‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 77 sur 95 · ANECDOTE ANCIENNE ET RELATIVE AU MÊAIB SUJET · texte numérisé non relu

ANECDOTE ANCIENNE ET RELATIVE AU MÊAIB SUJET

Ne vais-je pas m’expoaer au reproche de me trop éloigner de la gravité de la morale, en rapportant une anecdote dont on m’a certifié la vérité , et qui peut servir encore à démontrer combien il est quelquefoisdangereux d’appuyer son opinion sur les apparences , et même sur les déclarations d’un accusé ?

Plusieurs années avant la révolution , les princesses, comme on le sait , se plaisaient à

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s’environner d’un cortège de dames titrées qui réunissaient à une noble origine l’éclat de la beauté. Une de celles-ci que la modicité de sa dot avait rendue moins dilbcile sur le choix d’un mari, crut quec’était bieuassez de lui faire le don de sa main , et se rései-va le droit de disposer de son cœur . Un jeune homme de la cour, dont l’extérieur contrastait avec les dehors tristes et pesans de l’époux , était parvenu à obtenir ce que la jolie dame tenait en réserve pour un autre. Mais rarement eu amour dn s’en tient là : à mesure qu’on obtient, on devient plus exigeant, ctbnDnit trop souvent par tout demander, par tout accorder , quoiqu’on soit d’aliord convenu qu’on serait complètement satisfait de sentimeus aussi purs que tendres. Par une suite de cette marche progressive en alTections, l’amant pressant obtint de l’épouse inCdèle , ce qu’il croyait, dansson délire, être la suprême félicité , je veux dire un rendezvous nocturne pendant l’absence du mari qui tHaitallé visiter uue de ses terres. Maisà peine avait-il pris possession du lit nuptial , qu’on entendit le bruit d’une voiture qui ramenait le maître de la maison. Ce retour inattendu, plus terrible qu’un orage , fait succéder l’effroi aux transports les plus vifs. Mais comment évi-

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ter la présence et les regards d’un homme justement irrité? L’amant déconcerté saisit àlahâte

ses vétemens et se réfugie dans un cabinet ol)scur fjui^ mallieurcusementn’a pas d’issue au dehors. Tandis que le mari se prépare à ^©ccuper la place qu’on ne peut pas lui contester , un léger bruit vient frapper son oreille ; il manifeste quelqu’inquiétude. On s’efforce de le rassurer, mais il est ^rop certain d’avoir ^endu qnel- * que mouvement ; il veut en connaître la cause, s’approche du cabinet dont il ouvre la porte , et entrevoit un personnage étranger. Que faites-vous ici , lui dit-il d’une voix menaçante ? 11 court à l’instant à son épée dont il dirige la pointe sur lui. Percez-moi, s’écrie le jeune homme , vous êtes le maître de ma vie, mais lie me déshonorez pas. Ayez pitié d’upe famille que vous allez plonger dans le deuil. Si vous daignez m’entendre, peut-être me croirez-vous plus imprudent que criminel. Parlez , lui réplique ‘le mari, qui commencé à s’adoucir.

Quel motif vous amène dans iia maison ? L’amour , repart le jeune hommé. A cp mot , la dame frémit; mais bientôt elle se rassure. Voyez en moi , continue-t-il , le fils du bijoutier de madame la comtesse ; je suis devenu éperdûment amoureux de la fille d’un marchand

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exige, pour mettre le comble à mon bontieur, que je lui apporte au moins dix mille francs pour dot. Mon père me refuse celte somme.

J’ai remarqué, en rapportant à nnrdamc les diamans qu’elle nous avait chargés /le remonter, le meuble où elle déposait son écrin , et j’ai eu la fatale pensée de m’eu emparer , non pour les lui dérober, mais pour emprunter deux mille écus , avec la ferme résolution de remettre son écrin aussitôt que mon mariage serait conclu. Malheureux jeune homme , dit alors la comtesse soulagée du poids qui l'accablait, que va penser de vous votre père qui a tonte ma conCance ? Ne rougira-t-il point de vous avoir donné le jour lorsqu’il apprendra votre criminel projet? Ah ! mon mari, continua- 1elle , cet honnête ouvrier mourra de douleur , s’il vient à connaître l’indignité de son fils. Qu ’il sorte de notre hôtel en silence , et qu’il n’y rentre jamais. A ces mots, le crédule mari prend le jeune homme par le bras , et le conduit à la porte cfe son hôtel pour qu’il puisse en sortir sans être arrêté par les domestiques. Le mari et la femme se promettent mutuellement de garder le plus grand secret sur cette aventure. Cependant , quelques jours après , le comte de...\ qui .va rarement à la cour où

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sa femme figure tous les trois mois pour y remplir son honorable service, pénètre dans le palais de Versailles jusque dans cette chambre qui lirait son nom de l’œil éclatant c|ui l’éclaiAit, et’ là -, il est frappé de la conformité des traits d’un jeune seigneur avec ceux de l’individu qu il a expulse de sa demeure.

Eh mais! s’écrie- t-il d’une voix é'.oufFée , crois apercevoir mon voleur. Par quel hasard se trouve.l-'il ici ? Un^de ses amis qui est pfès de lui , étonné de cette exclamaüon.le ramène dans celte superbe galerie dont l’éclat et l’étendue donnaient à l’étranger une si haute idée de la magnificence royale. C’est-là qu’il lui raconte , dans tous ses détails , la scène où sou

indulg«ite crédulité s’est manifestée. Le rusé '

courtisan qui l’écoule a pénétréle mystère dont •l’amour s’est enveloppé. Gardez-vous, lui ditil , de confondre avec le coupable quevousaunez dû livrera la justice un homiiie de qualité qui vient d’obtenir un régimejit*de- la faveur du Roi. Rappelez-vous que c’est dans l’obscurité et à travers le trouble de votre imagination que vous avez entrevu le coupable. Si vous offensiez par vos soupçons celui dont une ressemblance incertaine vient de vous frapper vous ' compromettriez^ tout à la fois votre vie et

riionneuf d’une femme dont la réputation est intacte , et qui vous chérit autant par devoir que par senti mént.

La justesse de ces observations ramène le calme dans l’esprit du mari , et il aime mieux croire s’être trompé que de penser l’avoir été par une femme dont la fidélité lui est attestée par celui-là même qui en doute le plus.

En présentant cette narration , j’ai eu pour objet de faire sentir qu’il y a dans le cours de la vie des positions si critiques , que l’homme délicat n’hésite plas d’attirer sur lui tout le poids d’un accusation , et de faire le sacrifice de son honneur pour sauver celui d’un être qui lui est encore plus cher que’ce qu’il a de plus précieux au monde. Sublime dévouement^u véritable amour doht l’héroïque amitié peut aussi qnelquèfnis se glorifier, il faut s’élever à ta • hauteur pour te découvrir et te préserver d’une fatale erreur !

d’um député dont la nomination a excité

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