‹ Les méditations et souvenirs du spectateur francaisChapitre 91 sur 95 · AU CARDINAL DE FLEURY · texte numérisé non relu

AU CARDINAL DE FLEURY

On allache tant de prix aux ouvrages posthumes J on multiplie avec tant de zèle scs recherches pour découvrir quelques fragmens de mémoires ou de -lettres , dans le dessein d’en grossir les nouvelles éditions , qu’on me, saura peut-être gré dedonuer le jour à la lettre qu’on va lire. Elle faisait partie de ^a correspondance politique et militaire du maréchal de Belle-Isle qui , comme on le sait , fut en relation' très 'intime avec le roi de Prusse dans le cours de cette malheureuse guerre que la France hasarda pour ravir à l’Autriche la couronne impériale et la placer sur la tête de l’électeur de Bavière.

Dépositaire pendant bien des années de cette énorme collection que j’ai remise aux archives des relations extérieures , j’en ai extrait un lettre qüe le roi de Prusse adressait au premier ministre de Louis XV, et dans

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laquelle oa découvre les idées supérieures de ce grand prince qui se défendait de prendre part a la cause dps Américains, parce qu’il était disait-il, royaliste par état.

« Jqrespectelesscrupulesdevolre Eminence, et j’aurai toujours beaucoup de déférence pour les désirs du roi mou frère et mon allié; mais il répugnerait trop aux sentimens que je professe de trahir la confiance de quelques lellrés qui sont venus chercher l’hospitalité dans mes états. Je n’hésiterais pas à lui livrer leurs personnes , si ces malheureux Français que Sa Majesté réclame avaient allenlé , je ne dis pas à sa. personne, mais seulement à celle* d’un de ses sujets. Eh ! qu’importe à la glqire de ses armes , à la prospérité de son peuple , qu’un pauvre philosophe erre en liberté dans les rues de Berlin ou de Postdam, et jette sur le papier les rêves de son imagination. Chasserai-je de mon palais un poète très-aimable, qûoiqu’un peu écervelé, jf&rcequ’il s’obstine à douter qu’un Skint prophète après avoir été englouti par une baleine,. soit demeuré trois jours sain de corps et d’esprit dans son énorme ventre , en ait "ensuite été rejeté sur le rivage , et qu’il ait regagné sa terre natale , .comme u^n paisible voyageur qui sortirait d’une voiture*

où il aurait été renfermé quelques heures?

«< Exij^ci’icz-vous que je livrasse à la rigueur lie vos tribunaux le présidant de mon acade'niie parce que ses froids' calculs ne s’accordent pas toujours avec ceux de la Gênés#? 0 .

« Loin de m’arrêter sur ces questions auxquelles je n’attache aucune importance , mon esprit les franchit. Je poursuis nos projets qui ii’ont rien de commun av^c les rêves des métaphysiciens et toutes les interminables querelles des théologiens. Je tolère toutes les disputes de mots, pourvu qu’elles ne troublent pas la paix dans mes états : c’est à moi seul qu’il appartient d’y donner le signal de la guerre. Je me repose quelquefois des fatigues de nos combats trop sanglans en me rendant témoin des luttes innocentes de mes ingénieux champions. L’un d’eux prétend què le .premier homme n’est sorti du limon de la terre que long-temps après que les reptiles commençaient à y ramper au milieu %1es plantes* q^iii servaient de pâturé ces vils animaux ; que le jarclin d’Eden qui offrait de si beaux Xruits, et dont les fleurs répandaient un odeur sisuave, qui était ombragé c^rbres qui formaient des voûtes si gracieuses , ou des ruisseaux ele lait et de miel coulaient à grands flots, oùTondcla pluspurc réflécinssait

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l’image de la compagne d’Adam , avait nécessairement précédé la création du couple heureux auquel il fut destiné. ^

« Mais c’est surtout surrori"ine des lanirues que je me plais' à les voir disserter. Pas un d’eux n’est d’accord sur la langue primitive. Ceux d’entre eux qui sont les plus raisonnables prétendent que les hommes, pour exprimet’ leurs affections , pour peindre la joie , la crainte , l’amour , l’aversion , n’articulaient d’abord que des sons vagues qui varièrent à l’infini , à mesuré que le l^pgage se perfectionna j et que des chants plus ou moins cadencés devancèrent la parole. Il en est d’autres qui sou- 1 tienpent qu’elle entra sur-le-champ dans l’organisation humaine et que l’homme reçût <Ju créateur la faculté de parler comme celle de voir et d’entendre. Mais lorsqu’on leur demande quelle fut cette langue primitive; si c’est l’arabe , le chinois, l’hébreu , pourquoi elle n’a pas été transmise de génération en génération, et ^’est’ tellement défigurée qu’on ne peut plus en découvrir les racines, ils demeurent un peu embarrassés.

« Jeserais sans doute très-lâ ciré que tons mes sujets perdissent leur temps dans ces questions oiseuses'. J’aime bien qu’ils s’occupent de culli-

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