobéissance
et se rendre indigne de ses bienfaits? Le repentir est-il compatible avec l’idée que nous devons avoir de la divinité ? N’est-ce pas altérer la source de toute justice que de croire qu’elle ait enseveli dans un déluge universel , sans exception , toutes les générations qui s’étalent accrues depuis la mort d’Adam jusqu’à l’époque où Noé entra avec sa famille dans l’arche qu’il avait construite de ses mains?
Ne pourrait-on pas dissiper ces spécieux raisonnemens, en observant qu’il est incontestable que le monde ail eu une origine , que par la raison qu’il n’y a pas d’effets sans cause, il n’y a pas de création sans créateur ; que peu importe l’époque où la volonté de Dieu se soit accomplie , elle a dù précéder son résultat j qu’à l’égard de son opération merveilleuse et de sa durée, il est indifférent qu’elle soit l’œuvre d’une volonté instantanée ou combinée avec la sagesse divine ; qu’au lieu de faire de l’homme un être purement passif qui n’aurait ni le mérite du bien , ni la honte du ma) , la puissance créatrice a dû se complaire à lui laisser la faculté de se rendre digne ou indigne d’une féhcité inaltérable , qu’en l’abandonnant à son libre arbitre , son penchant au mal l’avait entrainc
dans un tel excès de perversité et de corruption, que l’auteur d’une création devenue si dépravée, résolut de la replonger dans le néant, en faisant grâce à la famille du seul juste qu’il vît sur la terre.
Ap rès avoir ainsi détruit, ou du moins beaucoup atténué les principales objections des incrédules, ne pourrait-on pas affaiblir les autres telles que celle qu’ils tirent de la diversité des individus qui paraissent par leur couleur, par la configuration de leurs traits , par la disparité de leur taille, n’être pas sortis d’une même origine. D’abord est-ce bien des deux hémisphères que Moïse a voulu parler j a-t-on bien saisi le sens de ses paroles ? n’a-t-il pas modifié ses inspirations ? ce grand législateur ne les aurait-il pas mesurées à l’intelligence du peuple grossier et ignorant qu’il conduisait dans le désert : en le jugeant incapable de soutenir tout l’éclat de la vérité , n’en aurait-il pas adouci la lumière ? Il n’a parlé qu’à ses sens et n’a pas daigné lui expliquer ce qu’il entendait par la terre promise , par ce messie qui devait le régénérer un jour et l’associer à sa gloire j il a laissé aux prophètes qui le suivraient la tâche pénible de faire luire devant ce peuple indocile
Bü SPECTATEUR FRANÇAIS. 3S5 de nouvelles lumières qui iie l’ont point éclairé et préservé de la lioiite ineffaçable d’avoir répandu le sang du juste p^ir exctilence.
Ne nous obstinons donc pas à ne vouloir trouver que des vérités palpables, des préceptes toujours purs , des jugeniens ti ujours équitables dans des livres qui ont précédé le seul qui porte toujours l’en.preinte d’une sagesse <divine et que nous devons prendre pour guide de toutes nos pensées, de touUs nos actions : C’est là seulement qu’est la vérité : tout ce qui a été dit et écrit avant et depuis est l’ouvrage des hommes plus ou moins éclairés sur le passé et sur l’avenir.